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Jacques-René Rabier

Fonctionnaire-militant au service d’une certaine idée de l’Europe

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Michel Theys

Montmartrois né en en 1919, Jacques-René Rabier a vu sa vie professionnelle épouser l’Europe telle qu’elle se construit depuis la « Déclaration Schuman » en 1950. Engagé par Jean Monnet au Commissariat général du Plan, il le rejoint à Luxembourg où vient de s’installer la Haute Autorité de la Communauté européenne du charbon et de l’acier. Comme il a une plume que le « père de l’Europe » apprécie, il devient le porte-parole de l’Institution. Son destin est scellé : quelques années plus tard, il jette les fondations du Service de presse et d’information de la Commission européenne dont il deviendra un jour le Directeur général. En 1973, le premier élargissement de la Communauté lui coûte sa place, mais n’entame pas sa passion de servir la cause de l’Europe : c’est en tant que « retraité volontaire » qu’il donnera à la Commission un outil statistique, l’Eurobaromètre, qui continue à faire autorité de nos jours. A travers la vie de ce fonctionnaire militant de l’Europe, ce sont des acteurs, connus et méconnus, de la fantastique aventure qu’a constitué la construction européenne à ses origines qui reprennent vie. A travers le regard posé par ce personnaliste, ce sont aussi les idéaux qui animaient les acteurs de ce saut dans l’inconnu qui se laissent à nouveau apprécier, à mille lieues des moroses réalités actuelles. Cette biographie est un appel : pourquoi ne pas en revenir aux idéaux originels ?

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Chapitre III. L’Inspirateur

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Chapitre III

L’Inspirateur

« Parce que Monnet ! »

Le 9 mai 1950, à 18 h, Jacques-René Rabier est « évidemment » au Salon de l’Horloge du Quai d’Orsay pour écouter la déclaration de Robert Schuman. Si vous osez un « pourquoi évidemment ? », le cri du cœur – ou, plutôt, de la fidélité – fuse, implacable : « Parce que Monnet ! » Parce que c’était Monnet…

Et pourtant, pourquoi ?

Jacques-René Rabier aime à dire et répéter que Monnet était homme à ne se consacrer qu’à une seule idée à la fois, écartant de son esprit tout ce qui pourrait l’en divertir et entraver sa concrétisation. Pourquoi le commissaire général du Plan, tout affairé à favoriser le redressement économique de la France, se laisse-t-il gagner, à la fin des années 1940, par une autre idée ? Pour Rabier, tout simplement parce que c’est… la même ou, à tout le moins, le prolongement de la première : « Monnet était arrivé vers 1948–1949 à la conviction que le champ hexagonal était trop limité pour un développement de l’économie française dont le Plan qui porte son nom avait jeté les bases »1.

Devant ce constat, Monnet se laisse inspirer, dans un premier temps, par ses sympathies et accointances anglo-saxonnes. Pas même dix ans plus tôt, en juin 1940 à Londres, il avait proposé au général de Gaulle et à Winston Churchill que la France et le Royaume-Uni unissent leurs destinées, avec...

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