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Jeux de nature, natures en jeu

Des loisirs aux prises avec l’écologisation des sociétés

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Ludovic Ginelli

Les « sports et loisirs de nature » sont de plus en plus massivement pratiqués en France et dans le monde mais cet engouement est sélectif. Certains usages déclinent, sont contestés dans leur légitimité, voire interdits. Que révèlent ces tendances à propos de nos rapports à l’environnement et plus largement, des tensions induites par l’écologisation des sociétés ? Comment un loisir de nature en vient-il à être qualifié ou non d’écologique ? Quels en sont les enjeux et les effets ?

Pour le comprendre, l’auteur clarifie tout d’abord les liens entre deux processus normatifs de premier plan dans les loisirs de nature : la sportivisation et l’écologisation. Sa démarche combine l’analyse socio-historique des référentiels d’usages et l’enquête de terrain pour analyser les expériences socio-environnementales associées aux sports et loisirs de nature et leurs reformulations éventuelles en termes écologiques. Un focus est réalisé sur des chasses anciennes, le kayak de mer, la chasse sous-marine et la chasse à l’arc. Ces usages très différents par leur histoire, leurs publics et leurs techniques sont pourtant travaillés par des processus analogues dans deux « hauts lieux de nature » en partie protégés, le bassin d’Arcachon et les Calanques de Marseille. Au-delà de l’étude de cas, ce livre plaide pour la constitution d’un espace de discussion plus complexe autour des nouvelles questions normatives que pose la généralisation de l’impératif écologique dans la société. Le succès d’une politique environnementale est à ce prix.

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Chapitre 6. L’emprise de la norme d’exemplarité écologique

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Chapitre 6

L’emprise de la norme d’exemplarité écologique

Dans ce chapitre, nous interrogeons la dimension environnementale des loisirs de nature à partir de situations dites ordinaires, où les personnes agissent et évaluent leur environnement en s’appuyant sur des catégorisations1 et des normes souvent implicites2. Nous aborderons ici les catégorisations comme des « aiguilleurs de l’expérience » et « en actions » (Chauvin, 2006 : 32) conformément à la démarche pragmatiste.

Pour caractériser ces situations où se travaille l’écologisation de « passions cognitives » telles que les chasses aux oiseaux migrateurs, la chasse à l’arc, la chasse sous-marine et le kayak de mer, nous distinguerons plusieurs formes de « coprésence ». Ce concept a été avancé par la tradition interactionniste et pragmatiste (en particulier I. Joseph en France) à propos des modes de fréquentation, d’appropriation d’espaces urbains et des sociabilités qui leur sont associées. Il permet d’englober une palette de situations sociales, allant des interactions régulières et stabilisées entre adeptes d’un même usage, aux échanges les plus furtifs voire à l’évitement avec d’autres usagers des lieux. Nous nous inspirons plus directement ici de Banos et Candau (2014) qui mobilisent ce concept à propos d’un espace rural particulièrement naturalisé et patrimonialisé, la Dordogne. Leur analyse des différents engagements des personnes (indifférence, expression de points de vue contradictoires, échanges plus superficiels mais nécessitant des gages de civilité) en situations de coprésence organisée ou non nous sera particulièrement utile ici....

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