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Mallarmésis

Mythopoétique de Stéphane Mallarmé

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Émile Fromet de Rosnay

Mallarmé, qui se rend compte de la contingence de la Notion une fois qu’elle se met en contact avec le langage, et pour qui la littérature et la pensée sont inséparables, a inventé une nouvelle approche mythologique au langage. Celle-ci récupère l’ancien système des ressemblances où le mot était l’équivalent de son concept. Pourtant, cette approche, « mythopoétique » – une production négative de mythes qui est symptomatique de l’histoire de l’esthétique occidentale – réussit par son échec mimétique même à reproduire une homogénéité au niveau de la forme. Nous démontrons, par des analyses de textes « linguistiques » et « critiques » comme les Notes sur le langage et Le mystère dans les lettres, de proses et de poèmes comme Igitur, les Divagations, Épouser la Notion, le Sonnet en X et Un Coup de Dés, et à partir de phénomènes contemporains, qu’il ne s’agit pas tant de l’art imitant la nature ou vice versa, mais plutôt de la répétition de la production de la nature et de la « nature » d’un langage qui crée des mythes. Les nouvelles ressemblances de cette poétique sont donc doublement mimétiques, à la fois imitant et devenant nature. C’est une poétique qui reflète les découvertes en linguistique au dix-neuvième siècle, comme chez Müller, pour qui « le langage est le travail de la nature », mais qui avant tout se situe inéluctablement dans les trous de la pensée occidentale. Elle exige un travail qui tient compte de son devenir comme constitué épistémologiquement.

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Introduction 1

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1 troisième lieu, l’analogie, où se superposent la convenentia et l’aemulatio : celle-là est comme l’aemulatio car il s’agit de liens et de jointure, et celle-ci est comme la convenance en tant que sa ressemblance est liée à l’espace. Ces similitudes proposent un « champ universel d’application » où l’homme est le point privilégié « dans l’espace sillonné du champ, où toutes les figures du monde peuvent se rapprocher » (37). Enfin, la sympathie « suscite le mouvement des choses dans le monde et provoque le rapprochement des plus distantes. Elle est le principe de mobilité » (38). Cette dernière, qui est plutôt intérieure qu’extérieure, secrète, implique l’« instance du Même », et possède « un dangereux pouvoir d’assimiler, de rendre les choses identiques […] » (39). Elle transforme et altère. Son pouvoir doit être balancé, sinon « le monde se réduirait à un point, à une masse homogène, à la morne figure du Même » (39). Pour cette raison, il y a l’antipathie, « figure jumelle » de la sympathie qui « empêche l’assimilation ». Son « jeu » disperse les choses, « mais tout autant les attire au combat » et, par le « balancement constant de la sympathie et de l’antipathie » les choses sont préservées dans leur singularité. Avec ce couple souverain, le mouvement et la dispersion qu’il prescrit donnent lieu à toutes les formes de ressemblance. […] [Leur espace] ne cesse de rapprocher les choses et de les tenir à distance. Par ce jeu, le monde demeure identique; les ressemblances continuent à être ce qu’elles sont, et à se ressembler....

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