Show Less
Restricted access

L’Eclat du voyage

Blaise Cendrars, Victor Segalen, Albert Londres

Series:

Mathilde Poizat-Amar

Que se joue-t-il entre le voyage et la littérature au début du XXe siècle ? Cet ouvrage se penche sur les œuvres de Blaise Cendrars, de Victor Segalen et d’Albert Londres pour comprendre comment s’articulent le voyage et son écriture autour du motif de l’éclat. Dans ces trois œuvres, le lien entre soi, le monde et l’autre est profondément remis en question dès qu’il est question de voyage. L’écriture elle-même a tendance à sortir des sentiers battus et menace d’éclatement certaines classifications narratives, linguistiques, génériques et poétiques. Plus encore, les textes étudiés obligent le critique qui veut les suivre à tracer une trajectoire qui lui est propre afin d’étudier de près les directions prises par ces textes en perpétuelle partance. Ce livre propose de s’engager dans cette trajectoire critique et, tout en cheminant, montre la nécessité de penser conjointement voyage et éclatement, voyage et littérature, et suggère une nouvelle lecture des textes considérés.

Show Summary Details
Restricted access

Introduction

Extract



Accoler l’expérience du voyage à la notion d’éclat semble à première vue paradoxal. A l’heure des voyages low-cost, du smartphone et de Skype, la distance entre l’ici et l’ailleurs se réduit en effet à peu de choses : quelques heures de vol, une connexion internet et l’ailleurs se retrouve sous nos pas, l’autre face à soi. Cette compréhension du voyage reste d’ailleurs fidèle à son origine : étymologiquement, il s’agit bien dans le voyage d’ouvrir la voie puisque voyage vient du latin via, la voie, et de son dérivé viaticum, qui désigne les provisions emportées en voyage.1 Ainsi on voyage originellement pour enrichir et éduquer, pour raccorder la dentelle des territoires, faciliter la création d’un réseau de flux de marchandises, d’humains, d’idées.

Dans la première moitié du xxe siècle, les récits de voyage de Blaise Cendrars, de Victor Segalen et d’Albert Londres offrent pourtant au lecteur une compréhension du voyage à rebours de cette doxa et mettent en évidence la présence surprenante d’un motif de l’éclat, qui invite à la séparation plutôt qu’au contact, au fragment plutôt qu’à l’unité. Nous envisageons « l’éclat du voyage » dans cet ouvrage à travers la double acception que permet l’emploi du génitif de possession ou d’origine : le voyage se fait alors tantôt éclaté (résultat d’un éclatement), tantôt éclatant (à l’origine d’un éclatement). Par ailleurs, le motif même de l’éclat répond à une double acception...

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.