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Combinatoires ludiques

littérature, contrainte et mathématique

Caroline Lebrec

Au sein des études ludiques, les théoriciens insistent davantage sur l’aspect social du jeu (Caillois, Huizinga), faisant un peu vite de la littérature ludique un acte gratuit ou encore une simple forme de divertissement (Genette). Le jeu dont il est question ici est de l’ordre du construit et de la configuration, dans la lignée de l’approche philosophique de Jacques Henriot et dans la plus grande tradition mathématique. Notre corpus est constitué de deux textes combinatoires fondateurs de l’Ouvroir de Littérature Potentielle, Cent mille milliards de poèmes de Raymond Queneau et Le château des destins croisés d’Italo Calvino. Leur nature combinatoire, dont l’absence de linéarité demande au lecteur de faire des choix et des hypothèses, est un défi au labyrinthe, qui est ici analysé selon le potentiel reconfigurateur du sonnet sur les modes de l’interaction physique du lecteur avec le texte et du texte avec l’objet-livre pour le texte quenien, et selon le potentiel interprétatif du lecteur sur les modes de l’embranchement et de la réécriture pour le texte calvinien. Le champ des littératures à contraintes est constitué majoritairement de modèles de lecture cryptanalytique qui privilégient les textes avec une modalité implicite (Wagner) de métatextualisation de la contrainte. Au contraire, cette étude s'intéresse à la modalité ergodique empruntée à la cybernétique (Aarseth), qui met en place une rhétorique de la contrainte (Reggiani, Thomas) servant un projet plus vaste de lisibilité du texte combinatoire.

Liste de figures – Introduction – Le discours de la contrainte – Transmettre la contrainte – La poésie combinatoire de Cent mille milliards de poèmes de Raymond Queneau – Le récit combinatoire du Château des destins croisés d’Italo Calvino – Conclusion.