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L'urgence de dire

L’Irlande du Nord après le conflit

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Fabrice Mourlon

Depuis la fin des années 1990 et la signature de l’Accord du Vendredi-Saint à Belfast en 1998, un nombre croissant de témoignages de survivants du conflit nord-irlandais ont été recueillis et publiés et occupent une place importante dans l’espace public, tant dans la presse que le monde de l’édition. Le sentiment de n’être pas véritablement reconnu par la société et par ses institutions, d’être exclu du récit historique dominant, et le manque de consensus sur le statut de « victime » contribuent au besoin de raconter sa propre histoire, donnant ainsi l’impression d’une polyphonie de points de vue.

Alors que la plupart des études ont analysé la fonction et la portée politique et sociale des témoignages en Irlande du Nord, cet ouvrage montre dans quelle mesure ces récits permettent aux affects et aux émotions de s’exprimer et de s’élaborer, tant du côté du narrateur que de celui du lecteur. En adoptant une approche pluridisciplinaire et en soulignant le rôle de l’intersubjectivité, ces récits, adressés à un Autre, sont ici analysés par le prisme d’un lecteur bien particulier : celui du chercheur, qui accepte sa subjectivité et se situe délibérément dans l’interaction entre le narrateur et lui-même.

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Chapitre 1 Le témoignage et la victime : contextes épistémologique et historique

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Chapitre 1

Le témoignage et la victime : contextes épistémologique et historique

Depuis la signature de l’Accord du Vendredi Saint en 1998, le recueil et la dissémination de témoignages faisant le récit d’une expérience individuelle ou collective du conflit nord-irlandais se sont développés de manière croissante à l’initiative d’associations ou d’universitaires. Par leur forme et leur contenu, et si l’on considère le contexte dans lequel ils ont été produits, les témoignages auxquels cette étude se consacre diffèrent des autobiographies ou des recueils de souvenirs et se rapprochent de la pratique testimoniale née après la Seconde guerre mondiale, c’est-à-dire des récits para-judiciaires dans le cadre des archives de la Shoah ou dans celui des Commissions Vérité et Réconciliation, notamment dans les pays d’Amérique Latine et en Afrique du Sud.28 Ils émanent en grande majorité des victimes/survivants du conflit, à savoir les personnes ayant subi des événements violents, souvent qualifiés de « traumatiques ». La collecte de ces récits s’est faite de manière informelle et sporadique à la fin des années 1990, pour ensuite être formalisée et théorisée dans des groupes de réflexion et dans des documents officiels.

En 2002, un de ces groupes les plus influents, Healing Through Remembering, lance une large consultation publique sur le travail de mémoire qui selon eux permettrait de panser les plaies du passé. Parmi les recommandations...

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