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De l’unanimisme au fantastique

Jules Romains devant l’extraordinaire

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Augustin Voegele

Jules Romains est connu comme un écrivain « de bonne volonté », raisonnable et rationaliste. Il existe, toutefois, un Jules Romains obscur, et méconnu : un Jules Romains créateur de personnages de mauvaise volonté – de criminels, même ; un Jules Romains qui n’hésite pas à parsemer son oeuvre de longs chapitres érotiques – pornographiques, même ; un Jules Romains, enfin, surtout, fasciné par tout ce qui relève du parapsychique et de l’extraordinaire.

Mais d’où vient cet attrait pour l’anormal et le paranormal ? C’est en replaçant la production de Romains dans le contexte d’une époque confrontée à la mort de Dieu et meurtrie par deux Guerres mondiales que l’on peut expliquer le glissement qui s’opère, de La Vie unanime (1908) aux oeuvres de l’après-guerre, d’un unanimisme optimiste et humaniste à un fantastique qui, s’il se révèle scientifiquement et politiquement militant, n’en est pas moins désespéré.

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Chapitre 1 Le fantastique entre épistémologie, politique et poétique

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Chapitre 1

Le fantastique entre épistémologie, politique et poétique

Y a-t-il une essence du fantastique ?

Les notions et les valeurs qui structurent la pratique romainsienne du fantastique et la relation complexe (pour ne pas dire difficile) de l’auteur des Hommes de bonne volonté à l’architexte fantastique nous obligent à repenser le fantastique selon des perspectives nouvelles. Il nous semble en effet qu’à la question de la nature ou de l’essence du fantastique pourrait être substituée avec profit celle de ses fonctions, de telle manière qu’il faudrait proposer une lecture en contexte (ou en situation) du fantastique romainsien, qui émane en quelque sorte de l’unanimisme (et de sa caducité), et qui par conséquent constitue une réponse à la condition de l’homme moderne.

Nombreux – et fameux – sont les critiques qui prétendent découvrir l’essence du fantastique et la figer en une formule définitive.1 Roger Caillois, qui veut « circonscrire le domaine du fantastique essentiel »,2 reconnaît, avec un rien de coquetterie, qu’une telle ambition est, sinon dangereuse, du moins quelque peu abusive : « Je me mis à caresser le rêve (déraisonnable, j’en ai peur) d’un fantastique permanent et universel ».3←37 | 38→ Nathalie Prince souligne avec lucidité qu’il existe – et c’est vrai au moins à l’état latent – un « préjugé » du « fantastique essentiel et authentique ».4 Mieux, pour Francis Dubost, le vrai fantastique est celui qui surgit malgré l’auteur, quand l’intention auctoriale est submergée par le texte lui-m...

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