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Mallarmésis

Mythopoétique de Stéphane Mallarmé

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Émile Fromet de Rosnay

Mallarmé, qui se rend compte de la contingence de la Notion une fois qu’elle se met en contact avec le langage, et pour qui la littérature et la pensée sont inséparables, a inventé une nouvelle approche mythologique au langage. Celle-ci récupère l’ancien système des ressemblances où le mot était l’équivalent de son concept. Pourtant, cette approche, « mythopoétique » – une production négative de mythes qui est symptomatique de l’histoire de l’esthétique occidentale – réussit par son échec mimétique même à reproduire une homogénéité au niveau de la forme. Nous démontrons, par des analyses de textes « linguistiques » et « critiques » comme les Notes sur le langage et Le mystère dans les lettres, de proses et de poèmes comme Igitur, les Divagations, Épouser la Notion, le Sonnet en X et Un Coup de Dés, et à partir de phénomènes contemporains, qu’il ne s’agit pas tant de l’art imitant la nature ou vice versa, mais plutôt de la répétition de la production de la nature et de la « nature » d’un langage qui crée des mythes. Les nouvelles ressemblances de cette poétique sont donc doublement mimétiques, à la fois imitant et devenant nature. C’est une poétique qui reflète les découvertes en linguistique au dix-neuvième siècle, comme chez Müller, pour qui « le langage est le travail de la nature », mais qui avant tout se situe inéluctablement dans les trous de la pensée occidentale. Elle exige un travail qui tient compte de son devenir comme constitué épistémologiquement.

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Chapitre 5 : Le concret mallarméen : le « Sonnet allégorique de lui-même » 75

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CHAPITRE 5 Le concret mallarméen : le « Sonnet allégorique de lui-même » Dans les deux prochains chapitres, l’analyse des deux versions du Sonnet en X—le fameux, mais rarement étudié, « Sonnet allégorique de lui-même » et son ultime version de 1887—nous permettra de voir s’il est possible pour Mallarmé de donner une « vie » au sonnet. Le sonnet se transmute en « objet » en soi, un objet s’imitant et ne pouvant imiter autre chose que « lui-même ». Une tension se manifeste entre la lecture, toujours contingente, et le désir de comprendre— entre une lecture impossible et une lecture qui néanmoins a lieu. De plus, vu l’aporie de l’impossibilité d’exprimer la notion, il est néanmoins possible de dire que le sujet du poème est l’impossibilité de lecture et d’adéquation avec sa notion. Effectuant une sorte de double mimésis aporétique, puisque sa forme représente l’impossibilité tout en en parlant, le seul sujet est donc cette impossibilité. Le « Sonnet allégorique de lui-même » n’est pas un véritable échec s’il établit, selon les termes de Deleuze évoqués ci-dessus, un mouvement positif. Distinguons d’abord quelques types de lecteur. Dans sa préface au Coup de dés, Mallarmé oppose le « lecteur habile » et « l’ingénu » (cf. le lecteur « ingénu », OCI 391). Dans Le Mystère dans les lettres, il oppose un lecteur paresseux à celui qui chercherait, à partir de plusieurs « vues », un « trésor » dans l’écrit (OCII 229). On pourrait aussi parler...

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