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La sacralisation à l’œuvre dans l’expérience littéraire

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Edited By Raymond Michel and Marta Inés Waldegaray

Cet ouvrage interroge la notion de sacralisation comme modèle d’action ou comme force performative de la pensée. La précipitation propre aux temps modernes défie toute possibilité de prévisibilité, esquive le passé, bouleverse l’avenir, car la modernité vénère moins le sens du passé vécu et l’expérience des générations antérieures qu’elle ne célèbre l’affirmation du temps utile et la progression par le changement et la nouveauté. Portant sur un corpus des XIXe et XXe siècles, francophone ou non, les études rassemblées ici traitent de la sacralisation du littéraire opérée par le sujet lecteur. En quoi cette sacralisation diffère-t-elle de la sacralisation religieuse ? Quels sont les gestes qui la constituent ? D’où émane l’impression de sacralité inhérente aux expériences esthétiques, à la lecture littéraire en l’occurrence ? L’articulation entre sacralité et rythme temporel dans l’expérience littéraire oriente non seulement l’examen du rôle du sacré comme usage toujours distancié et vénéré de l’objet à examiner, mais aussi comme expérience auratique pouvant mener à une certaine forme de résistance ou de contre-conduite. Aborder la sacralité du littéraire en relation avec le bouleversement de l’expérience du temps inhérente à la modernité et les fractures de notre univers postmoderne suppose une relecture à travers un prisme interdisciplinaire. Il s’agit donc pour l’ensemble des auteurs de ce volume de voir, à partir de corpus et points de vue divers, comment la (dé)sacralisation est à l’œuvre et fait œuvre dans la littérature.

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Tentation et contagion du sacré dans l’avant-garde des années trente (Pierre-Henri Kleiber)

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Tentation et contagion du sacré dans l’avant-garde des années trente

Pierre-Henri KLEIBER

Université de Cergy-Pontoise

Le mouvement des avant-gardes des années trente autour d’André Breton et de Georges Bataille a affiché une position de plus en plus critique à l’égard d’un monde coupé de ses racines mythiques. Ce monde, produit de la collusion entre rationalisme, bourgeoisie, capitalisme et utilitarisme, invite par son insuffisance à faire retour aussi bien individuellement aux sources vives d’un entendement humain conçu à nouveaux frais que collectivement à des formes de sociétés immergées dans le sacré : goût pour le primitivisme d’un côté, dont le surréalisme a été à bien des égards le relais ; goût pour les sociétés archaïques et anciennes de l’autre, mises en évidence par l’école sociologique française (Émile Durkheim, Lucien Lévy-Bruhl, Marcel Mauss), mais aussi par les études de mythologie comparée de Georges Dumézil, sans compter les travaux de James Frazer. La critique générale de la civilisation contemporaine est alimentée par l’opposition entre pensée logique et pensée magique, « penser dirigé » et « penser non-dirigé » (selon la distinction féconde qu’exploite Tristan Tzara1), vie quotidienne et expérience poétique, société moderne dévitalisée, désenchantée, acédieuse, et sociétés primitives, totémiques, ritualisées. L’avidité de vie sacrée s’accommode mal de la tare du monde moderne : la privation de mythe, laquelle conduit les surr...

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