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Mallarmésis

Mythopoétique de Stéphane Mallarmé

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Émile Fromet de Rosnay

Mallarmé, qui se rend compte de la contingence de la Notion une fois qu’elle se met en contact avec le langage, et pour qui la littérature et la pensée sont inséparables, a inventé une nouvelle approche mythologique au langage. Celle-ci récupère l’ancien système des ressemblances où le mot était l’équivalent de son concept. Pourtant, cette approche, « mythopoétique » – une production négative de mythes qui est symptomatique de l’histoire de l’esthétique occidentale – réussit par son échec mimétique même à reproduire une homogénéité au niveau de la forme. Nous démontrons, par des analyses de textes « linguistiques » et « critiques » comme les Notes sur le langage et Le mystère dans les lettres, de proses et de poèmes comme Igitur, les Divagations, Épouser la Notion, le Sonnet en X et Un Coup de Dés, et à partir de phénomènes contemporains, qu’il ne s’agit pas tant de l’art imitant la nature ou vice versa, mais plutôt de la répétition de la production de la nature et de la « nature » d’un langage qui crée des mythes. Les nouvelles ressemblances de cette poétique sont donc doublement mimétiques, à la fois imitant et devenant nature. C’est une poétique qui reflète les découvertes en linguistique au dix-neuvième siècle, comme chez Müller, pour qui « le langage est le travail de la nature », mais qui avant tout se situe inéluctablement dans les trous de la pensée occidentale. Elle exige un travail qui tient compte de son devenir comme constitué épistémologiquement.

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Chapitre 1 : Vers la Notion 25

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CHAPITRE 1 Vers la Notion La Notion1, dont la présence est très importante dans l’œuvre de Mallarmé, se rapproche à l’Idée ; elle en est même synonyme et, selon quelques critiques, c’est parfois identique à l’Absolu ou l’Être.2 Comment la Notion chez Mallarmé se relie-t-elle au langage, si celui-ci se pose dans son œuvre en tant que hasard et ainsi comme seul absolu ? C’est peut-être la question la plus épineuse et difficile, car comment peut-on relier l’Idée à son expression ? C’est une question millénaire en effet, déjà posée par Platon lorsqu’il parle de la mimêsis. Selon Platon (dans la République, 595a-608b)3, la nature est déjà une imitation de l’Idée, et l’œuvre d’art serait donc une imitation à un deuxième degré—à un deuxième degré de hasard. Vers la fin des années 1860, à partir des études en philologie comparée, Mallarmé s’est rendu compte que le langage pose une impossibilité quant à sa relation à l’Idée. Le résultat ne doit jamais être sous-estimé, négligé, ou réduit à une « quasi-artificialité » comme le fait Rosset (Rosset 103-108). Ce résultat pose une inquiétude à toute théorie littéraire, inquiétude qui se résume chez Mallarmé par le mot hasard. Mallarmé est tout à fait de son temps, mais annonce aussi les enjeux théoriques du 20e siècle, tout comme les découvertes scientifiques au 19e siècle (surtout en linguistique) créent l’arrière-fond épistémologique...

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