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La construction linguistique de la durée en anglais et en français

de Agnès Leroux (Auteur)
Monographies 280 Pages
Série: GRAMM-R, Volume 42

Résumé

Cet ouvrage, issu d’un travail de recherche en linguistique contrastive sur la construction du temps et de la durée en anglais et en français, a pour objectif d’alimenter une réflexion didactique. L’auteur concentre son étude sur trois marqueurs : le for temporel, en anglais et depuis/pendant, en français.
Le point de départ de l’ouvrage est la constatation de la difficulté qu’ont les apprenants francophones à manipuler les marqueurs de temps et de durée en anglais. La majeure partie de ce livre est donc consacrée à la mise en évidence des différences fondamentales entre les deux langues dans la construction linguistique de la durée. Dans un deuxième temps, après l’analyse de productions erronées issues de corpus d’apprenants, il propose des solutions de remédiation, et montre ainsi que deux champs disciplinaires – la linguistique et la didactique – peuvent se nourrir et s’enrichir mutuellement. Cette recherche s’inscrit fermement dans un cadre théorique énonciativiste avec le projet de retrouver dans les marqueurs sélectionnés la trace d’opérations, de conceptualisations et de représentations mentales. Toutefois, elle marque sa différence en introduisant un niveau d’analyse supplémentaire, celui du « patron », représentation abstraite, conceptuelle, de la durée afin de rendre compte au mieux des variations interlangues.
Ces travaux poursuivent ceux de « l’École Charles V » qui proposaient une conception stimulante des rapports dynamiques entre enseignement et recherche fondamentale en linguistique.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • Sur l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Remerciements
  • Table des matières
  • Introduction
  • Chapitre 1. Réflexion théorique sur temps, durée et langue
  • Introduction
  • 1. Linguistique contrastive, réflexion sur une approche
  • 1.1. Des marqueurs aux structures
  • 1.2. Linguistique contrastive et didactique : de la recherche à l’enseignement
  • 1.3. De l’énonciation à la cognition et retour à l’énonciation
  • 1.4. Méthodologie
  • 2. De la linguistique contrastive aux problématiques didactiques et réciproquement
  • 2.1. Enseignement des langues en milieu institutionnel
  • 2.2. De l’enseignement et de la didactique à l’objet d’étude
  • 2.3. De la relation entre analyse linguistique, formalisation et didactique des langues
  • 3. Outils de la TOPE : opération d’un choix
  • 3.1. L’espace énonciatif
  • 3.2. Système linguistique de représentation du temps
  • 3.3. Des opérations pour rendre compte de la correspondance entre l’anglais et le français
  • 4. Hypothèse de travail
  • Chapitre 2. Typologie des agencements de référence à la durée en anglais et en français : constructions ou marqueurs ?
  • Introduction
  • 1. Les constructions linguistiques de la référence à une durée et leur fonctionnement
  • 1.1. Définition des paramètres de construction linguistique de la durée
  • 1.2. Analyse des agencements de marqueurs en anglais et en français
  • 1.3. Différenciation des portées des marqueurs en fonction de la langue
  • Conclusion
  • Chapitre 3. Schémas opératoires de for, pendant et depuis
  • Introduction
  • 1. Conditions dans lesquelles for et pendant sont indispensables
  • 1.1. L’aspect lexical du procès n’est pas d’emblée compatible avec une durée homogène
  • 1.2. La locution de quantification temporelle ne renvoie pas une discrétisation explicite des instants
  • 1.3. Relation syntaxique : l’antéposition bloque la construction du sens de la durée
  • 1.4. bilan sur for et pendant
  • 2. Pourquoi depuis est toujours indispensable
  • 2.1. La suppression de depuis introduit une hétérogénéité simple sur la classe des instants
  • 2.2. Bilan sur for, pendant et depuis dans le cadre de l’expression de la durée
  • 3. Marqueurs prépositionnels de la durée et la négation : la construction de l’hétérogénéité
  • 3.1. Pendant et depuis en configuration négative
  • 3.2. Les cas de for et de in
  • 4. For, pendant et depuis : leurs champs opératoires dans la construction de la durée
  • Chapitre 4. Cible, portée et la construction du sens de la durée : du temporel au subjectif
  • Introduction
  • 1. Référence à la durée sans relateur
  • 1.1. Live et vivre avec ou sans relateur : construction de deux sens différents
  • 1.2. Portée de la durée et construction du sens de l’énoncé
  • 1.3. Bilan des sens construits
  • 2. portée de la durée : Modification de la notion associée au procès
  • 2.1. Redéfinition du procès
  • 2.2. Re-sémantisation du procès
  • 3. Le contraste anglais-français par le prisme de la portée de la locution de quantification temporelle
  • 3.1. La correspondance n’est pas assurée
  • 3.2. Chronologie en anglais passage de frontière en français
  • 3.3. Enchaînement de P à Q, évaluation subjective de la durée et téléonomie
  • 3.4. En contexte négatif, de ø à pendant
  • 4. Conjugaison de portée et de cible : la locution de quantification temporelle dans la synergie des marqueurs
  • 4.1. Valuation qualitative sur la locution de quantification temporelle
  • 4.2. Aspect have-en simple et rapport à la durée : cible S ou T ?
  • Conclusion
  • Chapitre 5. Construction du sens de la durée et intersubjectivité : la diversification des relateurs en français
  • Introduction
  • 1. Les prépositions qui s’inscrivent sur l’axe paradigmatique de pendant
  • 1.1. Pendant/Durant
  • 1.2. Pendant, durant et les syntagmes prépositionnels l’espace de et passer (du temps) à
  • 1.3. For/passer (du temps) à : systématisation d’une traduction
  • 2. Les relateurs qui s’inscrivent sur l’axe paradigmatique de depuis
  • 2.1. Depuis et la durée, rappel des éléments essentiels
  • 2.2. Définition et relation des trois éléments de la durée selon le marquage par il y a que ou ça fait que
  • 2.3. Typologie de la distribution en fonction des traductions
  • 3. Bilan sur une typologie des traductions de for
  • Conclusion
  • Chapitre 6. De la recherche en linguistique contrastive à la réflexion et à l’expérimentation en didactique des langues étrangères
  • Introduction
  • 1. Enseignement des langues et recherche en linguistique
  • 1.1. Grammaire des constructions et didactique
  • 1.2. Constructions contre agencement de marqueurs
  • 1.3. Agencements de marqueurs et didactique
  • 2. Propositions d’analyse de quelques didactisations dans les précis de grammaire
  • 2.1. Le français : métalangue et contraste
  • 2.2. Retracer la conception définie de l’objet d’étude
  • 3. Schéma d’une didactisation
  • 3.1. Protocole d’observation
  • 3.2. Analyse des productions
  • 3.3. Élaboration d’un procédé de remédiation
  • 3.4. Retour sur apprentissage
  • 3.5. Bilan
  • Conclusion
  • Conclusion générale
  • Index
  • Références bibliographiques
  • Titres de la collection

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Introduction

Le travail de recherche exposé ici rend compte de la construction progressive d’une typologie des correspondances français-anglais des constructions articulées autour de for temporel et de depuis/pendant, conçue comme une exploration à travers les mécanismes de la construction de la durée en anglais et en français.

Ce travail de réflexion en linguistique contrastive anglais-français sur la construction linguistique du sémantisme de la durée, et qui s’inscrit dans le cadre théorique de la Théorie des Opérations Prédicatives et Énonciatives initiée par Antoine Culioli (exposée dans le chapitre 1 section 3), puise ses problématiques dans l’enseignement de l’anglais langue étrangère, désormais LE. Son objectif est double :

dans un premier temps il s’agit de mettre à jour les fonctionnements des différentes constructions en contraste pour mieux comprendre les particularités de chacune et les sources de divergence entre les deux langues

ensuite, à plus long terme il s’agira de donner vie à cette recherche et de la faire progresser et évoluer à travers un travail de didactisation sur plusieurs niveaux d’enseignement.

Ainsi, de la naissance de la problématique à la mise en œuvre des découvertes linguistiques, il est question d’interaction : interaction avec les apprenants pour cerner exactement ce qu’ils ne comprennent pas et surtout, interaction avec l’objet de cette recherche, afin de découvrir les raisons pour lesquelles ils ne comprennent pas. Il s’agit également d’interaction-manipulation du matériau linguistique, les observables, pour mettre en évidence les mécanismes qui sont la source de confusions. Et enfin interaction avec les enseignants du secondaire et de la première année de licence pour déterminer le mode de mise en œuvre, donc la transposition ou transformation des hypothèses élaborées par le processus de recherche en linguistique, dans un cadre psycholinguistique et didactique. Il se peut néanmoins que cette mise en œuvre, loin de livrer des solutions satisfaisantes, génère de nouvelles questions et le processus ← 15 | 16 → d’interaction se remettra en route pour élaborer de nouvelles hypothèses, afin de relancer le processus de recherche.

Le sujet de cet ouvrage est donc la construction du sémantisme de la durée en anglais et en français. Ce phénomène est observé par le prisme de l’utilisation des prépositions for/depuis-pendant, qui représentent une porte d’entrée dans cette exploration.

Le champ très pointu de cette recherche, trois prépositions seulement pour tout un ouvrage, for/pendant-depuis complétées par les paradigmes depuis et pendant en chapitre 5, s’explique par la nature des observations qui ont déclenché ce travail. Suite aux difficultés des apprenants de quatrième à restructurer l’expression d’une durée quantifiée en relation avec un prédicat du type je le connais depuis quatre ans ou j’ai joué du piano pendant quatre ans, en anglais, il est vite apparu que ce n’était pas seulement le caractère déictique de l’expression de la durée en français qui gênait les apprenants, mais le rapport entre les éléments de l’énoncé, aspect lexical du verbe, aspect grammatical, et relation à la locution de quantification temporelle (nom précédé d’un quantifieur défini ou indéfini). De ce fait, cette entrée pointue et réduite à un problème qui ne prend que très peu de place dans les grammaires et encore moins dans les manuels du secondaire, couvre finalement un champ large : la construction linguistique de la durée en relation à celle du temps, la typologie de l’aspect lexical des verbes, la construction des intervalles, temps et aspect grammatical, la typologie des syntagmes prépositionnels exprimant une durée en français, l’équilibre entre repérage subjectif et repérage spatio-temporel.

Après un 1er chapitre consacré à une réflexion ontologique sur l’objet de la recherche, la construction du sémantisme de la durée et sur les moyens à la disposition du chercheur pour le modéliser, ainsi que sur l’influence des outils sur le sens construit par les représentations, quatre chapitres sont consacrés à l’étude des structures anglaises et françaises qui construisent une durée. D’une typologie qui explore la norme au second chapitre, on passe au troisième chapitre à une observation centrée sur les prépositions elles-mêmes, considérées comme des relateurs entre le prédicat et la locution de quantification temporelle. Puis, devant l’inefficacité des paramètres mis au jour pour expliquer certaines correspondances anglais-français, ou certaines structures syntaxiques peu fréquentes dans une des deux langues, le quatrième chapitre aborde la place, dans la référence construite par les différents agencements de marqueurs, du repérage par rapport à une source subjective. La prise ← 16 | 17 → en compte d’une part de construction subjective dans l’expression de la durée ouvre la voie, au chapitre 5, à l’élaboration d’une typologie d’un ensemble de prépositions, variations sur le sens de depuis et pendant.

Dédier un volume complet à la construction du sémantisme de la durée par trois prépositions peut paraître une analyse longue pour un problème aussi pointu, mais les paramètres qui mettent en place le sens de la durée sont comme la partie cachée d’un iceberg : ils font partie d’un réseau de marqueurs dont les effets agissent au-delà de la l’expression de la durée elle-même, et touchent aux particularités de chacune des deux langues. Le terme exploration, utilisé à plusieurs reprises dans cette introduction, n’est pas un effet de style : les analyses, dont il est rendu compte au fur et à mesure des chapitres, descendent peu à peu plus profond dans l’organisation des réseaux qui se tissent entre les marqueurs.

Le résultat de cette recherche a fait l’objet d’une transposition didactique pour expérimentation en classe de quatrième menée lors de l’année scolaire 2014-2015. Elle est présentée au chapitre 6. Ceci étant, cet ouvrage ne présente pas d’exploitation didactique complète de toutes les hypothèses avancées, il pose les fondements d’une expérimentation didactique raisonnée de l’enseignement de l’expression de la durée en anglais à des apprenants francophones de niveau A1-A2. La mise en œuvre de l’ensemble des paramètres mis au jour dans ce travail pour des apprenants de ce niveau ne serait pas pertinente. D’ailleurs l’objectif premier de ce travail de recherche est de susciter la curiosité du linguiste, d’apporter quelques réponses à des problématiques concernant la construction de la référence à travers les langues naturelles. La didactique arrive comme un objectif second, pas totalement après-coup puisque le questionnement a été suscité par les difficultés des apprenants, mais il n’y a pas d’intentionnalité dans cette démarche, pas d’objectif didactique qui servirait à justifier la recherche linguistique. En revanche que la recherche en linguistique trouve un débouché en didactique semble appréciable et même souhaitable. D’une réflexion qui prend appui sur des erreurs d’apprenants, cette recherche, comme une boucle, se termine sur un exemple de remédiation aux erreurs de quelques apprenants. L’intérieur de la boucle concerne la mise au jour d’opérations et d’invariants sous-jacents aux marqueurs, et dont l’interaction construit le sémantisme de la durée. Si ces opérations langagières sont la manifestation visible d’une activité cognitive, on peut tenter de les utiliser comme supports à la didactisation des faits de langue. La construction du sémantisme de la durée selon les diverses solutions apportées par l’anglais et le français, ← 17 | 18 → décrite dans ce travail en fonction des différents outils offerts par la Théorie des Opérations Prédicatives et Énonciatives, se présente comme un support souple et très adaptable à la mise en œuvre d’un chemin d’apprentissage. C’est ce qui sera montré en chapitre 6.

La découverte progressive des mécanismes de construction du sémantisme de la durée en anglais et en français se donne ici pour objectif de faire sens des différences entre les deux langues, et trouvera certainement d’autres applications encore que la didactique des langues.

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CHAPITRE 1

Réflexion théorique sur temps, durée et langue

Introduction

Ce travail propose de poser une problématique liée à l’expression langagière de la durée. Ce questionnement a été suscité par la difficulté des élèves de collège et de lycée à passer du système linguistique français à celui de l’anglais lorsqu’il s’agit d’exprimer une relation entre un intervalle de temps, quel qu’il soit – durée ou période définie – et la validation d’une relation prédicative. Suite à une première étude, effectuée en 2001, qui présentait une typologie de quelques marqueurs utilisés en français et en anglais (Leroux 2001) pour établir un rapport entre validation d’une relation prédicative et intervalle de temps, en partant des marqueurs anglais for, during et in, le sujet se resserre ici pour ne plus traiter que la durée quantifiée du type I have been swimming for three hours/I worked in London for three years. Après quinze ans d’enseignement à l’université, force est de constater que les étudiants eux-mêmes se heurtent à des difficultés de construction de ce type d’énoncés. C’est la raison pour laquelle ce travail est plus particulièrement consacré à la construction du sémantisme de la durée dans la langue. L’objectif à long terme, serait d’élaborer un système qui clarifie le passage du français à l’anglais. Il ne s’agirait cependant pas de codifier ce rapport, ni surtout d’en donner le mode d’emploi. Mais il serait intéressant que cette étude puisse servir de base à l’explication du phénomène et peut-être à sa didactisation, ou mise en œuvre en cours de langue, sous forme de parcours d’enseignement/apprentissage du phénomène observé.

Cette problématique s’articule en trois questions, qui se répartissent entre syntaxe ou structure linéaire de l’énoncé, identification de l’ensemble des marqueurs et de leur rôle dans la construction du sens de la durée, et sens construit par le repérage au sein de l’espace énonciatif :← 19 | 20 →

s’il y a des constructions syntaxiques assignées à la durée dans chacune des deux langues, quelle est la limite de chacune à l’intérieur de l’énoncé ?

Parle-t-on de constructions ou d’agencements de marqueurs ? Dans ce cas quel est le rôle de chaque marqueur dans l’agencement ?

L’équilibre entre coordonnées subjective et temporelle dans les repérages mis en place par les marqueurs peut-il être une explication à la variété des marqueurs de type préposition en français ?

Ces trois questions tracent un cheminement.

Pour ce faire, nous avons travaillé selon les principes de la linguistique contrastive, au sein de la Théorie des Opérations Prédicatives et Énonciatives (désormais TOPE).

Notes biographiques

Agnès Leroux (Auteur)

Agnès Leroux est actuellement Maitre de conférences habilitée à diriger des recherches à l’université de Paris Nanterre, et fait partie du groupe GReG dans l’équipe d’accueil du CREA. Elle enseigne et mène sa recherche en linguistique contrastive anglais-français et en didactique de l’anglais LE.

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Titre: La construction linguistique de la durée en anglais et en français