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De l’unanimisme au fantastique

Jules Romains devant l’extraordinaire

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Augustin Voegele

Jules Romains est connu comme un écrivain « de bonne volonté », raisonnable et rationaliste. Il existe, toutefois, un Jules Romains obscur, et méconnu : un Jules Romains créateur de personnages de mauvaise volonté – de criminels, même ; un Jules Romains qui n’hésite pas à parsemer son oeuvre de longs chapitres érotiques – pornographiques, même ; un Jules Romains, enfin, surtout, fasciné par tout ce qui relève du parapsychique et de l’extraordinaire.

Mais d’où vient cet attrait pour l’anormal et le paranormal ? C’est en replaçant la production de Romains dans le contexte d’une époque confrontée à la mort de Dieu et meurtrie par deux Guerres mondiales que l’on peut expliquer le glissement qui s’opère, de La Vie unanime (1908) aux oeuvres de l’après-guerre, d’un unanimisme optimiste et humaniste à un fantastique qui, s’il se révèle scientifiquement et politiquement militant, n’en est pas moins désespéré.

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Chapitre 3 Le fantastique, activité extraordinaire

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Chapitre 3

Le fantastique, activité extraordinaire

La réception du fait fantastique

Le développement fantastique de l’œuvre de Jules Romains est donc profondément lié à l’évolution d’un unanimisme qui serait plutôt propice au merveilleux s’il n’était confronté à un monde (moderne) qui semble bien loin de se plier à la logique de l’âme ou de l’esprit. En d’autres termes, le fantastique romainsien est indissociable de l’histoire morale du XXe siècle.

Aussi nous semble-t-il prudent de nous défier de certains a priori critiques et théoriques qui pourraient nous conduire, si nous n’en prenions pas clairement conscience, à aborder le problème du fantastique chez Jules Romains selon une perspective erronée. Il y a d’abord ceci, que le fantastique est associé communément au XIXe siècle, et qu’il est par conséquent pensé en relation avec les problématiques esthétiques, morales, politiques, philosophiques de la période romantique. Il faudra donc nous défier de ce tropisme qui consiste à enfermer le fantastique dans la sphère de l’ « émotionnel » ;1 à la suite d’Italo Calvino, nous prendrons en considération ce que le fantastique peut avoir d’ « intellectuel »2 – ses vertus pour l’intelligence et la connaissance, pour la morale lucide et la science sans affects. Cela n’empêche pas d’ailleurs le surgissement de complexes émotions intellectuelles.←81 | 82→

Par ailleurs, le fantastique romainsien étant une pratique, nous voulons nous déprendre du concept de...

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