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Mémoires de conflits, mémoires en conflits

Affrontements identitaires, tensions politiques et luttes symboliques autour du passé

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Edited By Olha Ostriitchouk

Cet ouvrage part du postulat que le degré d’effervescence mémorielle est proportionnel au degré de violence subie dans le passé ou de silence imposé et perçu comme une injustice non réparée. Les mobilisations mémorielles autour d’un devoir de mémoire prennent souvent la forme violente de « guerres de mémoire ». Leur violence symbolique (ou autre) est en corrélation avec la violence des conflits passés : violence résultant de la conquête de territoires, violence politique des régimes dictatoriaux, violence des vainqueurs envers les vaincus, violence des empires à l’égard de leurs sujets, violence de guerres civiles et de luttes de libération nationale… Querelleuses, les mémoires de conflits alimentent des tensions politiques, susceptibles de déclencher de nouveaux conflits.

Comment ces revendications à caractère purement mémoriel deviennent-elles un enjeu de lutte sociale et politique ? Quelle est l’attitude de l’État face aux visions alternatives, non officielles du passé ? Ces dernières parviennent-elles toujours à modifier le paradigme du grand récit national ? À quelles conditions peut-on arriver à un apaisement mémoriel durable ? Quelles sont les stratégies pour le rapprochement entre deux nations, autrefois belligérantes, ou pour la recherche d’une cohésion au sein d’une société divisée ? Un devoir de mémoire ne devrait-il pas s’accompagner d’un devoir de vérité pour toutes les parties impliquées dans le conflit ? C’est à ces questions, d’ordre d’abord éthique, que tentent de répondre les auteurs de cet ouvrage.

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De la guerre des mythes en Biélorussie

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Anna Zadora

Chercheuse associée à l’Université de Strasbourg

La mémoire de la Seconde Guerre mondiale en Biélorussie est une mémoire extrêmement complexe. La République « la plus soviétique de l’URSS »1, la Biélorussie, a assimilé le message des autorités soviétiques et des autorités actuelles sur le rôle fondamental de cet événement pour la construction du récit historique, de la mémoire et de l’identité nationales. La Seconde Guerre mondiale s’est retrouvée au centre de la mémoire nationale biélorusse en tant qu’événement fondateur à cause de la « politique de mémoire » mise en place par le gouvernement soviétique, qui en a fait un événement d’une importance inégalée.

En URSS, la victoire dans la Seconde Guerre mondiale (Grande Guerre patriotique) est devenue un mythe fondateur et un mythe unificateur pour un peuple soviétique imaginé. Elle est présentée comme l’événement à partir duquel tous les peuples de l’URSS ont uni leurs forces pour engager un combat glorieux et victorieux contre le nazisme. L’héroïsme, le patriotisme, le dévouement aux idéaux soviétiques allaient de pair avec le rôle directeur du Parti communiste et de son leader Staline, qui a guidé le peuple soviétique vers la victoire. Cette victoire a été aussi présentée comme la confirmation de la supériorité du modèle soviétique...

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