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Mémoires de conflits, mémoires en conflits

Affrontements identitaires, tensions politiques et luttes symboliques autour du passé

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Edited By Olha Ostriitchouk

Cet ouvrage part du postulat que le degré d’effervescence mémorielle est proportionnel au degré de violence subie dans le passé ou de silence imposé et perçu comme une injustice non réparée. Les mobilisations mémorielles autour d’un devoir de mémoire prennent souvent la forme violente de « guerres de mémoire ». Leur violence symbolique (ou autre) est en corrélation avec la violence des conflits passés : violence résultant de la conquête de territoires, violence politique des régimes dictatoriaux, violence des vainqueurs envers les vaincus, violence des empires à l’égard de leurs sujets, violence de guerres civiles et de luttes de libération nationale… Querelleuses, les mémoires de conflits alimentent des tensions politiques, susceptibles de déclencher de nouveaux conflits.

Comment ces revendications à caractère purement mémoriel deviennent-elles un enjeu de lutte sociale et politique ? Quelle est l’attitude de l’État face aux visions alternatives, non officielles du passé ? Ces dernières parviennent-elles toujours à modifier le paradigme du grand récit national ? À quelles conditions peut-on arriver à un apaisement mémoriel durable ? Quelles sont les stratégies pour le rapprochement entre deux nations, autrefois belligérantes, ou pour la recherche d’une cohésion au sein d’une société divisée ? Un devoir de mémoire ne devrait-il pas s’accompagner d’un devoir de vérité pour toutes les parties impliquées dans le conflit ? C’est à ces questions, d’ordre d’abord éthique, que tentent de répondre les auteurs de cet ouvrage.

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Les combattants-prisonniers français de la Guerre d’Indochine : les difficiles chemins de la reconnaissance

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Julien Mary

Doctorant en histoire à l’Université Paul-Valéry de Montpellier

Guerre coloniale mal assumée ou conflit de Guerre froide non reconnu, entamée au terme d’une guerre mondiale dont l’Europe se remet doucement ; prétendue « sale guerre » honnie par les « traîtres » et occultée par le plus grand nombre ; lutte perdue d’avance contre une multitude d’ennemis, effrayants et admirés, supérieurs en nombre et en volonté de vaincre ; guerre « dissolutive » de l’union nationale, menée par des soldats professionnels et coloniaux ; et surtout guerre perdue, malgré l’énormité du sacrifice consenti1… Nombre d’anciens combattants de la guerre d’Indochine (1945/46-1954) affichent une mémoire d’autant plus à vif de leur guerre qu’elle leur paraît exclue de la mémoire officielle. Après 1954, les anciens combattants français d’Extrême-Orient ont poursuivi leur carrière dans le civil, ou participé à la guerre d’Algérie (1954-1962), et ne se sont souvent que tardivement intéressés à la construction d’une histoire2 et d’une mémoire nationalisées de la guerre d’Indochine, toutes deux demeurant par ailleurs largement aux mains des officiers jusqu’à la fin du XXe siècle. Pour Anne Logeay, la bataille finale de Dien Bien Phu, et par-delà la guerre d’Indochine dans son ensemble, ressortissent ainsi d’ « une mémoire de témoin, mais qui n’est pas relayée par les générations suivantes, et vient se heurter de plein fouet à d’autres mémoires3 », telles←159 | 160→ que celles des deux...

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