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Le groupe Empain en France

Une saga industrielle et familiale

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Caroline Suzor

Le Belge Édouard Empain obtient en 1898 la concession du Métro de Paris, qu’il construit et exploite. Pour alimenter son Métro en énergie, Empain devient producteur d’électricité et fonde la Société d’électricité de Paris. Déjà présent en France depuis les années 1880, le groupe Empain ne cesse dès lors plus de croître dans ce pays. Fleurons d’un empire industriel de dimension mondiale, ses entreprises comptent parmi les plus importantes du paysage économique français.

La croissance du groupe Empain en France relève d’une saga à la fois industrielle et familiale. Trois générations se succèdent : un grand industriel européen, visionnaire et innovateur ; son frère ; ses fils. Des personnages hauts en couleur, très différents, reliés pour le meilleur et pour le pire par le sang et l’argent.

Cette histoire, dévoilée de l’intérieur et jusqu’alors mal connue, a été enfouie dans la mémoire nationale sous les décombres de la Troisième République et éclipsée après Seconde Guerre mondiale par la nationalisation de l’électricité et la municipalisation du Métro.

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Chapitre Préliminaire. Une famille, un groupe

CHAPITRE PRÉLIMINAIRE

Une famille, un groupe

Découvrons Édouard Empain. L’homme n’est pas très grand, mais quelle allure ! Il porte la moustache et l’impériale, se tient très droit, presque cambré, marquant une assurance dont nul ne peut douter. Souvent en uniforme, parfois vêtu de tenues civiles d’une élégance distinguée, il ne se laisse photographier que de trois-quarts, prend la pose comme pour afficher sa réussite. Assurément, cet homme ne manque pas de panache !

Le groupe dont il est le fondateur, non plus. Ce groupe, qui exerce principalement ses activités dans les domaines des transports et de l’électricité, existe sur plusieurs continents et sur une longue durée. On a déjà évoqué la nationalité belge du fondateur qui, malgré ses succès mondiaux, conservera toujours en Belgique les piliers de son activité (à travers les sociétés de portefeuille). Il conservera également dans sa famille le capital et, autant que possible, le pouvoir de direction de ses entreprises. Il est donc intéressant de replacer l’histoire personnelle d’Édouard Empain au sein de l’histoire de sa famille et dans le contexte de l’histoire économique de la période concernée. Il est également judicieux, avant de traiter particulièrement des activités françaises du groupe, de présenter le groupe dans son ensemble, avec ses différentes activités dans de nombreux pays.

I –   Une famille

On a, dans l’introduction, présenté Édouard Empain comme le fondateur d’un groupe industriel familial. Le groupe Empain, s’il doit tout à son fondateur, existe sur le long terme grâce à Édouard Empain et grâce à sa famille. Même si les autres membres de celle-ci n’ont pas eu le génie des affaires de leur illustre parent, beaucoup ont joué un rôle dans l’histoire du groupe. On se doit donc de retracer brièvement l’histoire de cette famille, en en présentant les différents personnages, sur cinq générations. On remontera aux grands-parents du fondateur, pour aller jusqu’à son petit-fils.

Il semble qu’il ait fallu attendre 1996, et l’ouvrage d’Yvon Toussaint, pour que des recherches soient menées et que l’histoire de la famille ← 31 | 32 soit écrite. Ecrite par un tiers. Édouard-Jean Empain, le propre petit-fils du fondateur, dans son autobiographie1 publiée en 1985, avouait une connaissance partielle de l’histoire familiale. Il disait avoir, dans son enfance, été informé uniquement de l’histoire de son grand-père2, mais avoir été peu instruit sur son père. On lui parlait de son glorieux aïeul, mais on tenait sous silence l’histoire de son père « comme si … ce père disparu était quelqu’un dont il valait mieux que je ne m’inspire pas.3 » Il évoque même, à propos de son père, un secret de famille : « Ces questions que je me pose sont pourtant révélatrices, me semble-t-il, d’une espèce de secret gardé, volontairement ou non, parce qu’il y a des choses qu’on ne dit pas à un enfant et qui deviennent impossibles à révéler quand on a trop longtemps attendu. Ce réflexe de secret, je le sens présent dans tout ce qui tourne autour de mon père, de son vivant et après sa mort. 4 »

La mémoire familiale, si elle connaît les grandes lignes de la vie de son ancêtre glorieux, semble donc imprécise. Faut-il s’en étonner ? Sans doute pas. Rares sont les familles qui connaissent parfaitement et précisément leur histoire. Il ne semble pas étonnant qu’un ancêtre glorieux fasse de l’ombre à ses successeurs. De plus, s’agissant de Jean Empain, sa mort prématurée début 1946, alors que l’Epuration était en cours et qu’il aurait pu en faire les frais, explique la difficulté rencontrée par la famille pour parler à l’enfant qu’était alors Édouard-Jean Empain.

Mais ne tardons plus à découvrir cette histoire. ← 32 | 33

Figure 1. Ascendance et descendance de François Julien Empain et Catherine Lolivier5

images

Cette histoire commence dans le Hainaut, cette région du sud de la Belgique, proche de la frontière française. Plus précisément, tout démarre à Beloeil, où François Julien Empain rencontre Catherine Lolivier. François Julien exerce la profession de clerc (aujourd’hui, on dirait sacristain) organiste. Il est le fils de Louis Empain, tailleur d’habits et de Louise Joseph Buffé. Il est le petit-fils d’Emmanuel Empain, tailleur d’habits et de Jean-Baptiste Buffé, journalier. Catherine Lolivier est sans profession. Elle est la fille d’Ursmoir Joseph Lolivier (décédé en 1837) et de Marie Catherine Joseph André, marchande. Elle est la petite fille de Corneille Lolivier, tonnelier et de Jean-Baptiste André, brasseur. Les jeunes époux sont donc issus de deux familles de la petite bourgeoisie de la campagne hennuyère. François Julien Empain et Catherine Lolivier se marient à Beloeil6 le 18 décembre 1851. Le marié a vingt-neuf ans, la mariée vingt-six. Les parents de François Julien consentent au mariage. La mère de Catherine s’y refuse, aussi sa fille lui a fait notifier des actes respectueux, par le notaire de Beloeil. Pourquoi ce refus maternel ? On ne sait pas. Les jeunes mariés s’installent à Beloeil. Leur premier enfant naît ← 33 | 34 le 20 septembre 1852. C’est un garçon, qu’on prénomme Édouard Louis Joseph7. Après lui naissent deux petites filles, Maria Fortunée Louise (en 1854), qui meurt avant son second anniversaire, puis Marie Louise Fortunée Désirée (en 1856). La famille quitte ensuite Beloeil, pour s’installer cinq kilomètres plus au nord, dans le village de Tongres Notre-Dame. À Tongres naissent trois enfants8, Augustine Florence Cécile (en 1858), qui meurt à un an, Florence Félicité (née en 1860) et un deuxième fils, prénommé Louis François Joseph (né en 1862). Rapidement, la famille déménage de nouveau. Encore un saut de puce (moins de dix kilomètres) : les Empain partent pour le village de Blicquy, où ils s’installent définitivement. François Julien change de profession : le clerc organiste devient instituteur communal. Quatre petites filles viennent compléter la fratrie9 : Anne Catherine Maria (en 1864), Emma Désirée (en 1866), Irma Aurélie (en 1868) et Louise (en 1871). Emma Désirée ne vivra pas.

Blicquy est un petit village. En 1846, il comptait 1 765 habitants, occupés principalement à l’agriculture10. Si Beleoil était le fief des Princes de Ligne, Blicquy est celui des du Roy11. Intéressons nous brièvement à cette famille, dont l’histoire côtoie, pendant une période, celle des Empain. Au 18e siècle, le Français Jacques du Roy, descendant d’une famille du Quercy, épouse sa cousine Marie-Reine de Prévost de la Bastide. Celle-ci tient de sa mère des biens dans le Hainaut, à Blicquy. Jacques du Roy obtient l’autorisation de s’établir en Hainaut. Il remet sa démission d’officier français, vend ses biens du Quercy et s’installe avec son épouse à Blicquy. Il y obtient reconnaissance de sa noblesse et le droit de s’appeler du Roy de Blicquy. Plus tard, l’un de ses petits fils, Alexis du Roy de Blicquy, jouera un rôle important dans les débuts de la carrière d’Édouard Empain.

Né à Ath le 8 pluviose an VIII (27 janvier 1798), Alexis du Roy de Blicquy est écuyer, membre du corps équestre du Hainaut, membre de la Chambre des Représentants, président du Conseil supérieur de l’agriculture, membre du Conseil provincial du Hainaut, chevalier de l’Ordre de Léopold. Il est père de onze enfants. Il est aussi, et surtout pour la suite de notre histoire, bourgmestre de Blicquy (entre 1831 et son décès en 1875). À ce titre, il confie à François Julien Empain les fonctions d’instituteur communal. Nomination qui suscite beaucoup d’interrogations. François ← 34 | 35 Julien ne dispose pas des titres nécessaires pour enseigner. A-t-il été recruté uniquement parce qu’il était catholique, à une époque où il pouvait être intéressant pour un bourgmestre catholique d’attacher à sa commune les services d’un instituteur également catholique ? Ainsi le bourgmestre remplissait ses obligations visant à organiser l’instruction des enfants de sa commune et le catholique empêchait que ces mêmes enfants ne soient éduqués par un adepte des idées laïques. Mais peut-être Alexis du Roy de Blicquy avait-il une autre raison pour faire venir la famille Empain à Blicquy ? On peut s’interroger sur ce point, lorsqu’on observe l’intérêt qu’Alexis du Roy de Blicquy a marqué pour Édouard Empain.

Il commence par financer ses études au Collège épiscopal Saint-Augustin12 à Enghien. Études modestes, entre 1867 et 187013, qui ne semblent pas ouvrir au jeune Empain l’accès aux études supérieures. En 1873, alors que le jeune homme semble en panne de vocation, Alexis du Roy de Blicquy le fait entrer à la Société métallurgique et charbonnière, couramment appelée la Métallurgique, que préside son fils Arthur14. Édouard Empain est recruté, en qualité de dessinateur, pour une période d’apprentissage. Encore une fois, pourquoi Alexis du Roy de Blicquy a-t-il ainsi pris à cœur l’éducation du jeune Édouard Empain, sans cependant marquer un intérêt parallèle pour François Empain, le deuxième fils de François Julien et Catherine Empain ? A-t-il agi par philanthropie ou, au contraire, se sentait-il des obligations vis à vis de cet enfant ? Avait-il pris conscience du potentiel du jeune Édouard ou avait-il une motivation plus personnelle ? Silence des archives sur ce point.

Relevons ici que, si les deux critères de définition du self-made man15 sont : être d’origine modeste et avoir réussi seul, le soutien apporté par Alexis du Roy de Blicquy à Empain fait que celui-ci n’est pas un self-made man. La famille Empain est bien, à cette époque, une famille modeste, mais Empain n’a pas fait carrière seul. Il a été grandement aidé à ses débuts. Tant pis pour le mythe Empain ! ← 35 | 36

Toujours est-il que le jeune stagiaire va passer avec succès de service en service, jusqu’à accéder à un poste d’ingénieur en chef (sans pour autant en avoir le diplôme) et entrer au conseil d’administration. Certains pourraient estimer avoir ainsi atteint le but de toute une vie. Pas Empain, qui veut travailler pour lui. Il quitte l’entreprise où son avenir semblait tracé, pour se mettre à son compte. Un départ sans rupture. Les liens d’amitié demeurent. Ainsi, en 1881, alors qu’Empain débute sa carrière en solo, il participe à la fondation de la Compagnie auxiliaire belge de chemin de fer16, constituée par la Métallurgique. Parmi les associés, Arthur du Roy de Blicquy, Edmond Terlinden et Édouard Empain. Devenu capitaine d’industrie, Édouard Empain fera à son tour entrer plusieurs Blicquy dans les conseils d’administration de ses entreprises.

Édouard Empain démarre sa carrière d’entrepreneur comme maître de carrières. Titre à l’origine inconnue dont il est fait état en mai 1879, lorsque Édouard Empain est nommé administrateur de la SA des marbres. Cette société avait été fondée un mois auparavant pour reprendre une affaire de taille, travail et commerce de marbre et de pierres de construction, exploitée depuis cinq ans à Cureghem-lez-Bruxelles. La SA des marbres est fondée au capital de 600 000 francs belges, en 1 200 actions de 500 francs, dont 1 000 sont remises aux trois apporteurs de l’affaire (dont l’un est Edmond Terlinden, par ailleurs administrateur de différentes sociétés du groupe La Métallurgique et ci-dessus mentionné)17. Édouard Empain apparaît très vite : il est nommé administrateur lors de l’assemblée générale du 27 mai 187918. Il se présente alors comme « maître de carrières à Bruxelles », titre dont il se pare pour la première et unique fois et dont on ignore sur quoi il se fonde. Deux ans plus tard, en 1881, Empain, qui ne détient encore que 30 actions, renforce sa position dans la société. Il lui apporte une carrière de marbre d’environ six hectares et demi et une carrière de marbre et pierre de taille de plus de quinze hectares, toutes deux situées dans la région de Philippeville, qui viennent de lui être concédées par les communes concernées. Le capital de la SA des marbres est porté de 600 000 à 1 100 000 francs belges, par création de 1 000 actions privilégiées d’une valeur nominale de 500 francs, toutes remises à Édouard Empain en rémunération de son apport19.

Le commerce du marbre et des pierres de construction est à cette époque bien actif. L’immense chantier de la construction du palais de ← 36 | 37 justice de Bruxelles se poursuit et le caractère monumental du bâtiment suppose un approvisionnement très conséquent. D’autres projets sont en cours, le Roi Léopold II ayant déjà entrepris certains de ses grands travaux pour la modernisation et l’embellissement de sa capitale. La SA des marbres a donc des débouchés assurés.

Pourtant, en 1882, l’assemblée générale extraordinaire des actionnaires adopte la proposition faite par un actionnaire (Lequel ? Celui qui, depuis l’apport des deux carrières et l’augmentation de capital de 1881 est majoritaire et encaissera la moitié du boni de liquidation ?) et autorise le conseil d’administration à « faire apport de l’actif et du passif de la société à une société constituée ou à constituer en Belgique ou à l’étranger. »20 La vente est réalisée et la SA des marbres mise en liquidation21. Cette première affaire est donc éphémère, dans l’histoire Empain. Mais elle annonce bien ce qui va suivre : l’ambitieux Empain y passe de l’état de maître de carrières à celui d’ingénieur (en 1881), puis de banquier (en 1882). L’évolution de sa participation suit la même voie : de 30 actions en 1881 à 1 174 (sur 2 200) en 1882, lors de la liquidation.

La répartition du boni de liquidation permet à Empain de se constituer un capital, pour poursuivre ses activités. Édouard Empain qui, à cette époque, s’est fait banquier. Il a créé sa propre banque, sous la dénomination sociale E-L-J Empain22. Mais il ne sera pas seulement un banquier. L’époque est celle d’une « nouvelle révolution industrielle »23, rendue possible par de nouvelles inventions et notamment par « l’utilisation industrielle de l’électricité. La dynamo est inventée en 1869, l’alternateur en 1877, les premiers transports de force par courant continu sont établis en 1880… »24 C’est vers ce nouveau domaine qu’Édouard Empain va se diriger. Mais, conscient de l’importance de la relation que les entreprises entretiennent avec les banques25, Empain ne renoncera jamais à sa banque. Il va simplement ajouter des nouvelles activités aux anciennes. ← 37 | 38 Et rien ne l’arrêtera. Il va fonder de très nombreuses sociétés, travaillant principalement dans les domaines du transport et de l’électricité.

Pour gérer toutes ces affaires, Édouard Empain va s’appuyer sur une équipe restreinte, comprenant notamment certains membres de sa famille. Parmi eux, son jeune frère François. Le cadet bénéficie de la réussite de l’aîné. D’abord, en allant à l’université. François entre à la faculté de philosophie et lettres de l’Université Catholique de Louvain26 en 1880. Il réussit l’examen de la première épreuve de candidature avec distinction, en 1881 et obtient le sixième rang, sur six étudiants27. L’année suivante, il se classe deuxième sur cinq et réussit sa candidature avec grande distinction28. En 1883 et 1884, il réussit le premier puis le deuxième examen de docteur en droit, chaque fois avec distinction et se classe quatorzième sur cinquante-deux29, puis seizième sur cinquante-six30. Une fois ses diplômes obtenus, il entre dans les affaires de son frère. François siège dans les conseils d’administration des sociétés du groupe, fait souvent partie de leurs fondateurs. Il mène également, entre 1913 et 1920, une carrière politique. Il est élu de la province d’Anvers le 23 janvier 1913. Il quitte cette fonction en 1919, lors de son élection comme sénateur de l’arrondissement de Malines Turnhout (il siège au sénat du 16 novembre 1919 au 28 septembre 1920)31. Mais Édouard Empain a besoin de nombreuses compétences et ne peut se contenter de celles de son frère. Outre les managers salariés, dont on traitera plus loin, quatre des cinq époux des sœurs d’Édouard et François Empain vont donc également exercer des fonctions32, plus ou moins importantes, à tel ou tel moment de leur vie.

Il faut dire qu’il y a beaucoup à faire : le groupe Empain a conquis de nombreux pays sur plusieurs continents. Parmi eux, l’Égypte. Édouard Empain et la Société générale des chemins de fer économiques obtiennent en 1894 la concession des tramways du Caire. Ils l’apportent l’année suivante à la société des Tramways du Caire33, qui devra construire et exploiter les lignes concédées ainsi qu’une usine électrique, pour les alimenter. Les travaux sont réalisés, les lignes mises en service. Ici aurait pu ← 38 | 39 s’arrêter l’histoire égyptienne. Mais Empain a pris goût à l’Égypte. Un goût qui ne se démentira jamais. Empain s’intéresse à l’égyptologie et subventionne les fouilles archéologiques de son compatriote Jean Capart. Il se rend régulièrement au Caire et constate l’état de la ville. Au début du 20e siècle, la capitale égyptienne est un immense chantier. On modernise la ville. Mais, entre les constructions nouvelles, les terrains sont soumis à la spéculation. On démolit les vieux palais pour vendre et revendre les terrains à bâtir. On gagne plus à spéculer sur un terrain qu’à y construire des habitations. Conséquence : les cairotes manquent de logements et les loyers augmentent. Et que dire de la qualité de la vie dans une ville où les terrains vagues côtoient les chantiers ? Édouard Empain observe ceci et élabore le projet « d’obtenir, à titre gracieux ou à très bon marché, la libre disposition d’une portion de désert où l’on réaliserait plantations et constructions »34. Dans ce nouveau quartier, viendraient s’installer ceux qui n’ont pas de logement au Caire. Et les entreprises Empain auraient de quoi faire : outre les constructions à réaliser, il faudrait des chemins de fer et des tramways, pour relier la nouvelle ville au Caire. Aussitôt conçu, presque aussitôt réalisé. Empain choisit dans l’histoire du pays le nom de sa future ville : Héliopolis, ville du soleil. Il en choisit le site, sur un plateau légèrement au dessus du Caire, à une dizaine de kilomètres de la capitale. Associé à un Egyptien, Boghos Pacha, fils de l’ancien Premier ministre Nubar Pacha, il achète les terrains en 1905 et obtient la concession du chemin de fer devant relier Héliopolis au Caire. En 1906, les terrains et la concession sont apportés à la société « The Cairo Electric Railways and Heliopolis Oases Company » qui va réaliser l’opération. Les travaux débutent en 1906, pour construire une ville de 2 500 hectares, dont la superficie sera portée à 7 500 hectares en 1910. Héliopolis n’est pas conçue comme un quartier du Caire, mais comme une véritable ville, indépendante de la capitale. Elle dispose de ses propres infrastructures, de lignes de tramways, d’un chemin de fer électrique baptisé « métro », de deux centrales électriques, de son propre réseau d’arrivée d’eau et de son réseau d’égouts. La ville n’est pas un ghetto, toutes les classes sociales y vivent : Héliopolis compte des habitations ouvrières, des logements bourgeois et des habitations de grand luxe. Les Européens y vivent auprès des Méditerranéens et des Égyptiens. Différents lieux de culte sont édifiés, pour toutes les religions. Des écoles laïques et religieuses sont construites. Héliopolis comprend même un champ de course et un aérodrome. L’urbanisme est composite. Certaines constructions évoquent la tradition architecturale française (immeubles collectifs alignés) et d’autres le style néo-arabe. Édouard Empain s’y réserve la « Villa hindoue », à l’architecture inspirée des temples indiens. Il fait construire un ← 39 | 40 hôtel de prestige l’ « Heliopolis Palace Hotel » qui est aujourd’hui devenu le siège de la présidence de la République Égyptienne. Avec Héliopolis, Empain a construit l’une des premières villes nouvelles de l’histoire, une ville à part entière, construite à partir de rien et reliée à la capitale grâce aux moyens modernes de communication.

Malgré l’ampleur du projet, l’Égypte n’est pas le seul pays lointain où Empain exerce ses talents.

Proche du Roi Léopold II, Empain le soutient dans sa quête d’expansion des intérêts belges à l’étranger. Empain y trouve de belles opportunités : il construit en Chine une ligne de chemin de fer de 1 800 km. Il travaille aux transports ferroviaires et fluviaux et à l’exploitation des richesses minières du Congo.

Également sur demande du Roi, cette fois en Belgique, Empain a repris la société Électricité et hydraulique, dont il a fait les Ateliers de construction électrique de Charleroi. L’intervention d’Empain a permis que ces ateliers échappent à la prise de contrôle par des intérêts allemands.

De tels services valent bien une récompense. Aussi, en 1907, le Roi Léopold II anoblit35 son ami Empain et lui confère le titre de baron, titre transmissible par ordre de primogéniture masculine. (En 1923, Édouard Empain obtiendra l’extension du titre à son fils cadet qui pourra le porter du vivant de son père et également le transmettre par ordre de primogéniture masculine). Son jeune frère François bénéficiera également de cette reconnaissance royale : il est fait écuyer en 1913, baron en 1921.

Dès l’été 1914, la Belgique se prépare à la guerre. Après le rappel de trois classes le 27 juillet 1914, la mobilisation générale est décidée le 31 juillet 1914. Le 4 août, les armées allemandes violent la neutralité belge. Très vite, la Belgique est presque complètement occupée. Bruxelles est déclarée ville ouverte. Le Roi, le gouvernement et le corps diplomatique s’installent à Anvers. Édouard Empain reste à Bruxelles, où il transforme le siège de sa banque en hôpital. Les blessés de guerre, ramenés du front, y sont soignés. Mais Empain veut faire plus. Il offre ses services à son pays. Le 24 septembre 1914, il reçoit son ordre de mission : il est commissionné comme «officier auxiliaire du Génie pendant la durée de la guerre avec le grade de colonel, à condition d’être affecté pendant ladite durée aux services de l’électricité et des chemins de fer vicinaux militarisés. »36 Électricité et chemins de fer vicinaux. Empain est assurément affecté à un domaine dans lequel il est compétent. Et justement, le pays va avoir besoin des chemins de fer vicinaux. La place ← 40 | 41 d’Anvers est trop difficile à défendre. Si les Allemands la prennent, toute la Belgique sera à eux. Une seule solution : se replier ailleurs. L’armée va donc se déplacer vers Ostende. Le déménagement est conséquent : il concerne les troupes, les blessés, les armements, les munitions, les approvisionnements, les vivres, les prisonniers… Le transport est effectué en train, grâce à ces chemins de fer vicinaux qu’Empain connaît si bien, qui quadrillent le territoire de façon très serrée, allant jusqu’au fond des campagnes et des moindres villages. Lorsque c’est nécessaire, Empain décide et supervise même des travaux d’amélioration du réseau vicinal, pour permettre aux trains de conduire les troupes et de transporter les ravitaillements jusqu’aux lieux mêmes où la guerre les attend. L’opération réussit : lorsque la ville d’Anvers se rend, le 9 octobre 1914, les Allemands n’y trouvent plus rien.

Le Roi et le gouvernement sont désormais à Ostende. Édouard Empain37 organise ses bureaux dans sa propre villa. Une autre décision importante est prise : l’armée belge défendra une portion de territoire formant un triangle dont le premier côté est l’Yzer, le deuxième une ligne reliant Nieuport à Furnes et le troisième une ligne entre Furnes et Dixmude. Cette zone minuscule a la particularité d’être au dessous du niveau de la mer. Un réseau hydrographique, construit par l’homme, retient l’eau. Pour rendre cette zone imprenable, le Roi Albert Ier et les autorités militaires décident de cesser de contenir l’eau. L’armée allemande ne pourra pas conquérir une région inondée. Le 29 octobre 1914, l’inondation volontaire commence. Elle sera longue : elle durera jusqu’à la paix. Les soldats vont passer quatre ans dans la boue, mais les Allemands ne réussiront jamais à passer.

L’état-major belge s’installe à Furnes, puis à Houtem, où il passera toute la guerre. Le Roi des Belges, Albert Ier, travaille à Houtem et réside à peine plus loin, à La Panne. Le gouvernement belge passe la frontière et s’installe en France, à Sainte-Adresse, dans la banlieue du Havre. Charles de Broqueville, ministre de la Guerre, jugeant Sainte-Adresse trop loin ← 41 | 42 du front, est à Dunkerque. Quand à Édouard Empain38 et son équipe, ils travaillent désormais depuis l’hôtel particulier parisien du Baron, rue de Lisbonne. Ils s’occupent du ravitaillement de l’armée belge. Ravitaillement au sens le plus large : uniformes, nourriture, armes, munitions et autres. Autour d’Édouard Empain, ses collaborateurs d’avant-guerre, toujours auprès de lui : Achille Destrée, Georges Theunis, Eugène Harmant. Également quelques nouveaux, qu’on retrouvera, comme notamment Jean Boels et Louis Chabeau. Le 18 décembre 1916, Édouard Empain obtient une promotion. Il est fait général major de réserve, pour la durée de la guerre39. Il sera désormais, et pour toujours, le Général Baron Empain.

En 1917, on crée la Direction générale de l’armement et des services techniques de l’armée. Édouard Empain en est le directeur général. Il continue donc à assurer l’approvisionnement de l’armée, dans un cadre nouveau. Presque au même moment, le Roi Albert Ier choisit Empain comme « aide de camp pour la durée de la guerre. »40

Après guerre, Empain va ajouter la chimie à l’éventail des activités de son groupe. Décision prise par réalisme, après que la Première Guerre mondiale ait montré de façon flagrante l’insuffisance de l’industrie chimique alliée, face à l’industrie chimique allemande. Empain participait déjà à la Compagnie générale des nitrates41, dont il avait été l’un des fondateurs en 1895. Cette société de portefeuille était spécialisée dans la détention de titres de sociétés chargées de la fabrication, du commerce et du transport des produits des gisements nitratiers ainsi que du commerce et de l’exploration des gisements eux-mêmes. Le nitrate de soude était alors utilisé comme engrais. On le trouvait dans les déserts du Chili septentrional, aussi les entreprises détenues par la Compagnie générale des nitrates étaient-elles basées dans ce pays. Mais était-on déjà dans la chimie, ou encore dans une activité minière, puisqu’il s’agissait d’exploiter des gisements de nitrate ? En 1919, Empain passe à la « vraie » chimie. Il saisit l’occasion de « se substituer aux intérêts allemands dans la Société des produits chimiques de Droogenbosch »42 et fonde, à cet ← 42 | 43 effet, la Compagnie Belge pour les industries chimiques43. Cette entreprise prendra une grande ampleur et exploitera de nombreuses usines, dans des domaines aussi variés que les produits pour la tannerie, la verrerie, la fabrication du caoutchouc, souvent en coopération avec d’autres groupes (Gillet et Progil pour les produits tannants, Bergougnan pour le caoutchouc, Saint Gobain pour le verre…). En 1928, elle participera à la constitution de l’Union chimique Belge44.

À l’époque de la création de la Compagnie belge pour les industries chimiques, un autre évènement, cette fois de nature familiale, survient : le Général Baron Empain se marie. Il épouse le 18 avril 1921, à Paris, Jeanne Marie Émilie Becker. Le marié a presque soixante-dix ans, la mariée trente ans de moins. Elle est la fille d’un distillateur, inventeur d’un apéritif à la mode l’ « Amer Becker ». Elle est belle, chante à merveille, son talent pour le chant ayant été décelé tôt et longuement cultivé. Elle est déjà mère… des deux fils du Général Baron. Les nouveaux époux se connaissent en effet depuis longtemps et ont déjà deux grands garçons, de dix-huit et treize ans. Jean Louis Lain Becker45 est né à Bruxelles le 25 novembre 1902. Sa mère l’a reconnu quatre ans plus tard, en janvier 1907. Son père a attendu octobre 1918 pour procéder à une reconnaissance devant notaire, à Paris et lui donner enfin son nom. Le second fils, Louis Jean Lain46 est né le 3 janvier 1908, également à Bruxelles. S’il porte le prénom de son arrière-grand-père paternel, il porte, comme son frère, le nom de sa mère jusqu’à la reconnaissance paternelle. Les bâtards seront légitimés par le mariage de leurs parents. Pourquoi le catholique Édouard Empain a-t-il tant tardé à épouser la mère de ses enfants ? Faute de pouvoir sonder le cœur d’Édouard Empain, on ne peut que proposer une explication47. La fortune qu’il s’était constituée lui permettait de prétendre à une union avec une femme occupant une situation sociale plus élevée que celle de Mademoiselle Becker. Mais la rapidité de cette promotion sociale et la nouveauté de cette fortune pouvaient rebuter les prétendantes et faire passer Empain pour un parvenu. Les familles de la haute société n’étaient sans doute pas prêtes à marier une de leurs filles à un fils d’instituteur, même millionnaire. Édouard Empain n’a-t-il pas un jour écrit à l’un de ses proches : « la Haute Banque et la Grande Industrie, ← 43 | 44 c’est un monde fermé où il faut vingt-quatre quartiers pour y entrer »48. Faute de pouvoir engendrer des fils à l’ascendance maternelle brillante, Édouard Empain aurait-il donc décidé de légitimer ses enfants déjà nés et d’épouser leur mère ? Par ailleurs, les bouleversements connus par la société pendant et après la guerre étaient tels que ce qui aurait pu choquer avant 1914 était désormais acceptable. L’aura dont bénéficiait désormais Empain, pour son action pendant la guerre, pouvait compenser le caractère illégitime qu’avait eue sa vie personnelle. Enfin, si l’âge auquel le Général Baron était arrivé en 1921 rendait peu raisonnable l’espoir d’une autre union, celui qu’atteignaient les fils rendait nécessaire l’officialisation de leur filiation, préalable à leurs débuts dans le monde des affaires ou à leurs mariages. Dernière remarque : la reconnaissance des garçons, puis le mariage ont lieu à Paris. Parce que la famille y vit ? Sans doute. Mais peut-être pas seulement : Empain, malgré ses succès en France, a toujours conservé sa nationalité belge et un grand attachement à son pays. N’a-t-il pas installé toutes ses sociétés holdings en Belgique ? Il aurait pu souhaiter faire célébrer son mariage dans son pays. Peut-on imaginer que ce mariage « régularisation » ait été célébré à Paris par souci de discrétion ? C’est notre hypothèse.

Si Édouard Empain a « échoué » dans sa stratégie matrimoniale, son jeune frère François semble avoir réussi la sienne. Alors qu’Édouard vivait une liaison secrète et n’avait même pas reconnu ses fils, François Empain a épousé Ghislaine Descantons de Montblanc, une jeune femme de la noblesse. Comment a-t-il réussi là où son frère avait échoué ? Tout d’abord, il est dix ans plus jeune. Il s’est donc mis en quête d’une épouse plus tard, à une époque où la fortune générée par son aîné était moins récente et apparaissait peut-être plus solide aux yeux des beaux-parents. Son profil est plus classique : il est diplômé de l’UCL (docteur en droit) alors que son frère, même s’il se dit ingénieur, s’est formé sur le tas. Relevons néanmoins que François Empain s’est marié en 191249. Il avait déjà cinquante ans. Sa recherche d’une épouse n’a donc peut-être pas été facile. La vie privée hors norme de son frère était-elle prise en compte par les prétendantes éventuelles ? Venait-elle s’ajouter à la tare d’être nouveau riche ? Néanmoins, François Empain a fini par rencontrer la personne adéquate et engendrer un fils. Cet enfant a été baptisé Édouard, comme son oncle. Jusqu’à 1921, ce second Édouard est le seul garçon légitime portant le nom Empain. À cette époque, les enfants illégitimes, même aimés et gâtés, ne sont pas les héritiers des grosses ← 44 | 45 fortunes. François Empain s’est-il pris à rêver d’un deuxième Édouard succédant à son oncle50 ? Rêve qui serait parti en fumée après le mariage d’Édouard Empain et la légitimation de ses fils. Jean, le fils aîné, devient l’héritier. François Empain, déçu, agira mal : lorsque son frère lui demandera de former Jean aux affaires, il poussera le jeune homme dans ses travers (notamment le jeu) au lieu de lui apprendre la rigueur du travail. Édouard Empain s’en apercevra et, même s’il n’exclura pas son frère de ses affaires, quelque chose sera brisé entre eux. Comme on le verra, les fils du Général Baron seront moins magnanimes. Mais n’anticipons pas…

Mariage tardif, mariage de courte durée. Édouard Empain meurt le 22 juillet 1929, chez lui, à Woluwé-Saint Pierre. Après une inhumation provisoire à Bruxelles, ses cendres sont transférées en grande pompe dans sa ville égyptienne d’Héliopolis. Il est enterré dans la « basilique », cette église construite sur les plans de la byzantine Sainte-Sophie et dédiée à la belge Notre-Dame de Tongres. Édouard Empain laisse à ses fils, outre un petit frère et une petite sœur nés peu de temps auparavant d’une dame inconnue51, environ soixante-dix sociétés rentables et dynamiques. Ce groupe compte à la fois des sociétés de portefeuille, des compagnies de chemins de fer et de tramways, des sociétés de production d’électricité et de gaz, des ateliers de construction, une banque et des entreprises coloniales.

Jean et Louis prennent la direction du groupe. Jean, en sa qualité de fils aîné, est officiellement le patron du groupe. Très bel homme, désinvolte, affranchi de beaucoup de conventions, Jean Empain est un séducteur et un joueur, mais n’est pas mauvais en affaires. Louis, plus austère, introverti, semble plus sérieux. Une des premières décisions des jeunes barons Jean et Louis est d’exclure leur oncle, en lui retirant pratiquement tous ses mandats et fonctions. La déception du père s’exprime par la bouche des fils… François se retire dans son château d’Enghien où il mourra en 1935. Une autre importante décision des fils (est-elle liée à ce qui vient d’être évoqué ?52) est la création d’une société de portefeuille unique, Electrorail, qui reprend les actifs des trois sociétés holdings laissées par Édouard Empain (Compagnie générale de railways et d’électricité, Fédération d’entreprises de transport et d’électricité, Compagnie Belge des chemins de fer réunis). Electrorail mise à part, Jean et Louis ne vont pas fonder de nouvelles entreprises. Ils vont gérer le groupe laissé par leur père. ← 45 | 46

Louis Empain, pas toujours d’accord avec son aîné dont il est très différent, va tenter de lancer son propre groupe. Il prend quelques distances avec le groupe familial53, crée sa propre banque, la Banque belge pour l’industrie. Il investit au Proche-Orient, puis en 1934, découvre le Québec. Le pays lui plaît. Il y fait de très nombreux voyages et y crée plusieurs sociétés, actives dans les domaines de l’agriculture et des forêts, la prospection minière, l’import-export et l’immobilier. Il construit au bord du lac Masson, dans les Laurentides, un centre touristique, qu’il baptise l’Estérel. Il y fait connaissance de celle qui devient sa femme, une jeune québécoise nommée Geneviève Hone.

Le 21 juillet 1936, Louis vit un évènement lourd de conséquences. En ce jour de la fête nationale belge, il reçoit des amis à bord de son yacht, pour une promenade sur le Saint Laurent. Une promenade arrosée au champagne. Le vent se lève de façon soudaine. Le bateau se met à tanguer. L’équipage en perd le contrôle. Le bateau ne coule pas, personne n’est noyé. Mais tous, invités, équipage et Louis, ont frôlé la mort. Suite à cet épisode pénible, Louis va changer beaucoup de choses dans sa vie. Lui qui n’avait jamais affiché ostensiblement son argent va s’en dépouiller. Il consacrera sa vie aux autres. Il renonce aux affaires pour, selon l’expression de son fils, s’efforcer « de devenir un saint »54. Il offre à l’État belge la magnifique maison Art Déco qu’il vient de se faire construire sur la très élégante avenue des nations55, à Bruxelles. Il crée « Pro Juventute », une association dont l’objet est de venir en aide aux enfants et adolescents. Il crée « La jeunesse intellectuelle », une institution ayant pour mission d’encourager les jeunes diplômés à la recherche, par la remise de prix. Il publie plusieurs ouvrages sur l’éducation de la jeunesse et sur la religion56. Il fonde les éditions « Art, Vie, Esprit », puis les « Éditions du soleil levant » qui publieront notamment les discours des saints et des prophètes. Il lance le mouvement « Viens avec nous », qui organise des ateliers récréatifs et sportifs. Louis ← 46 | 47 se disperse dans des projets généreux, y dépense beaucoup d’argent. Pour pouvoir se consacrer pleinement à ses bonnes œuvres, il doit se libérer de ses obligations dans les affaires familiales. Il appelle à la rescousse son cousin Édouard, fils de l’oncle François. Édouard se charge donc d’administrer les participations de Louis, qui demeure actionnaire. Retour, donc, de la branche cadette dans les affaires familiales…

À l’époque où Louis se retire des affaires, Jean, après l’échec de son premier mariage avec Christiane Rimoz de la Rochette, se remarie. Il épouse à Budapest, en novembre 1937, Rozell Rowland. Cette jeune américaine a mis au monde, quelques semaines plus tôt, le fils tant espéré. Le jeune héritier s’inscrit dans sa lignée : il est prénommé Édouard Jean en hommage à son père et à son grand-père. Cet unique fils est le quatrième enfant de Jean Empain, déjà père de trois filles : Huguette et Janine Empain, nées de son premier mariage et Nicole Hoffman, née d’une liaison avec Maud Hoffman.

Observons ici que Jean et Louis, comme leur père avant eux, n’ont pas contracté des mariages pouvant aider à la consolidation et à la transmission du patrimoine. Ils ont épousé les femmes qui leur plaisaient, sans que les intérêts du groupe interviennent dans leurs choix. Ceci n’est pas si fréquent dans le milieu industriel et surtout dans les entreprises familiales.

La Seconde Guerre mondiale arrive très vite. Jean Empain en vit les premières années entre Paris et son Château de Bouffémont en Seine et Oise, où il mène la grande vie avec ses nouveaux amis. Nouveaux amis qui portent l’uniforme allemand. Choix peu judicieux. Aussi, en 1943, Jean Empain juge prudent de quitter la France pour Madrid. Il ne profite pas longtemps de son exil espagnol. Il tombe gravement malade. Les médecins diagnostiquent un cancer de la gorge, contre lequel ils ne peuvent pas grand chose. Dans les derniers mois de la guerre et après la Libération, Jean doit à la fois se battre contre la maladie et se cacher pour échapper à l’épuration. Il perd le premier combat : il meurt le 7 février 1946 à Paris. Son décès éteint l’action engagée par la Commission d’épuration, qui en est alors encore au stade de l’enquête devant déterminer s’il y a réellement eu collaboration. Jean Empain est tout d’abord provisoirement enterré au cimetière de Bouffémont. Plus tard, ses cendres sont transférées à Héliopolis, pour qu’il repose dans la basilique, aux côtés de son père.

Avec Jean Empain, le groupe perd son principal dirigeant. Le jeune héritier, Édouard-Jean, n’a alors que neuf ans. Son oncle Louis s’est retiré des affaires. Qui va donc gérer les affaires familiales ? Pas de choix possible. Un seul candidat : le cousin Édouard, qui va enfin pouvoir renforcer sa position. Et de quelle manière ! Celui qui porte le prénom de son oncle Édouard épouse Rozell Empain, la veuve de son cousin Jean. Mariage célébré fin 1947, qui permet à la jeune femme, une nouvelle fois Baronne Empain, de conserver auprès d’elle ce fils que son beau-frère voulait édu ← 47 | 48 quer et à Édouard le second de s’approcher du sacre. Et le sacre vient puisque Louis, ulcéré par le remariage de sa belle-sœur, finit par vendre à son cousin l’ensemble de son portefeuille. Édouard Empain va donc gérer le groupe. En attendant que son petit cousin et désormais beau-fils prenne la relève ? Les affaires familiales ne sont jamais si simples… Néanmoins Édouard-Jean Empain, petit-fils du fondateur, prendra les commandes de ses entreprises en 1967. Mais n’anticipons pas.

II –   Un groupe

Comme on l’a vu au cours du survol de l’histoire familiale, Édouard Empain a créé un groupe immense. Grâce, ou à cause de cette immensité, on peut aborder ce groupe selon plusieurs critères57, géographique, chronologique et par activités.

Une première approche, géographique, conduit à l’élaboration du tableau ci-après, qui reprend l’ensemble des sociétés fondées ou reprises par Empain.

Figure 2. Répartition géographique de l’ensemble des sociétés du Groupe Empain

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L’approche géographique du groupe Empain fait apparaître une entreprise à dimension internationale. Les entreprises Empain travaillent sur tous les continents. Néanmoins, si le groupe est implanté dans onze pays, deux prédominent : la Belgique (avec vingt-neuf sociétés) et la France (avec vingt-sept sociétés). Ensuite, mis à part l’Égypte et le Congo, les implantations ne sont que locales, bien souvent limitées à une compagnie de tramways dans une ville.

On s’efforcera, dans un prochain chapitre69, d’expliquer ce lien aussi fort entre le groupe Empain et la France. Observons pour l’instant que la France est le lieu d’exercice des activités d’Édouard Empain dès le début de sa carrière : s’il fonde en Belgique sa plus ancienne affaire, la Banque ELJ Empain, en 188070, quelques mois après son entrée à la SA des marbres, il fonde sa première société française, les Chemins de fer économiques du Nord, seulement trois ans plus tard, en 1883. Contrairement à ce qu’on lit parfois, on ne peut donc pas parler d’un groupe constitué en Belgique qui, une fois parvenu à un niveau important, partirait à la conquête du pays voisin. Dès ses débuts, Édouard Empain s’intéresse à la fois à la France et à la Belgique. Ainsi, entre 1880 et 1894, Édouard Empain crée ou reprend treize sociétés, dont douze en Belgique ou en France : six sociétés de transport en France et deux en Belgique ; la banque ELJ Empain (en Belgique) et trois sociétés de portefeuille (toutes trois en Belgique). La Compagnie du grand central sud américain, treizième société fondée à cette époque, est la seule à se proposer d’exercer son activité dans un pays tiers. Cependant, même si son objet est de ← 52 | 53 construire un chemin de fer en Argentine, elle est soumise au droit belge et son siège social est à Bruxelles.

Le groupe Empain compte, en Belgique comme en France, des sociétés de transport, d’électricité, de construction électrique, de construction de matériel de transport. Le groupe exerce donc en France les mêmes activités que partout ailleurs, sauf l’exploitation minière, faute d’avoir trouvé en France le charbon qu’Édouard Empain y a pourtant cherché71. Le groupe Empain est en France à la fois transporteur par rails, producteur et distributeur d’énergie, constructeur électrique. Il n’y a pas investissement tous azimuts, au gré des opportunités, mais investissement dans des domaines complémentaires, pour constituer un groupe transnational, intégré. Constatons cependant que les sociétés de portefeuille sont des sociétés belges. Édouard Empain, qui conservera toujours sa nationalité belge, a-t-il voulu, malgré une très forte présence en France, maintenir dans son pays la direction centrale de son groupe et y rapatrier les bénéfices ?

Une autre approche, cette fois chronologique, conduit à l’élaboration du tableau ci-dessous.

Figure 3. Chronologie de la création (ou de la reprise) des sociétés du Groupe Empain

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Simplifions le tableau ci-dessus afin de n’en retenir que les données quantitatives.

Figure 4. Étude quantitative des créations ou prises de contrôle d’entreprises par le Groupe Empain, en France et en Belgique, dans les secteurs des transports et de l’électricité

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La décennie 1880, durant laquelle le jeune Édouard Empain démarre ses activités, est également celle où la Belgique traverse une grave crise économique, faisant suite au krach de la bourse de Vienne. Si Empain fonde sa banque en 1880, puis trois sociétés de transport et une société de portefeuille entre 1881 et 1884, il marque une pause entre 1885 et 1889. Les entrepreneurs belges vont sortir de cette situation en investissant massivement à l’étranger dans de nouveaux marchés qui permettront à l’économie belge de redémarrer. Empain s’inscrit dans ce mouvement avec un projet de chemin de fer en Argentine, même si c’est surtout vers la France et la Belgique que vont ses investissements. La décennie 1890 est plus brillante. C’est même la décennie la plus faste de l’histoire du groupe, de ce point de vue, avec vingt créations d’entreprises : jamais le groupe ne fondera autant de nouvelles affaires que pendant cette période. La décennie suivante 1900-1909 est presque aussi remarquable, de ce point de vue. Cette fois dans le contexte économique favorable de la Belle Époque. La découverte de mines d’or en Alaska (1896) puis en Afrique du Sud (1897) permettent une reprise durable de l’économie. La demande repart, tirée par les commandes des pays neufs et le développement de la consommation des produits nouveaux élaborés durant la «dépression »73. On produit, on achète, on vend. La croissance atteint 5 % par an entre 1910 et 1913.

Il faudra ensuite attendre la période 1920-1929 et la reconstruction après la guerre, pour retrouver de la croissance et de nombreuses créations d’entreprises.

Les années 1910-1919, marquées par la guerre et 1930-1939, marquées par la crise économique, les bruits de bottes et la restructuration du groupe après le décès de son fondateur font piètre figure dans notre tableau.

Enfin, une troisième approche du groupe, cette fois en fonction des activités pratiquées, permet d’autres observations.

Figure 5. Classement par activité des sociétés du Groupe Empain (sociétés françaises et holdings)

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On constate une évolution, dans le temps, des activités du groupe. Le groupe Empain est initialement consacré au transport. (Ceci sera étudié de façon détaillée au chapitre 2). Insistons néanmoins déjà sur les faits suivants : cette activité, la plus ancienne, dure aussi longtemps que le groupe. Son fleuron, le Métro de Paris, est et demeure également la vitrine du groupe. Enfin, grâce à l’électrification des transports, le groupe passe au domaine dans lequel il va connaître ses plus belles réussites.

L’activité transports en commun est donc la plus ancienne. Elle est exercée en France par douze sociétés. Les dix plus vieilles sociétés sont créées ou reprises à leurs fondateurs entre 1883 et 1899. Il s’agit de sociétés de tramways ou de chemins de fer d’intérêt local (c’est à dire des lignes régionales). Ces dix sociétés exercent leur activité dans le nord (Chemins de fer économiques du Nord, Tramways électriques de Boulogne-sur-Mer, Tramways de Lille), en Normandie (Chemins de fer du Calvados), dans le Sud-Ouest (Chemins de fer de Pau Oloron Mauléon , Tramways de Bayonne à Biarritz, Chemin de fer de Bayonne Anglet Biarritz,), dans l’Est (Compagnie générale des chemins de fer vicinaux et Chemins de fer de la banlieue de Reims et extensions) et à Paris (Tramways électriques nord parisiens). Le plus souvent, ces sociétés ne sont pas créées par Édouard Empain, mais il prend rapidement la suite de leurs fondateurs.

La onzième société de transport est le Métro de Paris. C’est une société originale à plusieurs titres, car c’est :

      une formidable vitrine du savoir-faire mis en œuvre, de la technologie employée, du matériel utilisé,

      le premier réseau de transport local de très grande ampleur,

      un réseau entièrement électrifié, dès ses débuts.

La première ligne est inaugurée le 19 juillet 1900, pour desservir l’Exposition Universelle. C’est un succès immédiat : « à la fin de la même année, les lignes exploitées comportaient une longueur de 13,3 kilomètres, 15.890.526 voyageurs avaient été transportés et la recette s’élevait à 2.694.563 francs. »74 Cette nouvelle affaire marque un tournant dans l’activité du groupe en France. Pour faire fonctionner le Métro, il faut disposer d’importantes quantités d’électricité. Une première centrale électrique est construite à Paris, rue de Bercy. Elle est encore comparable aux usines exploitées par les concessionnaires d’un réseau de transport électrique : cette petite usine, propriété de la Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris (CMP), produit de l’énergie uniquement pour le Métro. Très vite, on s’aperçoit que cette centrale, trop petite, ne produira jamais suffisamment d’électricité pour faire fonctionner l’immense ← 58 | 59 réseau en cours d’élaboration. Empain crée donc, en 190375, sa première société d’électricité : la Société d’électricité de Paris (SEP). Cette nouvelle société représente, elle aussi, un tournant : c’est la première société de ce type fondée par Édouard Empain et elle se consacre uniquement à la production d’électricité (alors que les plus anciennes centrales étaient détenues par une société concessionnaire d’un réseau de transport, qui cumulait donc les deux activités : production d’énergie et exploitation du réseau de transport).

L’usine de Saint-Denis est mise en service début 1906. C’est alors la plus grosse centrale de la région parisienne. Dotée d’un équipement très moderne, elle produit de l’électricité à un prix de revient intéressant. De plus, comme elle fournit le Métro, elle peut faire tourner ses machines en continu, ce qui lui permet une production plus économique que si elle faisait démarrer ses installations uniquement aux heures de pointe. Elle va donc pouvoir vendre son électricité au Métro mais aussi aux autres sociétés parisiennes. Les résultats sont immédiats : l’exercice clos le 30 juin 1907 se solde par un bénéfice de 1 581 780,44 F76. Les quantités d’électricité vendues vont croître de façon continue, jusqu’à l’exercice 1915-1916.

Grâce au Métro et à la SEP, le groupe Empain cesse de se consacrer uniquement aux transports. Il s’oriente vers l’électricité. Et la production d’électricité va devenir son activité principale. Après création de la SEP, le groupe Empain n’investit plus dans des sociétés de transport, à l’exception de la Compagnie des tramways de Nantes. Et encore… cette société passe sous le contrôle du groupe Empain (associé, on le verra, à la CMT) en même temps qu’une société d’électricité. Y aurait-il eu reprise des tramways de Nantes sans reprise parallèle de la société d’électricité ? Sans doute pas. Après création de la SEP, Édouard Empain confirme l’orientation de son groupe vers l’activité électrique, tant pour ses activités françaises (où il va créer cinq autres sociétés d’électricité) que pour ses activités dans les autres pays. Il fonde ses premières sociétés d’électricité belges : la Compagnie d’électricité de Seraing et extensions en août 1903, les sociétés d’électricité du Hainaut, du pays de Liège et la Société Bruxelloise d’électricité en 1904. Pour permettre aux sociétés de portefeuille d’intervenir dans ce nouveau domaine, il fusionne deux d’entre elles, la Compagnie générale de railways à voie étroite et la Compagnie russe française de chemins de fer et de tramways, pour créer la Compagnie générale de railways et d’électricité. L’objet social de la nouvelle société ← 59 | 60 est étendu : on ne parle plus de transports, éventuellement électriques, mais de transports et d’électricité.

Compte tenu de ses succès, le groupe consolide sa position. Il développe ses nouvelles activités : même si Empain ne renonce pas aux transports, les sociétés d’électricité se multiplient sur le territoire français. Deux sociétés sont créées dans le nord : Électricité et gaz du Nord (EGN) en 1910 et la Société d’électricité de la région de Valenciennes Anzin (SERVA), en 1913. Empain (associé à la CMT) reprend en 1910 la Société nantaise d’éclairage et de force par l’électricité77. Enfin la SEP se voit adjoindre, en 1924, l’Électricité de la Seine, qui, comme sa grande sœur, dispose d’une centrale immense en bord de Seine, en proche banlieue parisienne. Toutes ces centrales produisent de l’électricité thermique, comme d’ailleurs toutes les centrales de la moitié nord du pays, où on ne produit pas d’énergie hydraulique.

Mentionnons encore, dans cette présentation78, la Parisienne électrique et Jeumont. La Société parisienne pour l’industrie des chemins de fer et des tramways électriques79 est constituée en 1900. Dès ses débuts, la CMP lui confie une large partie des travaux d’aménagement du Métro. Mais son objet est beaucoup plus large. La Parisienne électrique est chargée d’une double mission : c’est à la fois une société de portefeuille80 et une société de services pour l’ensemble du groupe. Elle est actionnaire de presque toutes les sociétés du groupe, tant en France qu’à l’étranger. Elle assure les services centraux des différentes entreprises, en mettant à leur disposition son organisation technique, administrative, financière, comptable et contentieuse. Elle a également un rôle de bureau d’études puis d’entrepreneur (les sociétés du groupe sous-traitent très fréquemment leurs travaux à la Société Parisienne). Elle réalise des beaux bénéfices dès ses débuts : 1 009 114,64 F en 1900, 1 409 198,91 F en 1901, jusqu’à 3 481 381,62 F en 1913. ← 60 | 61

L’histoire des ateliers de Jeumont est différente. Elle doit son origine à un homme, le bricoleur de génie qu’était Julien Dulait. Ingénieur, diplômé de l’Université de Liège, Dulait est le fondateur de la société Électricité et Hydraulique, à Charleroi. Il y multiplie les inventions (une nouvelle dynamo, le pandynamomètre, un nouveau régulateur, de nouveaux moteurs et transformateurs hydrauliques, un moteur pour les tramways électriques…), les fait breveter et exploite ses brevets. Tout commence bien, mais les difficultés surviennent lorsque Dulait crée une seconde société, filiale d’Électricité et hydraulique, pour travailler en Russie (en 1886). Les affaires russes se révèlent mauvaise, la filiale périclite, la société mère est fragilisée. Elle devient vulnérable. À cette époque, la Belgique ne compte aucune entreprise apte à procéder à l’application industrielle des découvertes de la recherche fondamentale en matière d’électricité. L’affaire de Julien Dulait risque donc de tomber entre des mains étrangères. Des mains allemandes, puisque les entreprises d’électricité allemandes ont pris une large avance sur leurs concurrentes européennes et investissent massivement sur le territoire belge. Dulait appelle à l’aide Léopold II. Le Roi transmet à son ami Empain, lui demandant d’avoir un geste patriotique, en reprenant les ateliers Dulait. Empain, peu séduit par cette affaire, obéit néanmoins au souverain. En 1904, Édouard Empain constitue avec la société Électricité et Hydraulique les Ateliers de Construction Électrique de Charleroi (ACEC). Les ACEC s’implantent sur les deux sites précédemment exploités par Électricité et hydraulique : Marcinelle (en Belgique) et Jeumont (en France, sur la frontière franco-belge). Empain réalise d’importants investissements (notamment par la création d’une câblerie à Marcinelle) et donne une énorme impulsion aux ACEC.

En 1906, les ACEC concentrent leur activité en Belgique. Ils quittent le site de Jeumont et font apport des ateliers à une nouvelle société, les Ateliers de construction électrique du nord et de l’est (ACENE). Cette nouvelle société est soumise au droit français. Elle va développer son activité autour de quatre pôles :

      des ateliers de construction électrique, dotés d’un outillage perfectionné, aptes à construire n’importe quelle machine électrique,

      un laminoir, une tréfilerie et une câblerie. Les premiers câbles sortent d’usine en août 1907,

      une usine électrique : la centrale dispose d’une puissance de 20 000 chevaux et produit de l’électricité grâce à des turbines à vapeur. Elle alimente les ateliers, la câblerie ainsi que les industriels de la région. Son réseau de distribution est achevé en juin 1908. Les ACENE ne conserveront pas longtemps cette usine électrique : en 1910, elle est apportée à la création d’Électricité et gaz du Nord,

      une fonderie de fer et de bronze. ← 61 | 62

Les ACENE, ateliers français fondés par des Belges, occupent l’espace d’une façon originale. Ils sont installés sur la frontière, qui longe certains de leurs bâtiments, comme le montre la carte81 ci-après.

Figure 6. Les Ateliers de construction électrique du Nord et de l’Est, plan de situation

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En 1913, sont constitués les Forges et Ateliers de La Longueville, dont l’objet principal est la construction de matériel de transport. L’intérêt de cette société de droit français est qu’elle permet de satisfaire aux obligations d’achat de matériel français, insérées par les pouvoirs publics dans les concessions de chemins de fer et de tramways qu’ils signent avec les entreprises de transport.

Le groupe Empain se trouve alors à la tête de deux sociétés électrotechniques, toutes deux basées dans le Nord82. Pendant la Première Guerre mondiale, les usines de Jeumont (ACENE) sont occupées par les Allemands, qui y installent des ateliers de réparation de matériel électrique. Ils pillent le matériel appartenant aux ACENE et l’envoient à ← 62 | 63 divers endroits, en Allemagne et en Autriche. Les ACENE s’efforcent néanmoins de continuer à travailler. Ils déplacent leur activité en région parisienne, dans leur petit atelier de Saint-Ouen et dans une usine à la Plaine Saint-Denis, achetée en 1916. L’usine de la Longueville (Forges et ateliers de la Longueville) est également occupée par les Allemands. Les ennemis utilisent le matériel pour couper et débiter de très nombreux arbres des bois environnants puis démontent et emportent l’outillage et le matériel. La société se replie également en région parisienne : elle loue des locaux à Levallois-Perret et y installe une boulonnerie et un atelier d’usinage d’obus.

Après guerre, une nouvelle organisation est mise en place. En 1921, le groupe fusionne ces deux entreprises et constitue les Forges et ateliers de construction électrique de Jeumont (FACEJ).

Selon Pierre Lanthier83, cette fusion pourrait avoir eu pour but de diluer la participation de Schneider84, qui était devenu un actionnaire important des Forges et ateliers de la Longueville. On pourrait aussi essayer de rapprocher la création des FACEJ de la situation franco-belge de l’époque. Après l’échec, en avril 1917, des pourparlers économiques franco-belges, qui avaient été engagés en 1916 afin de réaliser l’union douanière entre les deux pays, des discussions avaient repris en janvier 1919. Cette fois on ne parlait plus de libre échange, mais on recherchait « l’imbrication aussi complète que possible des deux économies. »85 Pour y parvenir, différentes mesures étaient étudiées. L’une d’entre elles, celle de la zone frontière, aurait concerné au premier chef les FACEJ : il s’agissait de créer une zone frontière de trente kilomètres, à l’intérieur de laquelle il y aurait eu plus ou moins libre échange et qui aurait bénéficié de droits réduits pour les exportations vers les autres régions. La frontière franco-belge longeant les ateliers de Jeumont (qui appartenaient précédemment aux ACENE) et étant très proche des sites de Feignies et La Longueville (qui appartenaient précédemment aux Forges et ateliers de la Longueville), les FACEJ auraient donc été bénéficiaires de cette mesure. Sans doute auraient-ils pu en faire profiter également les productions réalisées dans leurs autres usines (dont Levallois-Perret, Saint-Ouen, Nancy et Rennes apportés par les Forges de Ateliers de la Longueville et la Plaine Saint-Denis apportée par les ACENE). Dans ces circonstances, la réunion en une seule entité des différents ateliers et usines auparavant exploités par les Forges et ate ← 63 | 64 liers de la Longueville et les ACENE permettait d’accroître le poids des FACEJ, dans une région bénéficiant d’un statut favorable86.

Après cette présentation rapide des sociétés du groupe, et même si on limite notre étude à la partie française du groupe Empain, on doit s’intéresser à des sociétés belges : les sociétés de portefeuille (ou électroholdings pour reprendre la terminologie de l’époque). Leur objet est de détenir de grandes quantités d’actions des autres entreprises du groupe. Précisons tout d’abord que les sociétés Empain ont presque toutes vocation à détenir des parts d’autres sociétés du groupe, Empain ayant été un grand utilisateur des participations croisées, dans lesquelles une entreprise A détient des actions d’une société B, qui elle-même détient des actions de la société A. On peut néanmoins distinguer des compagnies qui ont soit pour seul objet de détenir du capital, soit un objet social mixte, mais en pratique un portefeuille important.

Dans la période allant des années 1880 à l’après Seconde Guerre mondiale, le groupe Empain compte sept sociétés holdings, qui coexistent ou se succèdent. On peut, pour simplifier, les présenter à l’aide du schéma suivant, qui fait apparaître quatre niveaux, correspondant à autant d’époques successives :

Figure 7. « Généalogie » des sociétés de portefeuille du Groupe Empain

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On observe que les quatre plus anciennes sociétés de portefeuille, fondées avant le Métro de Paris, adoptent une dénomination mettant en avant uniquement une activité de transport. La société créée en 1904 (après les débuts de la SEP et l’année de la constitution des sociétés d’électricité ← 64 | 65 belges et des ACEC) adopte une dénomination mentionnant une double activité : les transports et l’électricité. Il en sera de même des sociétés créées par la suite. Cette observation faite, reste à constater la coexistence, au cours de l’histoire du groupe, de quatre holdings, puis trois, puis une seule à partir de 1930. On cherchera, plus loin87, à analyser les raisons qui ont poussé Édouard Empain à créer et utiliser, durant sa vie, plusieurs sociétés de portefeuille. De la même façon, on essaiera88 de comprendre pourquoi ses fils, une fois arrivés à la tête du groupe, ont remplacé les trois holdings existantes par une seule.

À l’issue de ce parcours de présentation, on a rencontré un entrepreneur génial et sa famille, sur plusieurs générations. On a présenté un groupe aux activités complémentaires, de dimension mondiale. On va désormais resserrer le cadre de notre étude, en s’intéressant uniquement aux activités exercées en France, à savoir l’activité transport et l’activité énergie. Il s’agira de répondre aux questions que nous nous sommes posées89 quant à l’activité des entreprises Empain et de leurs dirigeants. Mais, avant tout, effectuons un petit survol de la présence belge en France. ← 65 | 66 ← 66 | 67 →


1       E.J. Empain, La vie en jeu, op. cit.

2       Informé seulement sur son grand-père, EJ Empain a reçu des informations comportant les inexactitudes qui accompagnent toutes les histoires de famille. Il écrit que son grand-père a eu un frère et deux sœurs, alors que six des huit filles mises au monde par Catherine Lolivier ont vécu. Il écrit que son grand-père a « bâti son empire à partir de la possession d’une modeste mine » alors qu’Édouard Empain a démarré comme exploitant d’une affaire de taille, travail et commerce de marbre et pierres de construction. Il écrit également que son grand-père a reçu une formation de géologue, alors que le Général Baron se disait ingénieur. Dernier exemple : E.J. Empain indique que son grand-père s’est marié à soixante ans, alors que le Général Baron a convolé à près de soixante-dix ans. E.J. Empain, La vie en jeu, op. cit. p. 15

3       E.J. Empain, La vie en jeu, op. cit., p. 19.

4       E.J. Empain, La vie en jeu, op. cit., p. 20

5       Arbre généalogique simplifié établi à partir des microfilms des actes d’état civil, conservés à Bruxelles aux Archives générales du Royaume (bobines 138 30 98, 138 30 96, 146 04 02, 142 37 89, 135 44 56) et des faire-parts rédigés par la famille Empain et/ou publiés dans la presse, conservés par le Service de centralisation des études généalogiques et démographiques de Belgique.

6       Acte de mariage : AGR bobine 138 30 98 (Beloeil).

7       Actes de naissance des enfants nés à Beloeil et acte de décès de Maria Fortunée Louise : AGR bobine 138 30 96.

8       Actes de naissance des enfants nés à Tongres Notre Dame et acte de décès d’Augustine Florence Cécile : AGR bobine 146 04 02.

9       Actes de naissance des enfants nés à Blicquy : AGR bobine 142 37 89, décès d’Emma Désirée bobine 135 44 56.

10     H. Hasquin (dir.), Communes de Belgique, tome 1, p. 192.

11     C. Dumont, Inventaire des archives de la famille du Roy de Blicquy, 13e-20e siècle, AGR, Bruxelles, 1980.

12     Malheureusement, le dossier scolaire d’Édouard Empain n’a pas été conservé dans les archives de l’école.

13     A. Duchesne, cité par G. Waltenier, Les quartiers d’ascendance du Baron Empain, op. cit., p. 49.

14     Arthur du Roy de Blicquy (1835-1907), ingénieur des ponts et chaussées. Source : État présent de la noblesse belge.

15     G. Kurgan-van Hentenrijk, Mythe et réalité du self-made man au sein du patronat belge, Bulletin de la classe de lettres, Académie royale de Belgique, 6e série, tome 10, 1999, p. 81 à 96. Dans cet article, G. Kurgan applique ces deux critères à plusieurs entrepreneurs et constate que les vrais self-made men sont très peu nombreux. Elle rapproche notamment Empain et Solvay : tous deux ont été grandement aidés, au début de leur carrière et ne sont donc pas des self-made men.

16     L. Frère, Étude historique des sociétés anonymes belges, Louvain, 1951, tome 2, p. 61.

17     Acte du 15/4/1879, Le Moniteur belge, recueil spécial des actes et documents relatifs aux sociétés, 26/4/1879, n° 474.

18     AGO du 27/5/1879, Le Moniteur belge, recueil spécial des actes et documents relatifs aux sociétés, 15/6/1879, n° 692.

19     AGE du 10/1/1881, Le Moniteur belge, recueil spécial des actes et documents relatifs aux sociétés, 16/1/1881, n° 93.

20     AGE du 2/3/1882, Le Moniteur belge, recueil spécial des actes et documents relatifs aux sociétés, 12/3/1882, n° 346.

21     AGE du 24/4/1882, Le Moniteur belge, recueil spécial des actes et documents relatifs aux sociétés, 5/5/1882, n° 784.

22     Nos recherches dans les annexes du Moniteur belge, comme auprès de la Banque nationale de Belgique, n’ont pas permis de retrouver trace de la fondation de la Banque Empain. Aucune publication non plus au Moniteur des résultats annuels. L’existence de cette banque ne semble cependant pas devoir être remise en cause. La Banque Empain a-t-elle fonctionné comme une société de fait ?

23     X. Mabille, Les groupes d’entreprises, Bruxelles, CRISP, 1979, p. 2.

24     X. Mabille, Les groupes d’entreprises, op. cit., p. 2.

25     Sur les liens permanents entre la banque et l’industrie : B.S. Chelpner, La Banque en Belgique, étude historique et économique, Bruxelles, 1926, p. 9 et 10.

26     Il y cotoie notamment un autre futur membre des conseils d’administration du groupe Empain, Édouard du Roy de Blicquy, qui entre à l’UCL deux ans après lui, pour également suivre des études de droit. Annuaire UCL, 1885, p. 234.

27     Annuaire de l’UCL, 1882, p. 302.

28     Annuaire de l’UCL, 1883, p. 223.

29     Annuaire de l’UCL, 1884, p. 237.

30     Annuaire de l’UCL, 1885, p. 213.

31     P. Van Molle, Le parlement belge 1894-1969, Gand, 1969, p. 140 et 141.

32     Voir au chapitre 4 – 1929 : premier bilan.

33     L. Frère, Étude historique des sociétés anonymes belges, tome 2, Louvain, 1951, p. 176.

34     R. Ilbert, Héliopolis, le Caire 1905-1922, Genèse d’une ville, op. cit., p. 9.

35     État présent de la noblesse belge, Bruxelles, 1988, p. 114 à 117.

36     Cité par A. Duchesne, Un général pas comme les autres. Le Baron Édouard Empain durant la guerre 1914-18, op. cit., p. 56.

37     En France également, les dirigeants de l’industrie mettent leurs compétences au service de la victoire. Ainsi Louis Loucheur, que l’on présentera au chapitre consacré à l’électricité dans le nord. Loucheur avait commencé sa carrière dans l’armée, à sa sortie de polytechnique, puis s’était associé à Alexandre Giros, pour travailler dans le secteur de l’électricité (groupe Giros Loucheur). La guerre va le conduire à réorienter sa carrière. Il commence par produire des obus à l’Éclairage électrique de Lyon. Il devient ensuite conseiller d’Albert Thomas, puis sous-secrétaire d’État à l’Artillerie et aux Munitions, toujours aux côtés d’Albert Thomas, ministre de l’Armement et des fabrications de guerre. À partir de septembre 1917, Loucheur remplace Thomas comme ministre de l’Armement. À ses côtés, comme chef de cabinet technique, Ernest Mercier (que l’on retrouvera également, puisqu’il fondera, après guerre, de l’Union d’électricité). Dans l’après guerre, Loucheur poursuivra une carrière politique.

38     Empain se charge de l’approvisionnement de l’armée belge. Walter Rathenau, président de l’AEG, en fait autant dans l’autre camp. Il organise en Allemagne un office des matières premières, qui réquisitionne et répartit les stocks disponibles ainsi que les commandes entre les entreprises regroupées au sein de « sociétés de guerre ». P. Touchard, C. Bermond-Bousquet, P. Cabanel, M. Lefebvre, Le siècle des excès. Le XXe siècle de 1870 à nos jours, Paris, 2002, p. 129 et 130.

39     A. Duchesne, Un Général pas comme les autres. Le Baron Édouard Empain durant la guerre 1914-18, op. cit., p. 278 et 281.

40     Cité par Y. Toussaint, Les barons Empain, op. cit., p. 171.

41     Recueil financier.

42     E. Bussière, La France, la Belgique et l’organisation économique de l’Europe, op. cit., p. 93.

43     Recueil financier.

44     Recueil financier.

45     Source : service de l’état civil de la ville de Bruxelles.

46     Source : service de l’état civil de la ville de Bruxelles.

47     Sur les stratégies matrimoniales à cette époque : M. Winock, La Belle Époque, Paris, 2002, p. 157 à 159.

48     Cité par G. Kurgan-van Hentenrijk et E. Buyst, Cent grands patrons du XXe siècle en Belgique, op. cit., p. 249.

49     Acte de naissance de François : AGR bobine 146 04 02, année du mariage : État présent de la noblesse belge, 1988, p. 114 à 117.

50     Y. Toussaint, Les barons Empain, op. cit., p. 106 à 108.

51     Les fils offriront de verser 3 000 000 FB à la mère de ces enfants, pour solde de tout compte. La petite fille meurt avant le paiement. Sa mère refusant le report de la moitié de la somme sur l’autre enfant, les fils du Général Baron assureront l’avenir de leur jeune frère, moyennant 1 500 000 FB. Y. Toussaint, Les barons Empain, op. cit., p. 215.

52     Voir au chapitre 5 – 1930-1945 : restructuration et continuité.

53     Il démissionne de ses mandats d’administrateur des Chemins de fer économiques du Nord et des Chemins de fer vicinaux (1933) et des sociétés d’électricité françaises (1934). Il quitte les FACEJ (1935) puis la Parisienne électrique (1936). Il ne renonce cependant pas à tous ses mandats : il reste notamment administrateur d’Electrorail.

54     Cité par Y. Toussaint, Les barons Empain, op. cit., p. 251.

55     Désormais avenue Franklin Roosevelt.

56     L. Empain, Centres pour la jeunesse. Une solution aux problèmes que soulève l’éducation morale et physique des jeunes, Bruxelles, 1941 ; L’éducation de notre jeunesse, Bruxelles, 1941 ; La jeunesse à la recherche d’un idéal, Bruxelles, 1941 ; Abrégé de pédagogie à l’usage des éducateurs, Bruxelles, 1943 ; SOS 9 millions de réfugiés en détresse, Profondeville, 1952 ; L’adolescent au foyer, Namur, 1954 ; Les saints nous parlent, Namur, 1957; Un module parcourt l’espace, Paris, 1972 ; Demain le XXIe siècle, Bruxelles, 1972 ; Vers une éthique nouvelle…, Bruxelles, 1973 ; Jeunesse, contestation, communauté, Bruxelles, 1975 ; Chrétiens en recherche, Bruxelles, 1976. L. Empain et M. Jadin, Nos enfants lisent, Namur, 1956.

57     Les tableaux qui suivent ont été établis à partir de la liste des entreprises fondées et/ou gérées par le groupe Empain, sur la base d’informations compilées dans les Recueils Financiers annuels et/ou dans les archives de ces entreprises.

58     L’objet social de la Compagnie d’électricité de Seraing et extension prévoit également des opérations financières sur titres de sociétés. Source : Recueil financier.

59     Société de droit belge, mais dont les statuts prévoient qu’elle peut exercer son activité en Espagne, au Portugal et dans les colonies et possessions de ces deux pays.

60     Société de droit belge, mais exerçant son activité en Roumanie.

61     Société de droit belge, mais exerçant son activité en Russie.

62     Société de droit belge, mais exerçant son activité en Russie.

63     Cette société a son siège social à Constantinople et exerce ses activités en Syrie.

64     Société de droit belge, mais exerçant son activité en Égypte.

65     Société de droit belge, mais exerçant son activité au Congo.

66     Société de droit belge, mais exerçant son activité au Congo.

67     Société de droit belge, mais exerçant son activité au Chili.

68     Société de droit belge, mais exerçant son activité en Chine.

69     Au chapitre 1 – Présence belge en France, une étude particulière.

70     Nous retenons cette date, communément citée dans la littérature sur Empain. Néanmoins, comme nous l’avons déjà indiqué, nous n’avons pas retrouvé les actes constitutifs de la banque.

71     Recherches de charbon menées par la société EGN, associée aux ACENE et au Baron Empain en vue de trouver, du côté français, la continuation de la couche du bassin du Hainaut, interrompue par une faille. Des sondages sont effectués à Feignies, à Vieux Reng, à Villers-sur-Nicolle et à Mairieux, à partir de 1912. Interrompus par la guerre, ces sondages ne sont pas repris en 1919 et EGN renonce à la recherche minière. CA du 1/10/1912 ; CA du 24/10/1912 ; CA du 24/1/1913 ; CA du 18/9/1913 ; CA du 13/11/1913 ; CA du 26/12/1913 ; CA du 22/1/1914 et CA du 18/9/1919, archives EDF, fonds EGN, boite 75 66 28.

72     L’année 1880 semble être celle de la fondation de la Banque ELJ Empain, même si, comme on l’a expliqué, on n’a pas retrouvé trace de cette création.

73     P. Touchard, C. Bermond, P. Cabanel et M. Lefebvre, Le siècle des excès, de 1870 à nos jours, Paris, 1992, p. 8.

74     AGO CMP du 17/6/1948, archives de la RATP.

75     Les statuts de la SEP sont signés devant Maître Lavoignat, notaire habituel du groupe à Paris, le 15 août 1903. Archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

76     AGO du 30/1/1908, archives EDF, fonds SEP, boite 75 70 69.

77     La « Société nantaise d’éclairage et de force par l’électricité » adopte la dénomination « Société nantaise d’électricité » lors de l’Assemblée générale extraordinaire du 19/6/1941. On utilisera cette dénomination dans la suite de l’ouvrage (ainsi que l’abréviation SNE).

78     Ont été exclues de cette étude l’activité bancaire, exercée à travers la Banque Parisienne pour l’industrie, dont on n’a pas retrouvé les archives et les activités chimie, pétrole et verre, développées après la Première Guerre mondiale et qui sont de faible importance par rapport aux autres activités exercées en France.

79     La « Société parisienne pour l’industrie des chemins de fer et des tramways électriques » adopte en 1946 la dénomination « Société parisienne pour l’industrie électrique ». Elle est très souvent, dans les archives comme dans la littérature, dénommée « Parisienne électrique ». On utilisera ce diminutif dans la suite de l’ouvrage.

80     Une société de portefeuille, ou holding, n’a pas d’activité industrielle, mais a pour objet de détenir des actions d’autres sociétés.

81     Source : carte annexée à la note du 15/8/1921, Archives du Crédit Lyonais, DEEF 57 177/1.

82     Région Nord où les entreprises actives dans ce domaine sont nombreuses, et sont par ailleurs également souvent franco-belges. Deux exemples : la Société franco-belge de matériel de chemins de fer, constituée à Paris en 1881, implantée à Raismes, dans le Nord et à La Croyère, en Belgique ; la société Fives-Lille, dont l’origine remonte à 1855, fondée par un Français et un Belge, également active dans la construction de matériel ferroviaire et de matériel électrique. Sources : Wikipédia pour la Société franco-belge, J.-L. Moreau, « Investissements transfrontaliers dans le secteur du gaz : les destins croisés de deux compagnies en France et en Belgique aux XIXe et XXe siècles », Revue du Nord, tome 92, n° 387, p. 940, pour Fives-Lille.

83     Thèse précitée, p. 849.

84     Sur l’entrée de Schneider dans le capital de Jeumont : A. d’Angio, Schneider et compagnie et la naissance de l’ingénierie : des pratiques internes aux responsabilités extérieures 1836-1949, Thèse de doctorat, Paris IV, 1998, p. 322 à 324.

85     G.H. Soutou, L’or et le sang, Paris 1989, p. 795.

86     Les négociations franco-belges aboutiront à la signature, en juin 1923, d’un accord commercial très classique entre la France et la Belgique. Il n’y aura donc pas de relation économique privilégiée entre les deux pays. G.H. Soutou, L’or et le sang, op. cit.

87     Au chapitre 4 – 1929 : premier bilan.

88     Au chapitre 5 – 1930-1945 : restructuration et continuité.

89     Voir à l’introduction.