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Mondes méditerranéens / Μεσογειακοί Κόσμοι

Perceptions et transformations de l’espace / Προσλήψεις και μετασχηματισμοί του χώρου

de Constantin Bobas (Éditeur de volume) Arthur Müller (Éditeur de volume) Platon Petridis (Éditeur de volume)
©2022 Collections 368 Pages

Résumé

Les contributions de cet ouvrage collectif envisagent les modifications de l’espace et l’évolution de leur perception dans l’aire méditerranéenne. Elles adoptent une perspective résolument inter- et pluridisciplinaire, privilégiant des approches aussi bien diachroniques que synchroniques autour de l’espace méditerranéen dans son acception la plus large.
Ces approches interdisciplinaires posent un regard croisé sur ces inventions ou ré- inventions de l’espace : elles examinent les mutations spatiales dans une approche historique, archéologique et anthropologique aussi bien que littéraire ou philoso- phique et sociologique, dans un prolongement temporel étendu et à travers des réa- lités culturelles diverses. Ruptures et continuités, transpositions, territorialités com- munes et mouvement des espaces répartissent les dix-huit textes en quatre parties.
Cet ouvrage se caractérise par son processus réfléchi d’intégration de plusieurs disciplines des sciences humaines et sociales autour d’une thématique commune appliquée à un espace de référence signifiant créé par quelques millénaires de pré- sence de cultures différentes. L’éclairage nouveau se situe au croisement de toutes ces disciplines qui peuvent apporter à travers leurs contributions spécifiques une vision globale et transhistorique de la Méditerranée dans sa physionomie actuelle. L’avantage principal de cette proposition réside dans le dialogue actif entre les dis- ciplines et la synergie scientifique fondée sur les échanges d’outils conceptuels et méthodologiques appropriés.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • À propos des directeurs de la publication
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Sommaire
  • Avant-propos / Πρόλογος / Foreword
  • 1. Continuités et ruptures spatiales Χωρικές συνέχειες και ασυνέχειες
  • L’espace des dieux, l’espace des hommes à Delphes. Permanences, interactions, évolutions (Dominique Mulliez)
  • Spatial transformations in built public space from the Hellenistic to the Roman era in the Eastern Mediterranean and subsequent receptions of it: the example of the Roman baths (Dimitris Damaskos)
  • Espace public – espace privé en Grèce protobyzantine (Platon Pétridis)
  • Reconstructing the Dynamics of a Public and Sacred Place: The Central Plateau of the Eleftherna Acropolis (Christina Tsigonaki)
  • 2. Transpositions et compositions des espaces Χωρικές μεταθέσεις και συνθέσεις
  • L’espace scénique de la tragédie grecque et ses transformations sur la scène moderne : les Euménides de Peter Hall et Luca Ronconi (Daria Francobandiera)
  • Dystopies, hétérotopies, limitrophies et d’autres idiomes théâtraux du lieu (Georges P. Pefanis)
  • Traversées croisées et expressions poétiques contemporaines des thèmes mythologiques. Écritures et espaces (Constantin Bobas)
  • Space: the fusion of private and public in Yiorgos Symbardis’ prose (Eri Stavropoulou)
  • Le Héros de Gand, ou la Méditerranée rejetée (Gunnar De Boel)
  • 3. Perceptions d’une territorialité commune Προσλήψεις μιας κοινής εδαφικότητας
  • Variations sur le thème des migrations de populations chez Sénèque et Tertullien : la perception de l’espace entre rhétorique et leçon philosophique (Marie-Odile Bruhat)
  • D’une topique mémorielle à l’autre : Jérusalem sous la loi romaine de Titus à Constantin (Christophe Batsch)
  • Byzantium-Baroque: Shaping and overcoming aesthetic boundaries (Argyro Loukaki)
  • “Derridathenian” Developments (Thomas Dutoit)
  • 4. Des mouvements dans l’espace Κινήσεις στον χώρο
  • Une Méditerranée de fiction : la translatio studii des romanciers médiévaux (Nathalie Koble)
  • La République de Platon et l’administration des Guaranis du Paraguay selon Josep Manuel Peramás : le refus d’une nouvelle Athènes (Michèle Guillemont)
  • Perceptions, penetrations, possession, and perfidy: Britain and the redrawing of the map of the Eastern Mediterranean and the Middle East, 1914–1956 (Richard Davis)
  • Redefining public space in and through crisis: learning from Athens (Stavros Stavrides)
  • Re-Remember where (Dimitrios Makris)

Avant-propos / Πρόλογος / Foreword

Constantin Bobas, Arthur Muller, Platon Pétridis

En 1998, l’Université Charles-de-Gaulle Lille 3 et l’Université Nationale et Capodistrienne d’Athènes se liaient par une convention de coopération scientifique dans les domaines des sciences de l’Antiquité, des langues et des études littéraires. Au-delà des échanges d’enseignants et d’étudiants, elles décidaient de donner une forme plus concrète à leur collaboration en choisissant d’organiser ensemble un congrès interuniversitaire sur les thèmes relevant des domaines retenus et susceptibles d’intéresser un grand nombre d’universitaires et de chercheurs de la Méditerranée.

Ces manifestations sont organisées et publiées alternativement en Grèce et en France, les deux partenaires se répartissant à chaque fois l’organisation et l’édition des actes. Deux congrès ont été organisés et publiés dans ce cadre :

à Delphes en octobre 2000 : Mythes et société en Méditerranée orientale, entre le sacré et le profane. Actes édités par C. Bobas, A. Muller, D. Mulliez, Collection Travaux et recherches UL3, Villeneuve d’Ascq, 2005.

à Lille en décembre 2004 : Croyances populaires, rites et représentations en Méditerranée orientale. Actes édités par C. Bobas, C. Evangelidis, T. Milioni, A. Muller, Athènes, 2008.

Dans le cadre de ce programme interuniversitaire, les organisateurs – C. Bobas et A. Muller pour l’Université de Lille, P. Pétridis et G. Pefanis pour l’Université Nationale et Capodistrienne d’Athènes – ont organisé à Athènes en octobre 2015 un troisième Congrès international sur le thème Mondes Méditerranéens : perceptions et transformations de l’espace.

La perspective était résolument inter- et pluridisciplinaire, comme cela était le cas lors des éditions précédentes, privilégiant des approches aussi bien diachroniques que synchroniques autour de l’espace méditerranéen dans son acception la plus large. La thématique retenue évolue à travers les modifications de l’espace dans l’aire méditerranéenne. Afin d’évoquer la question des transformations spatiales, il faudrait essayer d’esquisser une définition de cette notion de l’espace, particulièrement ←9 | 10→complexe, ou, du moins, observer des attributs qui lui sont propres. Or, il semblerait impossible d’aborder la spatialité sans prendre en considération le mouvement en tant que vecteur temporel qui redéfinit sans cesse une étendue dans un contexte fluctuant où des généalogies multiples s’établissent pour former une cartographie nouvelle.

Ainsi, la notion de l’espace-temps, en tant que continuum, fait que tout mouvement, tout événement temporel, intervient dans le processus de construction d’une spatialité ainsi que dans ses fondements épistémologiques. Ces champs spatiaux, que ce soit sous des formes concrètes ou abstraites – territoires, monuments, espaces mentaux – sont porteurs d’une dynamique qui, en même temps, subit et entraîne des variations successives dans une échelle multidimensionnelle, tel le changement de fonction d’un espace ou bien son interaction sociopolitique. Dans la plupart des cas, il s’agit de métamorphoses environnementales dont les prémisses ou les modes d’agencements évoquent des infléchissements de réalités culturellement, socialement et historiquement déterminées. De ce point de vue, les mondes méditerranéens se situeraient dans un paradigme expérimental et heuristique majeur afin d’approcher ces modifications de l’espace en tant que vecteurs constitutifs de différentes civilisations qui, dans la profondeur du temps, forment sa physionomie multiple. Ces transformations se sont produites dans des contextes divers, aussi bien ceux d’une réalité vécue que ceux d’une fiction construite, dont les caractéristiques principales correspondraient à un acte créateur qui s’enracine dans la nécessité d’un changement incessant en tant que seule possibilité d’évolution ou de préservation.

Les thématiques principales de ces actes se structurent autour de quatre axes. Dans le premier, « Continuités et ruptures spatiales », la perspective est résolument historique et archéologique, avec des études de cas relevant des deux mondes qui se sont succédé dans l’espace grec de Méditerranée, le monde classique et le monde de Byzance : du Nord au Sud, Thasos en Égée septentrionale, Delphes en Phocide, Eleftherna en Crète. La prise en compte du temps long met en évidence les évolutions ou les dynamiques, et surtout les interactions, éventuellement conflictuelles, d’espaces de natures et de statuts différents : la ville et le territoire, le sacré et le profane, ce dernier articulé en public et privé. Les transformations affectent aussi des monuments, comme en témoigne l’évolution des bains : d’abord espaces consacrés à l’hygiène corporelle, ils ont évolué jusqu’à des ensembles complexes, des « Rome en réduction ».

Par contraste, les contributions du deuxième axe, « Transpositions et compositions des espaces », proposent des approches littéraires : elles se focalisent sur la réception de l’Antiquité et l’exploration du fonctionnement de l’espace méditerranéen dans la réalité littéraire moderne et contemporaine. L’espace théâtral y tient une place de choix, avec d’une part les transpositions de l’espace scénique du drame antique sur la scène ←10 | 11→contemporaine d’Eschyle par Hall et Ronconi, d’autre part avec l’examen des formes particulières de spatialité que le théâtre moderne et contemporain offre à la pensée philosophique de l’espace en explorant les œuvres de Kambanellis, de Castelucci, de Mavritsakis et de Tanguy. La poésie n’est pas en reste : le site de la Mycènes antique et son fonctionnement dans les rapports de textualité et de spatialité est au cœur de l’approche croisée de Séféris, Cocteau et Celan. Pour la prose enfin, l’étude de l’espace grec est une clef des romans de Symbardis, créateur d’un monde multidimensionnel pris dans un réseau de métaphores, d’analogies et de contrastes. En revanche, par sa filiation maeterlinckienne, le roman de Kachitsis, Le Héros de Gand, rejette les valeurs méditerranéennes de clarté et de lumière que représente la tradition classique en montrant une dimension dystopique inhérente aussi à cet espace.

En s’appuyant sur des discours conceptuels ou des sources historiques et esthétiques, les contributions du troisième axe, « Perceptions d’une territorialité commune », poursuivent la réflexion sur la réception, cette fois, à l’intérieur de différentes périodes historiques, de l’Antiquité tardive à l’époque contemporaine, ou encore dans des intervalles plus restreints d’un événement personnel. En effet, l’irruption d’un changement dans la vie quotidienne de Sénèque et de Tertullien ouvre la voie à des considérations plus générales sur la reconfiguration continue de l’espace-Méditerranée due à son histoire complexe. De même, sur une échelle temporelle plus longue, les fluctuations et le déplacement du sacré dans la ville de Jérusalem aux quatre premiers siècles de notre ère, d’un espace mémoriel juif à une nouvelle symbolique chrétienne, rendent les transformations spatiales particulièrement perceptibles. Par ailleurs, ces superpositions signifiantes existent aussi à des périodes ultérieures, notamment dans des approches esthétiques qui revendiquent la même source d’inspiration, comme cela est le cas de l’art byzantin et du baroque par rapport au néoplatonisme en promouvant les échanges et les transformations de l’espace méditerranéen, surtout entre l’Italie et la Grèce. Ou encore, dans la conversation féconde entre photographie et philosophie à travers les développements de Jacques Derrida dans Demeure, Athènes et les clichés en noir et blanc de Jean-François Bonhomme qui médite à nouveau sur la question de l’idéalité, de la vie et de la mort par une flânerie animée dans la ville contemporaine.

Enfin, le quatrième axe, « Des mouvements dans l’espace », s’inscrit dans une double perspective littéraire et géopolitique ou sociologique urbaine, en faisant aussi appel aux nouvelles technologies. Ainsi, une contribution majeure de l’espace méditerranéen en tant que lieu de mémoire est évoquée dans la construction générique du roman à l’époque médiévale, telle qu’elle est conçue dans les romans de Thèbes, d’Énéas et de Troie ou dans la projection de la République platonicienne en Amérique latine afin de créer un modèle de vie en société parfait pour les ←11 | 12→peuples Guaranis proposé par le jésuite Josep Manuel Peramás. Cependant, au-delà des représentations mémorielles de la Méditerranée idéales ou idéalisées, il existe aussi une réalité contemporaine qui témoigne du désenchantement de cet espace, surtout de la Méditerranée orientale, à travers les vicissitudes géopolitiques et les interventions britanniques pour redessiner les frontières, notamment dans la première moitié du xxe siècle dont les conséquences dramatiques sont toujours perceptibles dans cette région. Par ailleurs, ces tourmentes multiples peuvent se rencontrer également dans le cas d’un pays, en l’occurrence de la crise socio-économique grecque récente où une restructuration de l’espace public est opérée par des vecteurs collectifs afin de se réapproprier cet espace commun, cet espace du commun. Et, dans cette configuration contrastée, entre ombre et lumière, monde rêvé et vie éprouvante, l’ingénierie actuelle grâce à la réalité augmentée pourrait réintroduire et combiner les récits littéraires autour des villes comme Héraklion, Le Caire, Alexandrie, Jérusalem afin d’associer l’homme et l’environnement méditerranéen dans une logique des bénéfices partagés.

En effet, toutes ces approches interdisciplinaires visent à poser un regard croisé sur ces inventions ou réinventions de l’espace et à examiner les mutations spatiales dans une perspective historique, archéologique et anthropologique aussi bien que littéraire ou philosophique et sociologique, dans un prolongement temporel étendu et à travers des réalités culturelles diverses.

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Résumé des informations

Pages
368
Année
2022
ISBN (PDF)
9782875745477
ISBN (ePUB)
9782875745484
ISBN (Broché)
9782875745460
DOI
10.3726/b19443
DOI
10.3726/b19440
Langue
français
Date de parution
2022 (Avril)
Published
Bruxelles, Berlin, Bern, New York, Oxford, Warszawa, Wien, 2022. 368 p., 23 ill. en couleurs, 13 ill. n/b.

Notes biographiques

Constantin Bobas (Éditeur de volume) Arthur Müller (Éditeur de volume) Platon Petridis (Éditeur de volume)

Constantin Bobas est professeur en études néo-helléniques et en études intercultu- relles à l’Université de Lille. Ancien directeur de l’Unité de Recherche CECILLE ULR 4074, il est actuellement Vice-doyen Recherche de la Faculté des Langues, Cultures et Sociétés. Arthur Muller, professeur d’archéologie grecque, est émérite de l’Université de Lille et de l’Institut universitaire de France. Parallèlement à ses travaux en Grèce et en Albanie, il a largement contribué à la structuration de la recherche en Sciences de l’Antiquité dans son université. Platon Pétridis est professeur d’archéologie byzantine au Département d’Archéo- logie et d’Histoire de l’art de l’Université Nationale et Capodistrienne d’Athènes et Directeur du Musée d’Archéologie et d’Histoire de l’art.

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