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La sacralisation à l’œuvre dans l’expérience littéraire

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Raymond Michel and Marta Inés Waldegaray

Cet ouvrage interroge la notion de sacralisation comme modèle d’action ou comme force performative de la pensée. La précipitation propre aux temps modernes défie toute possibilité de prévisibilité, esquive le passé, bouleverse l’avenir, car la modernité vénère moins le sens du passé vécu et l’expérience des générations antérieures qu’elle ne célèbre l’affirmation du temps utile et la progression par le changement et la nouveauté. Portant sur un corpus des XIXe et XXe siècles, francophone ou non, les études rassemblées ici traitent de la sacralisation du littéraire opérée par le sujet lecteur. En quoi cette sacralisation diffère-t-elle de la sacralisation religieuse ? Quels sont les gestes qui la constituent ? D’où émane l’impression de sacralité inhérente aux expériences esthétiques, à la lecture littéraire en l’occurrence ? L’articulation entre sacralité et rythme temporel dans l’expérience littéraire oriente non seulement l’examen du rôle du sacré comme usage toujours distancié et vénéré de l’objet à examiner, mais aussi comme expérience auratique pouvant mener à une certaine forme de résistance ou de contre-conduite. Aborder la sacralité du littéraire en relation avec le bouleversement de l’expérience du temps inhérente à la modernité et les fractures de notre univers postmoderne suppose une relecture à travers un prisme interdisciplinaire. Il s’agit donc pour l’ensemble des auteurs de ce volume de voir, à partir de corpus et points de vue divers, comment la (dé)sacralisation est à l’œuvre et fait œuvre dans la littérature.

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La sacralisation de l’expérience littéraire : spéculation, croyances et modes d’existence (Raymond Michel)

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La sacralisation de l’expérience littéraire : spéculation, croyances et modes d’existence

Raymond MICHEL

Université de Lorraine

                       La conscience d’un monde réel et significatif est intimement liée à la découverte du sacré. Par l’expérience du sacré, l’esprit humain a saisi la différence entre ce qui se révèle comme étant réel, puissant, riche et significatif, et ce qui est dépourvu de ces qualités, c’est-à-dire le flux chaotique et dangereux des choses, leurs apparitions et disparitions fortuites et vides de sens1.

Il est courant, en se référant aux travaux de Max Weber2, de déplorer « le destin de notre époque, caractérisée par la rationalisation, par l’intellectualisation et surtout par le désenchantement du monde3 ». En effet, le désenchantement et la désacralisation du monde4, selon l’auteur de la Sociologie de la religion, sont l’aboutissement d’un long processus qui a vu converger deux mouvements qui se sont confortés l’un l’autre : d’une part, une rupture du religieux avec la magie, si bien que celui-là, en s’intériorisant, s’est coupé de ses racines sensibles et charnelles, et, d’autre part, un recours hégémonique et irrésistible aux sciences pour décrire et expliquer le monde. L’intellectualisation du monde a donc pris le pas sur toutes les théodicées, ce monde tendant dès lors à se séculariser en excluant Dieu et la religion des pratiques sociales et de...

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