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Mémoires de conflits, mémoires en conflits

Affrontements identitaires, tensions politiques et luttes symboliques autour du passé

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Edited By Olha Ostriitchouk

Cet ouvrage part du postulat que le degré d’effervescence mémorielle est proportionnel au degré de violence subie dans le passé ou de silence imposé et perçu comme une injustice non réparée. Les mobilisations mémorielles autour d’un devoir de mémoire prennent souvent la forme violente de « guerres de mémoire ». Leur violence symbolique (ou autre) est en corrélation avec la violence des conflits passés : violence résultant de la conquête de territoires, violence politique des régimes dictatoriaux, violence des vainqueurs envers les vaincus, violence des empires à l’égard de leurs sujets, violence de guerres civiles et de luttes de libération nationale… Querelleuses, les mémoires de conflits alimentent des tensions politiques, susceptibles de déclencher de nouveaux conflits.

Comment ces revendications à caractère purement mémoriel deviennent-elles un enjeu de lutte sociale et politique ? Quelle est l’attitude de l’État face aux visions alternatives, non officielles du passé ? Ces dernières parviennent-elles toujours à modifier le paradigme du grand récit national ? À quelles conditions peut-on arriver à un apaisement mémoriel durable ? Quelles sont les stratégies pour le rapprochement entre deux nations, autrefois belligérantes, ou pour la recherche d’une cohésion au sein d’une société divisée ? Un devoir de mémoire ne devrait-il pas s’accompagner d’un devoir de vérité pour toutes les parties impliquées dans le conflit ? C’est à ces questions, d’ordre d’abord éthique, que tentent de répondre les auteurs de cet ouvrage.

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Bogumil Jewsiewicki

Professeur émérite à l’Université Laval

En introduction à ce volume, Olha Ostriitchouk fait remarquer que les acteurs politiques mobilisent de préférence la mémoire de la violence lorsqu’ils sont à la recherche d’un catalyseur identitaire. Pourtant, comme elle le rappelle en se référant à Boris Cyrulnik, les représentations mémorielles du passé ne sont que des chimères. Les éléments qui les composent sont réellement advenus, mais l’ensemble n’est que représentation qui, seule, rend le présent intelligible. C’est l’ensemble des représentations partagées par les membres d’un groupe, ce qu’Halbwachs qualifie de « mémoire collective » lorsqu’il s’efforce de comprendre pourquoi les gens qui partagent un présent semblent de concert se souvenir d’un même passé. Halbwachs met l’accent sur le partage des représentations et non pas sur le vécu des faits advenus, et ce, parce que ce sont les représentations qui donnent sens au présent de la mémoire. Il ne nous semble pas alors inutile de souligner, comme l’écrit Corinne Bonafoux dans ce volume, la nécessité d’étudier la tension entre, d’une part, ce qui est advenu jadis, puis est devenu objet d’histoire ou de mémoire, et, de l’autre, la mémoire elle-même, soit une représentation. Lorsqu’on passe du souvenir intime, personnel, éventuellement devenu commun pour un cercle restreint d’intimes, aux représentations partagées par un groupe large, la mémoire change de...

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