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Enseigner les littératures dans le souci de la langue

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Edited By Christophe Ronveaux

Qui enseigne la littérature est plongé dans l’embarras lorsqu’il doit délimiter l’objet à enseigner. Soit la langue lui apparait dans la régularité d’un système irréductible à ses usages singuliers, considérés comme « littéraires », soit c’est la littérature qui s’impose comme l’usage le plus abouti d’une langue pour élaborer des savoirs scolaires sur celle-ci. Qu’il enseigne les littératures dans le souci de la langue ou la langue dans le souci des littératures, celui-là devra poser des choix qui renvoient aux savoirs scolaires d’une discipline, définie dans les configurations successives de son histoire. Les contributions rassemblées dans cet ouvrage questionnent ces choix sous l’angle historique des pratiques attestées, sous l’angle esthétique de représentations fantasmées, sous l’angle des pratiques de classe contemporaines, sous l’angle des objets à enseigner (la ponctuation, les albums pour la jeunesse, le comique, la lecture littéraire). Se côtoient analyses de dispositifs d’enseignement et de formation, du primaire et du secondaire, dans un dialogue constructif, dont la synthèse reste à faire.

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Christophe RONVEAUX

Superstitions littéraires – j’appelle ainsi toutes croyances qui ont en commun l’oubli de la condition verbale de la littérature. Ainsi existence et psychologie des personnages, ces vivants sans entrailles.

Paul Valéry, Tel Quel.

Depuis la création de l’école publique en Europe au XIXe, la littérature et la langue entretiennent à l’école des rapports complexes faits de rejets et de révérences mutuelles, variant selon les ordres d’enseignement. Depuis les thèses de Balibar (1974/2007), les enquêtes se sont multipliées (Massol, 2004 ; Philippe, 2002 ; Philippe & Piat, 2009) et confirment peu ou prou comment l’école a pu influencer les formes littéraires (du roman réaliste au vers libre français), mais aussi comment la littérature a contribué à forger la norme de l’école élémentaire et encore comment la critique littéraire a institué l’explication de texte ou l’histoire littéraire au secondaire.

À l’école, dès lors, le jeune lecteur en apprentissage vit un paradoxe. Il doit apprendre une langue scolaire, normée, pourvue d’une légitimité et matière à exercices, par la médiation de textes littéraires, alors que ceux-ci se démarquent de l’institution scolaire, dénoncent parfois la banalisation de la langue par l’école, quand ils ne l’ignorent pas. Pour l’enseignant, le paradoxe n’est pas moindre. Comment enseigner la littérature, ce « collège discordant des voix et des écritures sans égales...

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