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Religions tolérées et religions interdites dans l'empire Romain

La réglementation institutionnelle et juridique des cultes étrangers par Rome des origines à la christianisation de l’Empire

de Adalberto Giovannini (Éditeur de volume)
Collections 142 Pages

Résumé

Cet ouvrage a pour sujet le problème de la persécution des chrétiens dans l'Empire romain depuis le règne de Néron jusqu'à l'édit de tolérance de Constantin. Les causes des persécutions de chrétiens, que ceux qui en étaient victimes ne parvenaient pas à comprendre, sont très controversées, l'interprétation la plus communément admise étant que le christianisme fut interdit en tant que religion ‘illicite’.
Les Romains ont été dès les origines fondamentalement tolérants envers les cultes étrangers. La persécution des chrétiens est donc une exception surprenante.
Dans la recherche moderne sur les causes de la persécution des chrétiens, la tendance générale est de négliger les fondements institutionnels et juridiques. On constate en particulier un manque d'intérêt pour la législation sur le droit d'association. On verra dans cet ouvrage que ces fondements institutionnels et juridiques mettront en évidence des aspects inattendus.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • À propos de l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des matières
  • Avant-propos
  • CHAPITRE I Rome et les cultes étrangers sous la République
  • Introduction
  • Le rôle du citoyen dans la religion romaine
  • Accueil et appropriation des cultes étrangers
  • L’euocatio
  • La répression des Bacchanales en 186 av. J.-C
  • L’interdiction des cultes égyptiens en ville de Rome
  • La restauration morale et religieuse d’Auguste
  • Le culte impérial
  • Le droit d’association
  • CHAPITRE II Une religion protégée : le judaïsme
  • Introduction
  • Le peuple juif allié de Rome
  • La Judée province romaine
  • La révolte juive et la destruction de Jérusalem (66–70)
  • Le statut des Juifs dans l’Empire romain
  • CHAPITRE III Une religion interdite : le christianisme
  • Introduction
  • Rome et les chrétiens jusqu’à l’incendie de Rome de 64
  • L’incendie de Rome de 64 et la persécution des chrétiens par Néron
  • La lettre de Pline sur les chrétiens
  • L’institutum Neronianum
  • « Il ne faut pas les rechercher »
  • Les païens découvrent le christianisme
  • Les persécutions de Dèce et de Valérien
  • La persécution de Dioclétien et l’édit de tolérance de 311
  • Le sacrifice aux dieux : histoire d’un malentendu
  • La christianisation de l’Empire au IVe siècle
  • État de la recherche
  • Chapitre I Rome et les cultes étrangers sous la République
  • Le rôle du citoyen dans la religion romaine
  • Accueil et appropriation des cultes étrangers
  • L’euocatio
  • L’affaire des Bacchanales
  • L’interdiction des cultes égyptiens en ville de Rome
  • La restauration morale et religieuse d’Auguste
  • Le culte impérial
  • Le droit d’association
  • Chapitre II Une religion protégée : le judaïsme
  • Le peuple juif allié de Rome
  • La Judée province romaine
  • La révolte juive et la destruction de Jérusalem
  • Le statut des Juifs dans l’Empire romain
  • Chapitre III Une religion interdite : le christianisme
  • Rome et les chrétiens jusqu’à l’incendie de Rome de 64
  • L’incendie de Rome de 64
  • La lettre de Pline sur les chrétiens
  • L’institutum Neronianum
  • « Il ne faut pas les rechercher »
  • Les païens découvrent le christianisme
  • Les persécutions de Dèce et de Valérien
  • La persécution de Dioclétien et l’édit de tolérance de 311
  • Le sacrifice aux dieux : histoire d’un malentendu
  • La christianisation de l’Empire
  • Bibliographie
  • Obras publicadas en la colección

Avant-propos

Le monde occidental chrétien est confronté aujourd’hui à un afflux de populations de cultures et de religions différentes. Ces populations, notamment les musulmans, revendiquent le droit de pratiquer leur religion, d’avoir des lieux et de pouvoir vivre selon les lois et coutumes liées à leurs convictions religieuses. Face à ces revendications, les États de tradition et de culture chrétiennes sont partagés entre la tolérance et la nécessité de faire respecter les valeurs et principes de la civilisation occidentale.

Par ailleurs, la plupart des États du monde occidental chrétien subissent une désaffection croissante de leurs citoyens pour les Églises chrétiennes traditionnelles. Cette désaffection favorise la prolifération de sectes dont certaines qui se proclament « Églises » se livrent en fait à des activités qui n’ont de religion que le nom et qui ont pour but principal, voire unique, de s’enrichir au détriment de leurs adeptes. Lorsque les moyens utilisés dans ce but sont illicites ou même criminels, ces sectes tombent dans la catégorie des associations de malfaiteurs et doivent de ce fait être interdites, ce que les sectes incriminées dénoncent comme une atteinte inadmissible à la liberté religieuse.

L’Empire romain a été confronté aux mêmes problèmes, mais pour des raisons et dans un contexte historique complètement différents. Au cours des siècles, les Romains ont progressivement imposé leur hégémonie à la plus grande partie de l’Europe, au Proche-Orient et à l’Afrique septentrionale, intégrant ainsi des populations de langues, de cultures et de religions totalement différentes. La ville de Rome elle-même était au début de l’époque impériale un creuset où se mêlaient les populations les plus diverses, souvent d’origine servile, qui avaient chacune leurs propres traditions et leurs propres croyances.

L’Empire romain païen était fondamentalement tolérant envers les croyances et les cultes étrangers et ne tenta jamais d’imposer la religion romaine officielle aux peuples qu’il soumettait ou intégrait pacifiquement. Les Romains ne considéraient pas les dieux étrangers, même ceux des ennemis, comme des rivaux de leurs propres dieux, mais tout au contraire comme des alliés potentiels qu’il fallait respecter et dont il fallait si possible gagner la bienveillance et la protection. Ce syncrétisme religieux se ←9 | 10→concrétisa à l’époque d’Auguste par la construction du Panthéon, consacré à tous les dieux, connus et inconnus, de l’univers.

Mais il y eut des exceptions qui sont l’objet principal de ce livre. Une de ces exceptions fut l’interdiction des Bacchanales en 186 av. J.-C. : le Sénat fit arrêter et condamner les adeptes du culte de Bacchus, qui étaient au nombre d’environ 7’000, puis fit publier dans toute l’Italie un édit interdisant la pratique de ce culte à l’avenir sous peine de mort. Mais l’exception la plus importante et celle qui eut les plus grandes conséquences pour l’histoire de l’Occident fut la persécution des chrétiens depuis l’époque de Néron jusqu’au début du IVe siècle. Les causes des persécutions de chrétiens, que ceux qui en étaient victimes ne parvenaient pas à comprendre, sont très controversées dans la littérature scientifique moderne, l’interprétation la plus communément admise étant que le christianisme fut interdit en tant que religion « illicite » parce que dangereuse pour la religion romaine traditionnelle et de ce fait dangereuse pour l’État romain lui-même. Inversement, les Juifs furent tolérés et même légalement autorisés à vivre selon leurs coutumes et à obéir à leurs propres lois.

Dans la recherche moderne sur les causes de la condamnation des bacchants et sur la persécution des chrétiens, la tendance générale est de négliger voire d’ignorer complètement les fondements institutionnels et juridiques de cette condamnation des bacchants et de cette persécution des chrétiens. On constate en particulier un manque d’intérêt pour la législation sur le droit d’association1, alors que c’est précisément cette législation sur le droit d’association, bien connue surtout par le Digeste, qui expliquera la condamnation des bacchants et la persécution des chrétiens, et qui expliquera aussi les privilèges dont bénéficièrent les Juifs.

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1 Cf. notamment U. Egelhaaf-Gaiser/A. Schäfer (éds.), Religiöse Vereine in der römischen Antike (Tübingen 2002), p. 1 et Jinyn Liu dans son compte rendu de N. Tran, Les membres des associations romaines (Rome 2006), paru dans JRS 98 (2008), p. 214–216.

Chapitre I Rome et les cultes étrangers sous la République

Introduction

Rome s’est trouvée très tôt en contact avec des peuples de cultures différentes, ayant leurs propres dieux et leurs propres cultes. À l’époque royale, elle fut surtout influencée par ses voisins les Étrusques, auxquels elle emprunta entre autres l’art divinatoire des haruspices. Dès le VIe siècle, elle eut des contacts avec le monde grec par l’intermédiaire de la cité de Cumes, dont elle adopta l’alphabet et qui était le siège du fameux oracle de la Sibylle. Les Romains découvrirent la culture grecque, son art, sa littérature, ses dieux et ses mythes. Les dieux grecs furent assimilés aux dieux romains, ce qui eut notamment pour conséquence l’hellénisation de certains cultes et rituels romains. Elle eut enfin, dès la fin du VIe siècle, des relations avec Carthage, avec qui elle conclut un traité vers 500 av. J.-C. La soumission de l’Italie et de la Sicile au cours du IIIe siècle et la conquête de la Méditerranée orientale dans la première moitié du IIe siècle accélérèrent l’influence de la culture grecque à Rome. De nombreux Romains et Italiens allèrent s’installer en Orient pour y faire du négoce, notamment à Délos, et découvrirent ainsi toutes sortes de divinités et de cultes orientaux, grecs, égyptiens ou d’Asie. Inversement, de nombreux Grecs et Orientaux vinrent vivre à Rome, certains de leur plein gré, la majorité d’entre eux comme esclaves. Rome devint une ville cosmopolite où l’on parlait toutes sortes de langues et y pratiquait les cultes et les rites les plus divers. Denys d’Halicarnasse, qui vécut de nombreuses années à Rome sous le règne d’Auguste, loue les Romains d’avoir préservé leur religion des influences étrangères « malgré la venue à Rome d’innombrables peuples qui, par nécessité, continuent de vénérer leurs dieux traditionnels selon leurs coutumes ancestrales »2.

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Face à cet afflux de nouveaux dieux et de nouveaux cultes, parfois étranges et parfois occultes, les autorités romaines firent preuve d’une tolérance remarquable. En fait, on ne connaît jusqu’à l’époque d’Auguste que deux cas de répressions systématiques d’un culte étranger, celle des Bacchanales en 186 av. J.-C. et celle des cultes égyptiens en ville de Rome dans les dernières années de la République. Pour le reste, les citoyens romains comme les pérégrins furent libres de participer aux cultes et rites qu’ils voulaient, pour autant bien entendu qu’ils ne mettent pas en danger la sécurité de l’État ou l’ordre public.

Notes biographiques

Adalberto Giovannini (Éditeur de volume)

Adalberto Giovannini a été professeur d'histoire ancienne à l'Université de Genève de 1971 à 2005. Il est l'auteur de nombreuses publications sur l'histoire des institutions et l'histoire économique du monde grec et de Rome, ainsi que sur le statut juridique des Juifs et des chrétiens dans l'Empire romain.

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Titre: Religions tolérées et religions interdites dans l'empire Romain