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Mallarmésis

Mythopoétique de Stéphane Mallarmé

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Émile Fromet de Rosnay

Mallarmé, qui se rend compte de la contingence de la Notion une fois qu’elle se met en contact avec le langage, et pour qui la littérature et la pensée sont inséparables, a inventé une nouvelle approche mythologique au langage. Celle-ci récupère l’ancien système des ressemblances où le mot était l’équivalent de son concept. Pourtant, cette approche, « mythopoétique » – une production négative de mythes qui est symptomatique de l’histoire de l’esthétique occidentale – réussit par son échec mimétique même à reproduire une homogénéité au niveau de la forme. Nous démontrons, par des analyses de textes « linguistiques » et « critiques » comme les Notes sur le langage et Le mystère dans les lettres, de proses et de poèmes comme Igitur, les Divagations, Épouser la Notion, le Sonnet en X et Un Coup de Dés, et à partir de phénomènes contemporains, qu’il ne s’agit pas tant de l’art imitant la nature ou vice versa, mais plutôt de la répétition de la production de la nature et de la « nature » d’un langage qui crée des mythes. Les nouvelles ressemblances de cette poétique sont donc doublement mimétiques, à la fois imitant et devenant nature. C’est une poétique qui reflète les découvertes en linguistique au dix-neuvième siècle, comme chez Müller, pour qui « le langage est le travail de la nature », mais qui avant tout se situe inéluctablement dans les trous de la pensée occidentale. Elle exige un travail qui tient compte de son devenir comme constitué épistémologiquement.

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Chapitre 3 : Igitur, conte mythopoétique 55

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CHAPITRE 3 Igitur, conte mythopoétique Avec Igitur, conte allégorique et philosophique par lequel Mallarmé espérait se « guérir » (ce qui est une autre façon d’aborder le problème de la dépersonnalisation), il s’agit encore d’une œuvre inachevée. Que Mallarmé se soit guéri ou non, là où Mallarmé voulait « terrasser » le « vieux monstre de l’Impuissance, [le] sujet [d’Igitur] »1, ce qui est en jeu ici est la perte du vieux sujet poétique, soit « mythopoétique ». C’est un sujet « créateur » d’une vision, où l’adéquation entre la notion et les mots était possible. Est-ce dire, par ce conte philosophique, qu’il aurait pu en finir avec son impuissance créatrice ? La lettre dans laquelle il parle de cette impuissance semble le confirmer. Il s’agit aussi de la thématique de l’Impuissance du poète romantique avec tout le bagage philosophique autour de la notion que cela implique. Ce conte nous donne l’occasion de voir une écriture contemporaine de l’époque où ont été écrites les Notes sur le langage (et peut-être aussi Épouser la notion), une réitération du drame poétique mallarméen. Nous pouvons y voir les thèmes qui sont dans Épouser la notion, de même que ceux qui reviendront partout dans les œuvres de Mallarmé. Bien que Roger Pearson ait raison de voir un développement formel à travers la poésie de Mallarmé, il reste à savoir si ce changement a eu lieu au niveau philosophique et subjectif....

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