Show Less
Restricted access

L’Acte inqualifiable, ou le meurtre au féminin / Unspeakable Acts: Murder by Women

Series:

Émeline Jouve, Aurélie Guillain and Laurence Talairach-Vielmas

Qu’elle soit appelée meurtrière, assassine ou tueuse, la femme qui commet un homicide élude les catégories usuelles : elle dérange l’ordre social, bouleverse les rapports de forces symboliques et inquiète les dispositifs judiciaires. Cet ouvrage collectif bilingue (français et anglais) interroge la manière dont l’écriture ou la réécriture du meurtre au féminin contribue à façonner et à problématiser la mémoire collective de ces affaires criminelles qui font figure d’exception.

Female murderers often elude firmly established categories as they disrupt the social and symbolic orders of patriarchal societies and call into question the well-oiled mechanisms of their legal systems. This collection of essays (in French and in English) examines the making of narratives that have staged actual or fictional female murderers, influencing the ways in which these women are collectively remembered – narratives that often lay bare the covert foundations of the indictment process.

Show Summary Details
Restricted access

Introduction

Extract



Émeline JOUVE, Aurélie GUILLAIN & Laurence TALAIRACH-VIELMAS

Non prouvé

Le 30 juin 1860, le corps sans vie du jeune Francis Saville Kent, quatre ans, est découvert, la gorge tranchée. L’enquête de police, qui piétinera longtemps, portera d’abord ses soupçons sur la bonne d’enfants, Élizabeth Gough. Mais celle-ci sera vite innocentée, lorsque l’inspecteur Jonathan Whicher, figure emblématique de Scotland Yard qui inspirera de nombreux détectives du roman victorien,1 soupçonnera la demi-sœur de Saville Kent : Constance Kent. Sous la pression de l’opinion publique, Whicher se voit contraint de relâcher la jeune femme, âgée de seize ans au moment des faits, sans procès. Il devra attendre cinq années avant que Constance Kent avoue à la police le meurtre qu’elle avait confessé quelque temps auparavant à un prêtre.2 L’affaire Constance Kent n’est pas sans rappeler le procès de Madeleine Smith en Écosse en 1857. Smith, accusée d’avoir empoisonné à l’arsenic son amant, Pierre Émile l’Angelier, afin de pouvoir faire un mariage plus avantageux, avait, quant à elle, échappé à la prison, ses bonnes manières troublant les jurés, incapables de se prononcer sur sa responsabilité. Dans un cas comme dans l’autre, deux jeunes filles de bonne famille se retrouvent face à la justice. Dans un cas comme dans l’autre, la puissance des représentations collectives, qui font de la jeune bourgeoise un « ange »3 nécessairement innocent, leur permet d’échapper à l’échafaud ou...

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.