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Mémoires de conflits, mémoires en conflits

Affrontements identitaires, tensions politiques et luttes symboliques autour du passé

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Olha Ostriitchouk

Cet ouvrage part du postulat que le degré d’effervescence mémorielle est proportionnel au degré de violence subie dans le passé ou de silence imposé et perçu comme une injustice non réparée. Les mobilisations mémorielles autour d’un devoir de mémoire prennent souvent la forme violente de « guerres de mémoire ». Leur violence symbolique (ou autre) est en corrélation avec la violence des conflits passés : violence résultant de la conquête de territoires, violence politique des régimes dictatoriaux, violence des vainqueurs envers les vaincus, violence des empires à l’égard de leurs sujets, violence de guerres civiles et de luttes de libération nationale… Querelleuses, les mémoires de conflits alimentent des tensions politiques, susceptibles de déclencher de nouveaux conflits.

Comment ces revendications à caractère purement mémoriel deviennent-elles un enjeu de lutte sociale et politique ? Quelle est l’attitude de l’État face aux visions alternatives, non officielles du passé ? Ces dernières parviennent-elles toujours à modifier le paradigme du grand récit national ? À quelles conditions peut-on arriver à un apaisement mémoriel durable ? Quelles sont les stratégies pour le rapprochement entre deux nations, autrefois belligérantes, ou pour la recherche d’une cohésion au sein d’une société divisée ? Un devoir de mémoire ne devrait-il pas s’accompagner d’un devoir de vérité pour toutes les parties impliquées dans le conflit ? C’est à ces questions, d’ordre d’abord éthique, que tentent de répondre les auteurs de cet ouvrage.

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La guerre dans le cinéma russe de la transition (1980-2002) comme moyen d’expression réflexif face à la violence étatique

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David Maurice

Doctorant en histoire à l’Université de Sherbrooke

L’effet mobilisateur que la Grande Guerre patriotique et la victoire sur le nazisme ont eu sur la société soviétique, a été largement récupéré par le milieu artistique. Cela a contribué à la création d’un ciment social sur lequel le régime a construit une grande part de sa légitimité politique, et ce jusque dans les années 1970. Toutefois, l’ouverture consentie par Mikhaïl Gorbatchev à l’émergence d’une opinion publique, au cours de la décennie suivante, ébranlera considérablement les bases du parti qui le porta au pouvoir, au point de le voir s’effondrer. Durant cette période charnière, dite « de la transition » (années 1980 et 1990), on assistera à une déconstruction de la parenthèse soviétique par la mise en exergue de la violence engendrée par l’État envers ses citoyens et par là à un processus de reconstruction identitaire sur de nouvelles bases. Le cinéma a pendant longtemps été un genre artistique de prédilection pour la promotion des évènements fondateurs soviétiques, tels que la Révolution bolchévique, la guerre civile et la Grande Guerre patriotique. Il jouera dorénavant un rôle d’avant-garde dans le processus d’anamnèse collective1.

La décision de projeter, à la suite du premier congrès des cinéastes soviétiques de 1986, certains films très critiques à l’égard du régime et...

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