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Jeux de nature, natures en jeu

Des loisirs aux prises avec l’écologisation des sociétés

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Ludovic Ginelli

Les « sports et loisirs de nature » sont de plus en plus massivement pratiqués en France et dans le monde mais cet engouement est sélectif. Certains usages déclinent, sont contestés dans leur légitimité, voire interdits. Que révèlent ces tendances à propos de nos rapports à l’environnement et plus largement, des tensions induites par l’écologisation des sociétés ? Comment un loisir de nature en vient-il à être qualifié ou non d’écologique ? Quels en sont les enjeux et les effets ?

Pour le comprendre, l’auteur clarifie tout d’abord les liens entre deux processus normatifs de premier plan dans les loisirs de nature : la sportivisation et l’écologisation. Sa démarche combine l’analyse socio-historique des référentiels d’usages et l’enquête de terrain pour analyser les expériences socio-environnementales associées aux sports et loisirs de nature et leurs reformulations éventuelles en termes écologiques. Un focus est réalisé sur des chasses anciennes, le kayak de mer, la chasse sous-marine et la chasse à l’arc. Ces usages très différents par leur histoire, leurs publics et leurs techniques sont pourtant travaillés par des processus analogues dans deux « hauts lieux de nature » en partie protégés, le bassin d’Arcachon et les Calanques de Marseille. Au-delà de l’étude de cas, ce livre plaide pour la constitution d’un espace de discussion plus complexe autour des nouvelles questions normatives que pose la généralisation de l’impératif écologique dans la société. Le succès d’une politique environnementale est à ce prix.

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Partie 3. Écologisation(s) De l’exemplarité écologique à la surenchère

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Partie 3

Écologisation(s) De l’exemplarité écologique à la surenchère

Les loisirs de nature sont donc recherchés pour les expériences socio-environnementales spécifiques qu’ils procurent à leurs adeptes. Qu’advient-il de ces expériences et de leurs différentes dimensions (sociales, techniques, émotionnelles) dans les moments critiques où se joue leur « écologisation » ? Rappelons-le, nous avons proposé de désigner par ce terme des entreprises de recadrage cognitif et normatif – un changement dans la manière de penser et de juger une conduite sociale – visant à une inflexion écologique plus ou moins forte des normes (légales ou implicites) et pratiques sociales en vigueur dans le domaine considéré (l’agriculture, la gestion des sports et loisirs de nature, la forêt…). Elle peut s’appuyer sur des normes précises (par exemple, le respect des rythmes biologiques de la faune sauvage) généralement portées par des acteurs institutionnels, ou bien être menée de façon plus informelle par des acteurs plus divers (associations mais aussi usagers, citoyens…) se référant à de registres pluriels (éthiques environnementales, écologie scientifique ou militante…), souvent imbriqués en situation. Dans ce contexte, certains usagers endossent un rôle que nous qualifierons « d’entrepreneurs d’écologisation », puisqu’ils sont à la fois des entrepreneurs de cause au sens de Gusfield et des entrepreneurs de morale, dirait Becker. Ils peuvent agir à titre personnel et de façon diffuse dans différentes situations de co-présence, ou bien être mandatés en tant que professionnels ou...

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