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Mémoires de conflits, mémoires en conflits

Affrontements identitaires, tensions politiques et luttes symboliques autour du passé

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Edited By Olha Ostriitchouk

Cet ouvrage part du postulat que le degré d’effervescence mémorielle est proportionnel au degré de violence subie dans le passé ou de silence imposé et perçu comme une injustice non réparée. Les mobilisations mémorielles autour d’un devoir de mémoire prennent souvent la forme violente de « guerres de mémoire ». Leur violence symbolique (ou autre) est en corrélation avec la violence des conflits passés : violence résultant de la conquête de territoires, violence politique des régimes dictatoriaux, violence des vainqueurs envers les vaincus, violence des empires à l’égard de leurs sujets, violence de guerres civiles et de luttes de libération nationale… Querelleuses, les mémoires de conflits alimentent des tensions politiques, susceptibles de déclencher de nouveaux conflits.

Comment ces revendications à caractère purement mémoriel deviennent-elles un enjeu de lutte sociale et politique ? Quelle est l’attitude de l’État face aux visions alternatives, non officielles du passé ? Ces dernières parviennent-elles toujours à modifier le paradigme du grand récit national ? À quelles conditions peut-on arriver à un apaisement mémoriel durable ? Quelles sont les stratégies pour le rapprochement entre deux nations, autrefois belligérantes, ou pour la recherche d’une cohésion au sein d’une société divisée ? Un devoir de mémoire ne devrait-il pas s’accompagner d’un devoir de vérité pour toutes les parties impliquées dans le conflit ? C’est à ces questions, d’ordre d’abord éthique, que tentent de répondre les auteurs de cet ouvrage.

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Mobilisations autour de la réécriturede la guerre civile espagnole

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Juan E. Serrano-Moreno

Professeur associé à l’Université de Murcia

Le 20 novembre, anniversaire simultané de la mort de Franco et de Primo de Rivera1, des hommages à ces deux personnages se sont déroulés sur l’esplanade du Valle de los Caídos, le panthéon où reposent leurs restes, construit par des prisonniers républicains et géré actuellement par des moines bénédictins. En 2007, le gouvernement socialiste a interdit la célébration d’actes d’ « exaltation de la Guerre civile, de leurs protagonistes ou du franquisme » sur ces lieux2. Le 20 novembre 2010, le Foro por la Memoria Madrid, une association dite de « mémoire historique », a convoqué, pour la première fois, au Valle une manifestation pour « la justice, la vérité et la réparation des victimes du franquisme », se retrouvant face à une contre-manifestation pro-franquiste et phalangiste. La tension a augmenté lorsque les deux groupes, composés d’une centaine de personnes chacun, ont commencé à s’insulter et à entonner de vieux hymnes tels que « ¡Viva Franco! » ou « ¡Madrid será la tumba del fascismo! »3. Finalement, la police a dissous la manifestation pro-franquiste qui n’avait pas l’autorisation nécessaire, tandis que l’autre s’est déroulée sans plus d’incidents.←39 | 40→

Cet épisode n’a pourtant rien d’exceptionnel. Dès le milieu des années 1990, les conflits autour de la mémoire de la Guerre civile (1936-1939), du régime franquiste (1939-1978) et, par ricochet, de la transition démocratique (1975-1982)...

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