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Le groupe Empain en France

Une saga industrielle et familiale

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Caroline Suzor

Le Belge Édouard Empain obtient en 1898 la concession du Métro de Paris, qu’il construit et exploite. Pour alimenter son Métro en énergie, Empain devient producteur d’électricité et fonde la Société d’électricité de Paris. Déjà présent en France depuis les années 1880, le groupe Empain ne cesse dès lors plus de croître dans ce pays. Fleurons d’un empire industriel de dimension mondiale, ses entreprises comptent parmi les plus importantes du paysage économique français.

La croissance du groupe Empain en France relève d’une saga à la fois industrielle et familiale. Trois générations se succèdent : un grand industriel européen, visionnaire et innovateur ; son frère ; ses fils. Des personnages hauts en couleur, très différents, reliés pour le meilleur et pour le pire par le sang et l’argent.

Cette histoire, dévoilée de l’intérieur et jusqu’alors mal connue, a été enfouie dans la mémoire nationale sous les décombres de la Troisième République et éclipsée après Seconde Guerre mondiale par la nationalisation de l’électricité et la municipalisation du Métro.

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Pour conclure

Pour conclure

Du plan Freycinet pour l’extension progressive des transports par rail en 1879, aux nationalisations de 1946, en passant par le développement de l’électricité comme secteur de l’industrie, l’histoire du groupe Empain épouse l’aventure de l’électricité en France. Elle nous raconte le destin d’une grande entreprise, qui démarre par de petites affaires locales de transport et devient l’un des plus importants producteurs d’électricité du pays. ← 465 | 466

Tout débute lorsqu’un jeune Belge, Édouard Empain, issu d’une modeste famille de la petite bourgeoisie, mais aidé par la famille du Roy de Blicquy, investit dans sa première société. Une société de taille et commerce de marbres et pierres de construction, dont les débouchés sont acquis grâce aux nombreux chantiers lancés à Bruxelles par le Roi Léopold II. Rapidement, le jeune entrepreneur ambitieux fonde également une banque, à laquelle il donne son nom. Grâce à sa toute nouvelle indépendance financière, il passe la frontière franco-belge, à un moment où la France cherche à développer ses chemins de fer secondaires et se montre accueillante aux entrepreneurs motivés. Une France d’autant plus accueillante que la Belgique décourage ces mêmes entrepreneurs de transport, dont beaucoup, à cette époque, partent à l’étranger. Édouard Empain ne se distingue alors pas encore des autres Belges venus tenter leur chance en France.

Après des premiers pas discrets sur le sol français, l’obtention de la concession du Métro et la nécessité de l’alimenter en énergie font passer le groupe Empain à une nouvelle activité, qui devient rapidement prépondérante : celle de producteur d’électricité.

Un producteur d’électricité aux grandes ambitions. La première grosse centrale du groupe est intelligemment construite à Saint-Denis, d’où elle peut desservir des clients parisiens tout en échappant à la complexe organisation parisienne. Elle est en outre, dès ses débuts, à la pointe du progrès, immense et facilement agrandissable. Empain est en effet très soucieux d’être à la pointe de l’innovation, surtout pour ses entreprises les plus rentables : les entreprises d’électricité. Les grandes centrales (notamment Saint-Denis 1 et 2) étaient à leur époque parmi les plus performantes du pays. Les centrales sont sans cesse agrandies, leur matériel régulièrement renouvelé.

Des tramways et petits trains au Métro ; du Métro à l’électricité ; d’une petite affaire à un groupe multinational ; le jeune Belge devient le chef d’un grand groupe industriel de dimension mondiale. Son groupe gère des entreprises dans onze pays, sur tous les continents. Mais deux pays sont, de loin, les plus importants, pour le nombre d’entreprises exploitées, la diversité des métiers exercés et pour l’importance de ces entreprises. Ces deux pays principaux sont la Belgique et la France. La part française du groupe, c’est à dire les sociétés soumises au droit français, ayant leur siège social en France et y exerçant leur activité, constitue un ensemble industriel cohérent, distinct des sociétés du groupe exerçant leurs activités dans d’autres pays. Si on met à part la Parisienne électrique et les Ateliers de Jeumont, les activités pratiquées par les sociétés françaises du groupe (transport par chemin de fer et production d’électricité) n’ont, à cette époque, pas vocation à s’étendre à l’étranger. ← 466 | 467

Tout ceci fait qu’Édouard Empain est un vrai entrepreneur, pas un spéculateur. Empain a su saisir les opportunités qui se présentaient à lui pour fonder un groupe très organisé. Malgré le « fouillis » apparent de l’organigramme du groupe en France, en réalité Empain a su concentrer ses activités, à la fois horizontalement (en restant dans certains secteurs : les transports, l’électricité et les services entre ces deux secteurs) et verticalement (en organisant des fournitures croisées entre ses différentes entreprises). Outre la concentration des activités, on a pu observer la concentration des compétences avec la centralisation à Paris, boulevard Haussmann et rue de Lisbonne, d’un certain nombre de services communs à l’ensemble du groupe.

Ce développement exceptionnel s’est réalisé dans le cadre d’une affaire qui reste familiale, même si les dirigeants familiaux sont entourés de salariés aux compétences et aux talents exceptionnels. Empain, qui n’a pas fait d’études, a auprès de lui des dirigeants salariés très diplômés. Il est l’un des premiers entrepreneurs du monde de l’électricité à confier ses affaires à des ingénieurs de haut niveau (notamment polytechniciens). Les dirigeants salariés, qui sont de nationalité française ou belge, sont présents dans le groupe de façon très précoce (quasiment dès la fondation des plus anciennes sociétés) et restent très longtemps au sein du groupe. Le plus souvent ils ne le quittent qu’à l’âge d’une retraite tardive. Ils ont donc, le plus souvent, un déroulement de carrière finalement proche de celui traditionnellement réservé aux membres de la famille, dans un groupe familial. L’équipe de ces collaborateurs proches est restreinte, le Général Baron s’appuie sur quelques hommes, à qui il accorde sa confiance.

Auprès de ces managers salariés, on retrouve des membres de la famille Empain (Édouard Empain, son frère et leurs beaux-frères durant la première période ; puis les fils Empain, leurs cousins et un autre beau-frère, durant la deuxième période).

Ceci dit, la famille et des dirigeants salariés de très haut niveau peuvent-ils suffire à assurer la réussite d’un groupe qui doit séduire les épargnants, pour qu’ils achètent des actions et souscrivent aux emprunts obligataires, mais aussi les départements et les villes, pour qu’ils accordent des concessions de service public ? Ce n’est pas certain. Aussi Édouard Empain prend-il soin de s’entourer d’hommes politiques susceptibles mettre leur notoriété, leurs relations et peut-être aussi une part de leur pouvoir au service du groupe. Tout au début de l’aventure, l’un d’entre eux, Edmond Caze, apparaît seul en première ligne, le petit Belge inconnu préférant alors rester dans l’ombre. D’autant plus qu’Édouard Empain, à ses débuts en France, est gêné par le mauvais souvenir qu’y a laissé un précédent entrepreneur belge, Simon Philippart. Les autorités françaises voient Empain comme le successeur de Philippart, aussi ← 467 | 468 celui-ci doit-il commencer dans la discrétion. Il prend le pouvoir dans des petites affaires de chemin de fer ou de tramways, à l’implantation locale uniquement.

Cette discrétion ne va cependant pas durer toujours. Après quelques années, Empain dévoile ses ambitions. Après le Métro de Paris, il saisit l’opportunité de la deuxième révolution industrielle, en choisissant d’investir dans un domaine nouveau, en expansion et à ses débuts industriels, l’électricité. Électricité qui reçoit son élan décisif grâce au développement de la traction électrique sur les réseaux de transport urbain et qui devient très vite essentielle au développement économique du pays. Toujours à la pointe du progrès technique, souvent même en l’anticipant, Empain construit des centrales à haut rendement, équipées du meilleur matériel. Les centrales parisiennes sont, dès leur construction et pendant les quinze ans qui suivent, les plus modernes et les plus puissantes du pays.

Bien que développée en France, l’activité d’Édouard Empain conserve tout au long de son histoire un lien très fort avec la Belgique. Ceci se traduit par la présence d’un certain nombre de Belges, à des postes de direction de haut niveau, même dans les sociétés françaises. Mais cette attache apparaît surtout à travers les sociétés holdings, qui détiennent le capital des entreprises et sont toutes soumises à la loi belge. Le Général Baron a créé, entre 1881 et 1923, six sociétés de portefeuille qui, depuis Bruxelles, détiennent des actions des autres sociétés du groupe, quel que soit leur lieu d’implantation. Sociétés de portefeuille qui coexistent ou se succèdent, au fur et à mesure du développement industriel du groupe (les plus anciennes investissent exclusivement dans les tramways et chemins de fer, les suivantes investissent dans les transports mais surtout l’électricité). Chacune dispose d’une quantité suffisante de titres pour que le groupe conserve le pouvoir de décision dans ses différentes affaires. Chacune participe au maintien des bénéfices dans le groupe, puisque les holdings récupèrent, en tant qu’actionnaires, une partie des bénéfices distribués par les filiales. Une part des bénéfices réalisés dans les différents pays d’activité revient donc en Belgique. Par ailleurs, Empain fait détenir par chacune de ses sociétés (même celles dont l’activité est industrielle) un portefeuille, plus ou moins important, d’actions d’autres sociétés du groupe. Une autre partie des bénéfices va donc aux autres entreprises du groupe, dans les différents pays où elles sont actives. Grâce à ces participations croisées, Empain consolide l’actionnariat de ses entreprises et assure, encore une fois, grâce aux dividendes, le maintien d’une partie des bénéfices au sein du groupe.

Les liens entre les entreprises ne sont pas seulement financiers. Les services entre les différentes entreprises du groupe sont réels, nombreux et variés. Il y a bien une synergie entre les différentes entreprises, ceci ← 468 | 469 grâce à leurs activités voisines et complémentaires, à la centralisation des services centraux et, s’agissant des livraisons d’électricité, à la proximité géographique. Ceci est la preuve de la réalité du projet industriel d’Édouard Empain. Le groupe n’est pas constitué d’entreprises qui exerceraient leurs activités chacune de leur côté, mais de différentes entreprises liées les unes aux autres non seulement par leurs participations croisées mais aussi par leurs activités industrielles.

S’inscrivant dans un mouvement général de croissance de l’industrie de l’électricité, l’histoire du groupe, des débuts d’Édouard Empain à la cession par son petit-fils de sa participation dans la Société auxiliaire d’entreprises industrielles et financières, en 1981, se décline en quatre étapes.

La première période (1883-1903) est celle où Édouard Empain met en place ses sociétés de transport. Débuts modestes, en apparence : ces entreprises ont toujours une vocation locale ou régionale. Ceci pour une raison historique : les lignes nationales ont été construites plus tôt. Le temps est désormais à la construction et l’équipement des « petites » lignes. Ces petites lignes sont très nombreuses. Elles sont implantées dans le Nord de la France, à Paris, en Normandie, dans le Périgord, les Pyrénées, la Champagne, les Alpes, le Jura. Rappelons ici que la centralisation de certains services à Paris et la présence des mêmes individus dans les différents conseils d’administration permet de douter de l’indépendance de chaque affaire par rapport au groupe. Chaque entreprise peut alors apparaître comme une division d’une seule grande affaire, exploitant un réseau sur de nombreux points du territoire. Une seule grande société implantée presque partout. Peut-on toujours parler de modestie ?

À cette époque, Empain commence également à s’intéresser à l’électricité. L’électricité n’est alors qu’un accessoire : on construit une petite usine pour alimenter un réseau de transport. Seuls certains réseaux (les plus rentables, c’est à dire ceux qui desservent des zones densément peuplées) sont électrifiés. Les autres sont encore exploités par traction mécanique.

La plus belle réussite d’Édouard Empain est alors le Métro de Paris, réseau local, mais aux grandes ambitions, qui est la vitrine du groupe. Le projet de Métro, déjà très ancien et qui traîne derrière lui des années de palabres infructueuses, aboutit à la veille de l’exposition universelle de 1900. Empain en obtient la concession, à travers une société, la CMP, dans laquelle il n’apparaît pas. Le Métro, entièrement électrifié dès ses débuts, permet la transition avec la deuxième période.

La deuxième période (1903-1929) nous mène de la création de la Société d’électricité de Paris à la mort du Général Baron. Cette fois l’électricité n’est plus accessoire. C’est désormais l’activité principale ← 469 | 470 du groupe, qui va animer cinq entreprises de production d’électricité. Toutes auront un rôle important, dans trois régions : la région parisienne, le Nord et la région nantaise. Le groupe construit des centrales électriques pour produire de l’énergie thermique. Les centrales sont grandes ou très grandes, très modernes, leur équipement est sans cesse modernisé, ce qui leur permet de produire d’importantes quantités de courant, à faible coût. Les entreprises d’électricité développent leur activité dans leur région, avec une clientèle consommant pour l’éclairage, la traction et/ou la force motrice. Une triple clientèle, donc une grosse consommation. Ceci n’est pas sans effet : plus on produit, moins on produit cher et plus on peut vendre. Cercle vertueux pour un entrepreneur avisé. Le groupe poursuit également l’exploitation de ses entreprises de transport, dont les résultats sont contrastés. Certaines affaires connaissent des difficultés pendant et après la Première Guerre mondiale, alors que d’autres (principalement le Métro de Paris) poursuivent leur croissance. Désormais, si on met à part le Métro de Paris, l’activité transport est passée au second rang, derrière l’activité production et distribution d’électricité.

Très vite, Édouard Empain s’est donc trouvé à la tête d’un groupe, ou, pour employer la terminologie de l’époque, d’un trust (c’est à dire d’un groupe d’entreprises réunies sous une même direction et sous un même contrôle financier). Ceci dans un pays où ce type de groupement économique est alors très rare. Ainsi, en 1906, sur les 900 000 établissements industriels que compte la France, seuls 10 000 comptent plus de 50 ouvriers133. La France est alors le pays de la petite entreprise, familiale, peu audacieuse. Édouard Empain, on l’a compris, n’est pas homme à se couler dans un tel moule. À la veille de la Grande Guerre, le groupe Empain est le plus important des groupes belges actifs dans les transports et l’électricité, en France. Il se place en tête, à la fois par le nombre d’entreprises exploitées en France et par la valeur boursière de ses entreprises.

Cette période d’expansion, ou même la Première Guerre mondiale est surmontée, s’achève avec la mort du fondateur du groupe, le 22 juillet 1929.

La troisième période (1930-1946), ouverte avec la disparition d’Édouard Empain, s’achève lors des nationalisations de l’après-guerre. Période courte, mais riche en évènements. On y assiste à la prise de pouvoir des fils du fondateur, deux jeunes gens très différents l’un de l’autre, très inexpérimentés, qui prennent néanmoins très vite des décisions importantes. Ils excluent du groupe leur oncle, sur lequel leur père s’était pourtant appuyé sa vie durant, mais qui avait failli dans sa mission avunculaire. Ils regroupent l’ensemble des participations dans une nouvelle et unique holding, la société Electrorail, qui vient aux droits ← 470 | 471 des trois sociétés de portefeuille laissées par leur père. Electrorail devient donc la société mère de toutes les entreprises du groupe Empain dans le monde. En ce qui concerne les sociétés françaises, les fils accroissent la centralisation des services centraux à Paris, mais sans changer profondément le groupe. L’équipe sur laquelle les jeunes barons s’appuient est un peu renouvelée, mais, mis à part l’exclusion de leur oncle, il n’y a pas de grand changement : le renouvellement est lié au changement de génération, plus qu’à une volonté de rompre avec le passé.

Au cours de cette période, les entreprises poursuivent leur activité. Des nouvelles centrales électriques sont construites, des centrales anciennes sont mises hors service ou affectées à d’autres usages. Le Métro poursuit sa croissance, absorbe son concurrent le Nord Sud et part à la conquête de la banlieue parisienne. Les entreprises de transport vivent des épisodes variés, le plus souvent difficiles, qui conduisent beaucoup d’entre elles à renoncer à l’exploitation de leurs réseaux. La période est marquée par la crise économique, qui affecte, à des degrés divers, toutes les entreprises.

Le développement de l’électricité est désormais envisagé au niveau du pays. La production d’hydroélectricité se développe, grâce à la construction de barrages de grande taille. Le groupe Empain participe à l’équipement hydraulique, en prenant des participations dans des sociétés productrices d’hydroélectricité.

Le transport de l’électricité est également organisé à cette époque, en plusieurs étapes : les producteurs d’électricité constituent tout d’abord des sociétés de transport à vocation régionale, puis des sociétés à vocation interrégionale, qui sont regroupées dans la Réunion des sociétés de transport d’énergie en 1933. L’évolution aboutit à la création, en 1941, de trois sociétés qui assureront le transport de l’énergie à très haute tension, sur tout le territoire. Comme on peut désormais transporter l’électricité dans tout le pays, on organise également la coordination de l’activité des centrales. Ceci dans un contexte nouveau, où l’État prend une part croissante. L’État devient un acteur du monde de l’électricité, prenant de nombreuses initiatives.

Dans ce nouveau cadre, les producteurs d’électricité cessent de travailler uniquement dans leurs régions. Les différentes entreprises s’entendent et s’organisent pour alimenter l’ensemble du pays et non plus seulement les alentours de leurs centrales. Les sociétés Empain commencent à livrer de l’électricité hydraulique, fabriquée par les sociétés d’hydroélectricité auxquelles elles participent et avec lesquelles leurs centrales sont désormais interconnectées. Elles alimentent également les clients de ces sociétés, lorsque les centrales hydrauliques ne fonctionnent pas.

Cette troisième période est ensuite marquée par la guerre et ses difficultés : bombardements et autres destructions, présence des Allemands ← 471 | 472 dans les usines, pénurie de main d’œuvre, de charbon, manque de nourriture pour tout le monde, difficultés de communication.

Lorsque la guerre s’achève enfin, le groupe subit des épisodes nouveaux. Aristide Antoine, qui avait été exclu de ses fonctions et déchu de la nationalité française en 1940, pour avoir rejoint le Général de Gaulle à Londres, revient et demande des comptes. Jean Empain et trois dirigeants des Tramways de Nantes se voient reprocher leur attitude. Les reproches formulés contre eux n’aboutiront à rien. Mais, entre temps, Jean Empain succombe au mal dont il souffrait depuis plusieurs mois. D’autres griefs, formulés cette fois à l’encontre de la direction de la CMP, s’avèrent plus justifiés et aboutissent au retrait de la concession. Le Métro de Paris échappe au groupe qui l’avait fondé quarante-cinq ans plus tôt. Vient ensuite la nationalisation des entreprises d’électricité. Nationalisation qui ne met pas un terme à l’activité du groupe, la France ayant correctement indemnisé les actionnaires des sociétés d’électricité nationalisées. La France a même signé un traité avec la Belgique, pour organiser l’indemnisation des actionnaires belges des sociétés d’électricité reprises par EDF. Cette indemnisation permet la création en France de nouvelles sociétés, nouvelles filiales d’Electrorail. Le groupe conserve par ailleurs deux entreprises actives et très rentables, la Parisienne électrique et les Forges et ateliers de construction électrique de Jeumont. Désormais dirigées par un second Édouard Empain, neveu du fondateur, les entreprises françaises du groupe Empain lancent de nouvelles affaires, avec notamment l’ambition d’exporter leur savoir-faire. C’est une quatrième phase de son histoire, mais dont nous n’avons pas traité.

Le groupe, bâti sur une activité croissante et rentable, dans un domaine essentiel à l’économie, a donc survécu à la mort de son fondateur, à la crise des années 1930, aux deux guerres mondiales, puis aux évènements de l’après 1945. Amputé de certaines de ses plus belles affaires (les entreprises d’électricité et le Métro), le groupe fonde de nouvelles entreprises et poursuit le développement de celles qui lui restent. Le neveu, puis le petit-fils du Général Baron, ont pu poursuivre l’action du fondateur, jusqu’à la cession, en 1981, de la holding luxembourgeoise qui détenait alors l’ensemble des participations du groupe dans le monde.

Édouard Empain avait créé sa première société française en 1883. Le groupe est resté une affaire familiale, possédée et dirigée par la famille, sur trois générations, pendant presque un siècle. Très longue implantation, que les nationalisations de l’après-guerre n’ont finalement pas trop affecté. Même si la période de l’après libération a modifié grandement sa physionomie, en lui retirant plusieurs de ses plus belles entreprises, le groupe a survécu et même continué à prospérer. Preuve de sa solidité. ← 472 | 473 →


133   J. Bouillon, F. Brunel et A.-M. Sohn, Le XIXe siècle et ses racines, op. cit., p. 246.