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Development by Free Trade? Développement à travers le libre-échange?

The Impact of the European Unions’ Neoliberal Agenda on the North African Countries Les enjeux de l’agenda néolibéral de l’Union européenne pour les pays de l’Afrique du Nord

Edited By Gisela Baumgratz, Khaled Chaabane, Werner Ruf and Wilfried Telkämper

One year ago the negotiations between Tunisia and the European Union about a deep and comprehensive free trade agreement (DCFTA) had started in Tunis. Experts from both sides of the Mediterranean accepted to contribute to this book in order to foster the public debate in the North-African countries by informing actors of the civil society about the risks of this new generation of free trade agreements of the EU for the respective countries and their population. In fact, by analyzing the impact of the structural adjustment programs of the World Bank and the International Monetary Fund in Tunisia, Morocco and Algeria since the late 1980s followed up by the EU’s free trade policy, the authors seriously doubt about the positive effects on development and prosperity promised by the promotors of free trade. They underline, on the contrary, that it is the EU which profits from the asymmetric power-relations in order to pursue its economic and especially its security interests related to "illegal migration".

Publié un an après le début des négociations sur l’Accord de libre échange complet et approfondi (ALECA) entre la Tunisie et l’Union européenne, cet ouvrage veut contribuer au débat public dans les pays concernés et alerter les acteurs de la société civile sur les risques que comporte cette nouvelle génération des accords de libre-échange de l’UE. Les experts nord-africains et européens réunis pour débattre des enjeux de la politique économique de l’UE vis-à-vis des pays de l’Afrique du Nord mettent sérieusement en cause la promesse de développement et de prospérité du libre-échange. Analysant l’impact de cette politique entamée par la Banque mondiale et le FMI depuis les années 1980 en Tunisie, en Algérie et au Maroc et poursuivie par l’UE, ils soulignent au contraire que l’UE profite de l’asymétrie des relations de pouvoir pour poursuivre ses intérêts économiques et sécuritaires liés à la « migration illégale ».

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Instrumentaliser la coopération pour sortir du sous-développement et de la dépendance ? (Hartmut Elsenhans)

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Hartmut Elsenhans

Instrumentaliser la coopération pour sortir du sous-développement et de la dépendance ?

L’argument central de ma contribution consiste à développer l’idée que le commerce extérieur n’a qu’un impact relatif sur la croissance, indépendamment de l’orientation des flux d’échange avec l’étranger, dans le sens de la substitution d’importation ou celui de l’exportation de produits manufacturés. Dans les deux cas, la centralité des structures internes est décisive. Les rapports de force favorables aux masses populaires permettent de créer des marchés intérieurs dynamiques qui provoquent des économies d’échelle avec des baisses des coûts unitaires de production, permettant souvent le recours à la production locale de biens d’équipement. De même, plus le niveau d’emploi est élevé, plus l’emploi supplémentaire dans les secteurs d’exportation provoque la raréfaction de la main-d’œuvre, et donc des hausses tendancielles des revenus qui constituent la base de l’élargissement de la production en direction du marché intérieur.

La contribution du commerce extérieur et, donc, de la stratégie économique à la croissance est, par conséquent, complexe. Dans un monde, où, de manière pré-keynésienne, la croissance est interprétée comme le résultat de l’accumulation du capital (physique), le commerce extérieur contribue à la croissance par l’augmentation des valeurs exportées (par la hausse des quantités et/ou des prix des produits exportés) et aussi par des effets de spécialisation. Si la croissance est interprétée comme le résultat de l’augmentation de la consommation des masses et la possibilité de lancer la production de biens d’équipement, à partir de grandes séries de production, le commerce extérieur contribue alors à la croissance, moins par la disponibilité de ressources gagnées grâce à l’exportation que par l’utilisation plus efficace des ressources.

Dans l’interaction de l’économie avec l’extérieur, deux buts peuvent être poursuivis : d’une part une croissance des revenus (surtout par l’augmentation des prix des produits exportés) ou une spécialisation favorable à l’apprentissage technique. Celle-ci peut favoriser la transformation de l’économie et de la société par l’augmentation de l’emploi tandis que la hausse des prix des produits exportés tend à favoriser l’élargissement de la demande locale pour le marché des biens sophistiqués. Il y a conflit ← 233 | 234 → d’intérêts dans la plupart des cas concrets entre la maximisation des revenus à partir des exportations et la maximisation des effets transformateurs de la croissance des exportations. La Chine a certainement privilégié les effets de transformation en choisissant délibérément une monnaie dévaluée tandis que les pays de l’OPEP ont pu maximiser leurs revenus.

Derrière cette alternative, gît une caractéristique fondamentale de la production. Tout produit constitue une valeur, exprimée par son prix, qui reflète ses coûts de production et qui est, donc, liée à la valeur-travail dépensée au cours de sa fabrication. D’autre part, tout produit a une incidence sur les travailleurs associés à sa réalisation, ce qui peut contribuer à élever leur compétence technique. L’impact de chacun de ces effets, dans des produits spécifiques, peut différer. Le développement consiste en la spécialisation sur les produits dans lesquels l’effet apprentissage/transformation est important.

Toute stratégie de sortie de la dépendance et du sous-développement va consister en une combinaison de mesures pour accroître les revenus et de mesures pour développer l’emploi par la spécialisation appropriée de l’économie afin de maximiser la transformation de celle-ci. La création d’emplois, même mal rémunérés, permet un « learning by doing » des travailleurs. Les principes, sur lesquels une telle combinaison doit reposer, font l’objet de cette communication.

1. Capitalisme et consommation de masse : défendre l’augmentation des revenus de masse ne nuit pas forcément à la croissance

J’ai présenté l’analyse du capitalisme à laquelle je me réfère dans plusieurs publications (Elsenhans 2011a : 33-39 ; 2011b : 10-18 ; 2015a : 7-11). Je résumerai donc cette interprétation sans donner des détails ou de justification empirique.

Tout capitalisme est caractérisé par la production simultanée de biens de consommation de masse et de biens d’équipement car les dépenses pour les biens d’équipement constituent la base de l’émergence du profit. Ce que certains appellent « capitalisme périphérique » est constitué des structures rentières qui peuvent dépendre du système capitaliste mondial, sans être elles-mêmes déterminées par la logique capitaliste.1

Le profit, à la différence de la rente ou de la taxe, est déterminé par des marchés compétitifs sans intervention d’un mécanisme de pouvoir politique. Afin que les capitalistes2 du secteur des biens de consommation ← 234 | 235 → puissent vendre leurs produits avec profit, il leur faut une clientèle non employée et non rémunérée par eux-mêmes, donc travaillant dans le secteur des biens de consommation ou par un service public financé par les taxes prélevées sur ce secteur. L’idée que le capitaliste a accès au surplus en donnant à l’ouvrier une rémunération inférieure à la valeur créée par cet ouvrier est fausse. Il a seulement accès au profit s’il est capable de vendre ce produit sur un marché, donc s’il a une demande qui permet de vendre le produit à sa valeur-travail supposée, dans notre exemple, comme supérieure au salaire payé à l’ouvrier. Le capitaliste n’obtient pas le pouvoir d’achat pour réaliser la plus-value sur le marché en abaissant les salaires de ses ouvriers. Le seul secteur de l’économie à budget étatique et balance commerciale équilibrés, qui puisse leur procurer alors des revenus à utiliser pour des biens de consommation, c’est celui de la production de biens d’investissement (Kalecki 1942).3

Les capitalistes procéderont à de tels investissements seulement en cas de technologies nouvelles qui réduisent les coûts (investissements servant à la rationalisation) ou de marchés en expansion (investissements servant à l’augmentation de la production). Les investissements de rationalisation réduisent la somme des rémunérations payées à tous les participants, entrepreneurs capitalistes, producteurs de semi-produits, ou ouvriers, par rapport aux quantités produites. Le pouvoir d’achat diminue par rapport à la « richesse » produite, ce qui finalement réduit aussi l’investissement. Seule l’expansion des marchés permet donc aux entrepreneurs de procéder à des investissements nets dans l’économie réelle, des investissements bruts supérieurs aux amortissements. Les capitalistes ne peuvent investir sans être assurés d’un marché et ne peuvent augmenter leur propre consommation, afin de ne pas perdre leur compétitivité : ils ne peuvent, d’eux-mêmes, combler le déficit de la demande.4 ← 235 | 236 →

L’émergence du profit n’a pas été possible, en dehors du pouvoir de contestation des classes laborieuses dans des situations d’emploi certes très différentes, puisqu’au début du capitalisme le salariat ne concernait qu’une minorité. La loi contre la pauvreté, tellement décriée par Marx, constituait un mécanisme de redistribution du surplus, accaparé sous forme de rente par des puissants (Elsenhans 1992). Il y eut diminution du surplus par diminution des rentes, augmentation de la consommation des masses et consécutivement, augmentation du profit à cause des dépenses d’investissement provoquées par la hausse de la demande pour des produits simples.

On peut penser que l’augmentation des revenus des masses est le résultat de luttes politiques. En fait, les masses sont sans grand pouvoir d’offensive à la naissance du capitalisme en Europe, comme aujourd’hui dans le Tiers Monde. L’autre éventualité réside dans la raréfaction de la main-d’œuvre en raison de l’augmentation de l’emploi, à la suite de la croissance de l’économie. Aussi longtemps qu’une économie est caractérisée par la marginalité (Elsenhans 1994), c’est-à-dire par l’existence d’une population marginale qui produit moins que ce qu’elle doit inévitablement consommer (la théorie du développement économique des années 1950 l’avait appelée « surplus population », Lewis 1954), la main-d’œuvre ne peut pas être rare, et donc les salaires réels ne peuvent pas augmenter, même si la productivité s’élève. Toute stratégie de développement consiste alors dans des mesures de réduction de l’impact économique des marginaux sur le marché du travail.

Le développement autocentré, organisé par l’État, consiste à investir des ressources financières appropriées, par une institution non marchande, libérée de l’obligation de faire des profits pour créer des emplois, en l’absence d’une demande solvable pour les produits ainsi créés. L’orientation vers les exportations de produits manufacturés consiste à baisser les coûts internationaux de la main-d’œuvre locale afin de la rendre compétitive sur le marché mondial tout en canalisant des ressources d’origine intérieure vers la consommation des ouvriers nouvellement employés. L’efficacité de telles mesures politiques et d’autres mesures non décrites ici diminue avec leur extension. La transition d’une économie sous-développée vers le capitalisme exige normalement le recours à l’économie mixte. Sans intervention politique, le mécanisme capitaliste ne peut être reproduit dans un pays sous-développé (Elsenhans 1997).

2. La contrainte extérieure : être exploité afin de se transformer et se développer

La spécialisation des pays du Sud a longtemps découragé la transition vers le capitalisme en raison de la spécialisation dans des produits de luxe (Chine et Inde anciennes) ou dans des matières premières produites avec des biens ← 236 | 237 → d’équipement importés (produits minéraux) ou n’utilisant que peu de biens d’équipement (produits agricoles).

Les pays du Sud étaient alors exclus des filières où l’apprentissage technique était concentré. Par l’introduction de mesures de rationalisation, toute production de masse conduit à des innovations techniques, qui permettent la réalisation des désirs ou des rêves. Personne n’a pensé pouvoir produire le tapis volant mais, à partir du moteur à combustion, la mécanique du vélo et certaines lois aérodynamiques, le rêve de la production d’un avion est devenu une réalité. Au berceau de l’automobile, vinrent le vélo et la machine à coudre.

Les rentes externes du Sud, issues de l’exportation des matières premières, ont disparu à partir des années 1980 en raison de la disparition des productions chères dans le Nord et de la compétition intensifiée entre les pays du Sud qui, elle aussi, a fait disparaître les rentes différentielles dans bien des cas. Les pays impérialistes furent prêts à accepter la disparition des rentes différentielles en transférant de plus en plus la production de matières premières dans le Sud (à l’exception du pétrole). Les prix continuèrent à baisser, ce qui fut décrit comme détérioration des termes de l’échange. Les économies du Sud se virent alors spécialisées dans les produits manufacturés intensifs en travail, comme dans le cas de la Tunisie.

La nouvelle division du travail est inégale sur le plan des valeurs échangées (produits manufacturés bon marché), mais ces « pertes » des pays exportateurs offrent au moins une voie vers un rattrapage.

Les succès des pays de l’Est asiatique dans les exportations de produits manufacturés ne sont pas dus à des salaires particulièrement bas mais à des coûts de travail effectivement bas qui dépendent du taux de change. Tous les pays ayant réussi l’exportation de produits manufacturés en Asie de l’Est ont été capables, au moins initialement, de dévaluer leur taux de change au-dessous de la parité du pouvoir d’achat. Les salaires des ouvriers, dans les filières exportatrices en expansion, n’étaient pas suffisants pour acheter sur le marché mondial les biens nécessaires à leur subsistance. Une telle stratégie de l’exportation par la dévaluation de la monnaie, et donc de la réduction des coûts internationaux du travail, n’était viable que si les économies locales étaient capables de produire un supplément de biens-salaires pour les travailleurs, nouvellement employés dans les filières d’exportation. La stratégie dépendait de la possibilité d’augmenter la production agricole puisque la part des biens alimentaires constituait encore une part importante des faibles revenus ouvriers.

Une autre conséquence résulte de la modélisation du capitalisme comme reposant sur l’augmentation des revenus de masse.5 Le progrès technique ne peut plus être expliqué uniquement par l’augmentation du capital physique. ← 237 | 238 → Toutes les théories sur le progrès technique « non incorporé » (Denison 1967) (ne faisant pas partie de la valeur du capital physique) sont basées sur l’observation de cette non-augmentation relative du capital physique. Le progrès technique suit en fait l’expansion de la production parce qu’il est généré par l’expérience dans la production. L’apprentissage est lié à l’activité productive, c’est le « learning by doing ».

Les économies les plus avancées doivent leur supériorité à la performance de branches de pointe bien établies. Une économie moins avancée sera exclue de ces filières d’activité économique d’avant-garde, parce qu’elle n’est pas compétitive et qu’elle perdra d’autant plus en compétitivité qu’elle ne participe pas à l’apprentissage par la production. En cas d’émergence d’une famille technologique nouvelle (branche nouvelle), l’économie de pointe sera probablement supérieure à l’économie moins avancée. Mais sa supériorité dans la nouvelle filière sera inférieure à sa supériorité dans les filières de haute technologie déjà établies, mais seulement chez elle. Dans la filière toute nouvelle, l’économie de pointe et l’économie moins avancée n’ont pas une expérience de « learning by doing ». Si l’économie de pointe ne peut pas transférer les effets d’apprentissage acquis dans l’ancienne filière hautement technologique à 100 %, l’effet apprentissage dans la nouvelle filière sera inférieur. Ici, la loi de la spécialisation, suivant les avantages comparatifs, devient importante. Une économie moins avancée est capable d’être compétitive, même si sa productivité est inférieure à celle de l’économie plus avancée pourvu que son retard dans cette filière soit moins important que celui accusé dans d’autres filières.

S’intégrer dans le mouvement de la globalisation présente donc des possibilités de développement. La dévaluation et le développement de la production de biens-salaires, notamment dans le domaine alimentaire, augmentent les possibilités de s’adresser au marché mondial. Une distribution plutôt égalitaire des revenus et le choix de technologies intensives en travail, à partir des revenus créés dans le secteur exportateur, sont favorables à l’obtention de multiplicateurs importants. Pour intensifier l’orientation vers les exportations, des stratégies de qualification des facteurs de production, par un système local d’innovation, d’une part, et l’utilisation, d’autre part, de la stratégie de la « remontée des filières » dans celles où l’on s’est déjà placé peut conduire à l’élargissement de la gamme des produits fabriqués localement.

Ce rattrapage peut-être soutenu par la mobilisation de ressources destinées à la qualification des facteurs locaux de production, finalement, par le système local d’innovation technique. Cette intervention de la régulation étatique est découragée par les règlements de l’OMC. Les pays émergents continentaux, le Brésil, l’Inde, et la Chine populaire disposent pourtant de riches expériences pour briser de telles coalitions et règlements qui leur sont défavorables. Par exemple, la filière des composants d’ordinateurs démontre que la gestion des chaînes de valeur, par de grandes unités, peut être remplacée par des réseaux beaucoup plus ouverts (Lüthje 2005). ← 238 | 239 →

Les bases économiques d’une telle stratégie d’orientation vers l’exportation présentent certes des différences par rapport à celles du développement autocentré mais elles comportent également des éléments communs : l’augmentation de la production de biens-salaires en faveur de la consommation de masse, notamment dans le secteur agricole et l’utilisation de la hausse de la consommation de masse pour dynamiser les petites et moyennes entreprises, pépinières de formation des travailleurs dans des qualifications nouvelles.

Les ressources utilisées favorisent, d’une part, la construction d’un pôle de production pour les masses, d’autre part des changements de qualification afin de mieux aborder le marché mondial dans des filières prometteuses.

3. L’ubiquité des rentes dans les économies sous-développées : le rôle nécessaire du politique La transition vers le capitalisme implique un processus politique d’affectation de la rente pour surmonter les effets néfastes de la rente

Aussi longtemps que le mécanisme capitaliste de canalisation de surplus disponibles vers l’investissement ne fonctionne pas, l’augmentation de la productivité ne conduira guère à des investissements et à l’augmentation de l’emploi rémunéré. Des surplus, dus à l’augmentation de la productivité, vont se diriger vers l’extérieur, sous forme de détérioration des termes de l’échange, ou bien seront accaparés par des acteurs capables d’utiliser des moyens non marchands pour s’approprier ces surplus.

Dans la transition vers le capitalisme, la rente disparaît du fait de deux conditions liées entre elles, celle du pouvoir de contestation des classes populaires et d’un niveau élevé d’emploi. Si les possibilités de gagner sa vie pour les classes populaires sont importantes, toute innovation dans un secteur capitaliste naissant ne pourra être exploitée, qu’en attirant des travailleurs additionnels avec des avantages économiques supplémentaires, c’est-à-dire, en principe, en leur offrant des salaires réels plus élevés. Aussi longtemps que le capitaliste innovateur peut vendre ses produits nouveaux à un prix élevé et qu’ils lui procurent un taux de profit supérieur à la moyenne, il procédera à l’engagement de nouveaux travailleurs. La raréfaction de la main-d’œuvre fait que les branches, qui ne peuvent pas, en raison des prix prévalant, payer des salaires aussi élevés que le capitaliste innovateur, perdront des travailleurs. Si leurs produits sont demandés, ils pourront augmenter leurs prix et retenir une partie de la main-d’œuvre par des salaires comparables à ceux offerts par le capitaliste innovateur. Par contre, celui-ci devra affronter un lent processus de saturation des marchés, le forçant à réduire ses prix. ← 239 | 240 →

En situation de haut niveau d’emploi, il y a convergence entre les conditions matérielles de la main-d’œuvre, indépendamment de la productivité physique dans les filières particulières. Les rémunérations des ouvriers ne dépendent pas de la productivité dans leur secteur particulier mais de la productivité moyenne de l’économie. Voilà la base économique du développement d’une classe ouvrière, avec une conscience fondée sur les conditions matérielles moyennes de l’ensemble de l’économie, pour des classes à revenu plutôt bas.

En cas de niveau d’emploi élevé, tout investissement nouveau tendra à pousser les salaires et l’augmentation des salaires vers l’investissement de sorte que les ressources disponibles pour d’autres modes d’appropriation, notamment les rentes, diminueront. Ne subsisteront que les rentes différentielles, peut-être de monopole, finalement celles que l’augmentation des besoins d’investissement et des revenus de masse ne pourra pas faire disparaître.

Pour la disparition de la rente, un niveau élevé d’emploi est donc d’une importance décisive. Il contribuera à compenser les tendances opposées à l’émergence de rentes, dues à l’intégration de l’économie sous-développée dans le système capitaliste mondial et au transfert des prix mondiaux sur une telle économie (Amin 1973 : 186).

Dans les économies sous-développées, les productivités mesurées dans les différentes branches suivent le système des prix internationaux : existeront, par conséquent, des disparités considérables de productivité entre elles. On a appelé ces différences de productivité « hétérogénéité structurelle ». Si les coûts suivent les valeurs locales de la main-d’œuvre, les surplus gagnés dans les branches à moindre retard seront beaucoup plus importants que dans le reste de l’économie. Dans une économie sous-développée, caractérisée par des retards différenciés par rapport au niveau technologique international, le transfert du système des prix internationaux crée la possibilité d’appropriation de rentes, même en cas de spécialisation dans des produits manufacturés. La rente, dans les productions naturelles notamment minières, n’est qu’un cas spécial.

Puisque les économies sous-développées ne sont pas encore capitalistes et structurellement homogènes, la rente est omniprésente. Elle est accaparée par ceux qui ont le pouvoir politique de le faire. La décolonisation a consisté dans un transfert de pouvoir d’acteurs extérieurs vers des groupes intérieurs. Ce ne furent pas toujours des capitalistes locaux, souvent politiquement trop faibles, mais d’autres groupes, souvent à la base du contrôle du pouvoir politique. J’ai décrit ce processus comme constitution de classes-État, qui, dans le processus de décolonisation, furent capables d’occuper les instances centrales du pouvoir politique (Elsenhans 1982 : 12-19 ; 1996 : 173-212).

Malgré l’idéalisme initial qui les a animées, beaucoup de ces classes-État ont fini par être corrompues. Un des facteurs de leur déclin idéologique et moral fut l’échec du développement économique. Ces classes-État ← 240 | 241 → ont cru que le développement économique dépendait uniquement de l’accumulation du capital. Elles ont négligé l’importance de la structure de la consommation et des rapports de force en faveur des faibles. La rente est une chance de financement du développement si elle sert à des investissements en faveur de l’expansion de l’emploi et du marché de masse, et par conséquent de la qualification des travailleurs. La création d’un climat général de politique économique approprié est essentielle pour la stimulation de tels investissements.

Des membres des classes-État sont prêts à choisir des stratégies de développement en faveur des masses quand de telles stratégies leur apparaissent fiables. Ils n’admettront pas d’être poussés vers des stratégies dont le succès est très incertain. Cela vaut indépendamment des points de départ idéologique de ces classes et explique leur dérapage au cours de leur trajectoire historique.

4. Promouvoir, dans un projet de développement national et dans une stratégie d’alliance, l’insertion des filières orientées vers l’extérieur

L’insertion d’un secteur destiné à l’exportation, dans le cas de la Tunisie, le tourisme d’une part, et les filières d’exportation de produits manufacturés d’autre part, exige des activités dirigées vers trois directions :

la poursuite d’une politique de soutien aux pauvres pour influer sur le marché de travail afin de lier croissance et augmentation des revenus de masse. On anticipe de cette manière l’élargissement du marché intérieur et la promotion de l’investissement, notamment dans les industries des petites et moyennes entreprises,

l’amélioration des qualifications dans l’appareil productif pour obtenir la compétitivité internationale à des niveaux de taux de change plus élevés, ce qui diminuera la nécessité de se laisser exploiter par la dévaluation,

un taux de change de la monnaie incitant à la diversification des exportations, notamment par la croissance des industries manufacturières,

un pouvoir politique capable d’ajuster une perspective théorique globale aux exigences pratiques, comme elles se présentent dans l’environnement international de l’économie.

En théorie du développement, les politiques favorables aux pauvres ont longtemps été concentrées sur la nécessité de réformes agraires (Dandekar 1962 ; Elsenhans 1997). Les pays émergents ont montré qu’existaient d’autres possibilités d’établir une sorte de seuil minimum de niveau de subsistance qui, automatiquement, limite les moyens des employeurs de ← 241 | 242 → réduire le salaire réel des travailleurs. Le problème de la pauvreté peut alors être abordé par la distribution de paiements de soutien.

Pour protéger, sur le plan politique, les programmes en faveur de la production pour la consommation de masse, leur impact sur la croissance de la petite et moyenne industrie devra être démontré. Y contribuerait la démonstration qu’avec un taux de change approprié, une demande supplémentaire des ménages pauvres s’adresserait, dans une très forte proportion, à la petite et moyenne industrie. Équipée de moyens de production d’une simplicité avérée, celle-ci, en cas d’élargissement de la demande, inciterait à la production locale de cet équipement, étape incontournable pour le lancement d’une industrie locale de machines.

Dans un monde où le savoir-faire devient primordial, comme l’indique le concept d’« économie de la connaissance », les modes d’acquisition du savoir sont essentiels. L’exemple des pays émergents démontre, dans ce domaine, l’importance des efforts consentis par ces pays, de concert avec la coopération internationale pour améliorer leurs compétences technologiques. Abdelkader Sid Ahmed a résumé de telles stratégies : celle de remonter les filières en est une, c’est-à-dire utiliser des étapes mal rémunérées dans une chaîne de production pour accéder à des étapes mieux rémunérées grâce au savoir-faire acquis à ce niveau (Sid Ahmed 1995 : 77-78). Les chaînes de production, dans lesquelles de tels efforts sont entrepris, sont organisées de manière à éviter le libre jeu du marché, au moins au détriment de ceux qui les dominent. De tels efforts demandent le soutien de l’État. Or les petits États, comme la Tunisie, ne peuvent faire face aux pressions des multinationales qui gèrent de telles chaînes. En cas de nécessité d’une coopération avec d’autres États, on pense dans ce cas, évidemment, à une coopération à l’échelle inter-arabe.

L’exigence d’un pouvoir politique, à la fois pragmatique et doté d’une perspective claire à moyen et long terme, pose la question de la stabilité politique. Toutes les forces politiques, même celles qui sont l’expression de la volonté populaire, qui ont le soutien du peuple, qu’elles peuvent mobiliser, seront exposées à un risque d’isolement, particulièrement prononcé, si des rentes sont importantes. Une stratégie, pour surmonter le sous-développement et la dépendance, ne peut être viable que si elle est l’émanation d’une structure à la fois politique et idéologique, et si ses éléments vraiment stratégiques ne sont pas controversés. À partir de ma contribution, je peux nommer quelques-unes : le marché est désirable, il fonctionne malgré l’argument que les rapports marchands constituent toujours une aliénation indésirable. L’accumulation consiste dans l’addition du savoir et des compétences, et non pas dans la concentration de capital physique. Les machines plus performantes ne représentent pas plus de valeur-travail mais, approximativement, la même valeur-travail que les machines précédentes. Leur prix plus élevé est principalement le résultat du travail qualifié d’aujourd’hui, rémunéré par un salaire réel et nominal ← 242 | 243 → plus important que le travail qualifié du passé. La consommation populaire constitue l’incitation principale au développement des technologies, dont celle des machines, et permet de réduire les coûts unitaires. Parallèlement, l’orientation de la consommation de luxe vers les produits de prestige et donc singuliers a moins d’effets sur le développement technique, comme l’ont démontré les réussites en excellence des anciennes civilisations d’Asie, bloquées dans leur industrialisation. L’opposition entre le marché et le plan n’est pas antagonique, elle doit être résolue dans une perspective pragmatique.

Sortir de la dépendance et du sous-développement apparaît ici comme le résultat de la volonté politique d’utiliser des dispositifs économiques sans préjugé idéologique afin de construire le mécanisme de l’économie capitaliste. De telles stratégies ne sont possibles que dans un consensus large dans la société, impliquant la collaboration des classes sociales.

Le printemps arabe a ouvert une fenêtre vers une telle issue. Mais des oppositions idéologiques, en dehors du domaine économique, risquent d’annihiler les perspectives de coopération entre différents camps idéologiques.

5. La contrainte interne ou comment surmonter les clivages dans des domaines politiques secondaires

Les classes-État laïques n’ont pas seulement échoué à sortir leurs économies du sous-développement. D’une avant-garde, au moins prétendument « révolutionnaire », elles sont devenues une force de statu quo. Appuyées par les institutions de Bretton Woods, comme tête de pont dans le Sud, elles acceptent assez souvent de réprimer l’opposition populaire avec l’aide des « mukhabarrat ». Leur échec a ouvert le champ politique aux nationalistes culturels, organisés en un nouveau mouvement politique, après avoir été mis à l’écart dans la phase finale de la décolonisation, à la fois par les nationalistes laïcs et les puissances coloniales. Les nationalistes culturels ont réussi à se placer à la direction de larges alliances d’opposition (Elsenhans, Ouaissa, Schwecke, Tétreault 2015). Au-delà des idéologues stricto sensu du nationalisme culturel, ces alliances comprennent la petite entreprise, souvent commerciale et toujours méfiante à l’égard de l’interventionnisme étatique, des vagues de nouvelles classes moyennes non propriétaires de moyens de production mais munies de diplômes du secondaire et du supérieur, sans perspectives d’emploi. À l’encontre de ceux, déjà établis dans le secteur public, les nouveaux bacheliers n’ont que l’argument de la coupure des « anciens » d’avec la culture locale et les langues du pays pour justifier le ralliement au nationalisme culturel. L’arabisation est devenue un but, permettant de rallier les nouvelles couches moyennes montantes, rejointes par les exclus et les marginalisés, souvent comme troupe de choc, ← 243 | 244 → régulièrement comme banque de vote, un vivier pour le vote identitaire, ayant perdu tout espoir dans la réussite d’un projet de développement coordonné, voire dirigé par l’État.

Étant donnée la diversité des forces de soutien, les nouveaux mouvements politiques culturo-identitaires ont espéré pouvoir percer dans le jeu politique, en racolant successivement de groupes au centre de l’éventail des forces politiques. Ils mirent en sourdine leur discours identitaire pour mettre en avant une critique morale de l’économie planifiée.

Il y a donc convergence de deux camps, certes pour des raisons différentes, à tenter l’économie mixte, et cela de manière pragmatique.

Certains aspects des doctrines d’économistes se réclamant des principes islamiques sont assez proches du Fabianisme (Elsenhans 2015b). Le « printemps arabe » a ouvert une perspective de collaboration entre les deux forces, au moins en politique économique. Elle se réaliserait dans des gouvernements de coalition, ou bien dans un jeu d’alternance dans lequel les deux camps seraient en compétition sur des sujets qui, surtout, ne touchent pas à la question identitaire. Comme ailleurs (Inde ou Iran), ces classes moyennes profondément pieuses et attachées à leur identité culturelle veulent surtout un gouvernement compétent qui leur permette d’augmenter leurs revenus.

On peut penser qu’une telle orientation des deux camps en présence, unis dans leur résistance contre les éléments les plus corrompus des anciennes classes-État laïques mais divisés ensuite sur les contenus à donner aux résultats de leur évolution, peut constituer l’amorce d’un processus de dialogue, certes difficile au départ. Telles qu’en Europe du 16e siècle, les forces en présence comprennent qu’il n’y a d’autre solution qu’un compromis, si l’on veut éviter la guerre civile. L’importance des sujets économiques pour l’évolution de la controverse entre les deux camps serait alors pertinente.

6. La vraie contrainte externe et le rôle éventuel de l’Europe

Un problème structurel bloque les économies arabes pour la réalisation d’une stratégie de développement par l’exportation et la dévaluation. Toutes les économies qui ont réussi dans de telles stratégies étaient caractérisées par l’autosuffisance alimentaire, du moins au départ. Aucun pays arabe n’est autosuffisant en produits alimentaires et il est difficile d’envisager que leurs économies soient en situation d’atteindre l’autosuffisance alimentaire dans un avenir proche.

Pour imiter l’Est asiatique, les pays arabes doivent surmonter cette barrière à la dévaluation. Moins bien placés dans la compétition internationale, il est difficile de les imaginer pouvoir compenser la capacité de dévaluation des ← 244 | 245 → économies de l’Est asiatique basées sur la culture du riz, par une productivité plus élevée dans un éventail diversifié de filières manufacturières.

L’atout d’une politique méditerranéenne de l’Europe et du monde arabe viserait les défis constitutifs de ce blocage (Elsenhans 2013). Supposons que ce dernier se développe et dispose d’un ensemble industriel diversifié, capable de supporter la compétition internationale, dans une telle perspective, et au vu des données démographiques et climatiques, l’Europe deviendrait le grenier en céréales du monde arabe, qui en matière agricole se spécialiserait dans les légumes et les agrumes. L’agriculture européenne manque de débouchés. Par conséquent, s’il faut parier sur un avenir de développement du monde arabe, comme client solvable pour l’agriculture européenne, pourquoi ne pas anticiper une telle division du travail en cédant dès aujourd’hui des surplus agricoles européens à des prix concessionnels mais supérieurs aux prix des produits agricoles arabes en cas de dévaluation des monnaies de leurs pays ?6 Les institutions européennes doivent financer des surproductions européennes ; celles-ci seraient donc déjà financées avant d’être cédées aux pays arabes dont les agricultures seraient protégées par des taux de change bas.

L’Europe gagnerait à suivre une politique de stabilisation politique, économique et sociale de la rive sud de la Méditerranée, basée sur une coopération entre les deux camps déjà mentionnée. L’initiation de cette stratégie en Tunisie est un signal fort, envoyé au monde arabe pour signifier que l’Europe est prête à une coopération réelle, non limitée au seul objectif d’imposer une ouverture des marchés, mais susceptible de contribuer à l’évolution des sociétés arabes vers le capitalisme.

Il y a plusieurs commentaires à ajouter : l’argument selon lequel le marché mondial est surchargé de telles stratégies devient de moins en moins convaincant. La Chine suit aujourd’hui l’exemple de la Corée du Sud et de Taiwan : la réussite de la création de l’emploi par l’exportation de produits manufacturés suscite, à cause des niveaux élevés d’emplois, l’inflation importée (inflation due à des excédents d’exportation qui pèsent sur le marché du travail). La réussite de cette stratégie ouvre des possibilités pour de nouveaux candidats.

De plus, les interventions étatiques ont une chance d’aboutir. Nous allons vers un monde multipolaire où les pays émergents n’accepteront plus le consensus occidental de la nécessité de l’intégration « en profondeur », et ils ne pourront plus être obligés par l’Occident de s’y conformer. Des pays de moindre importance, qui ne veulent pas suivre les institutions de ← 245 | 246 → Washington, deviendront des alliés potentiels de ces nouvelles puissances. Ils seront de plus en plus protégés des exigences occidentales par ces puissances émergentes qui auront voix au chapitre.

En cas de conflit d’influence en Méditerranée entre l’Europe et des rivaux du monde émergent, l’Europe a un intérêt vital à garder un rôle prépondérant en Méditerranée. À la différence du Japon et des États-Unis, l’Europe n’est pas située à proximité de marchés en ébullition. La seule région, où l’effet démographique peut susciter l’espoir de trouver un partenaire comparable à la Chine pour le Japon et les États-Unis, est le monde méditerranéen, arabe ou non et musulman.

La stratégie décrite conviendrait bien à cette configuration d’intérêts et d’évolutions prévisibles. Il faut commencer, pour la rendre possible, par créer, dans des pays arabes, les conditions politiques à même de susciter la confiance de l’Europe car c’est d’abord le Vieux Continent qui engage des ressources. Cette confiance de l’Europe dépend en dernière instance de sa perception du comportement prévisible des islamistes, c’est-à-dire de l’attitude des nouveaux mouvements politiques, culturo-identitaires par rapport à une sécurité partagée. Elle résultera de sa perception de l’évolution interne des États arabes, c’est-à-dire de la capacité des deux camps à arriver à des compromis qui ne compromettent pas leur identité, lorsque leurs convictions profondes sont divergentes.

Je propose donc mon argumentaire pour amorcer une discussion dans le cadre politique, économique et culturel d’une stratégie de croissance, à partir de l’exportation de produits manufacturés, rendue possible par la dévaluation et par des conditions politiques appropriées.

7. La défense de la perspective par rapport à certaines valeurs reçues

La stratégie proposée admet et prolonge certainement le capitalisme. Je ne crois pas qu’une société complexe puisse être basée sur une économie non gérée dans une large mesure par des relations marchandes. La discipline imposée sous le régime capitaliste, pour investir efficacement le surplus, donc le travail cristallisé, me paraît beaucoup plus proche des idéaux du socialisme que le gaspillage du surplus dans les économies dites planifiées. Dans ma conception, l’essentiel n’est pas d’abolir le marché mais de le compléter par d’autres mécanismes là où il ne fonctionne pas. La transition du capitalisme vers un socialisme à définir consiste à rendre les mécanismes marchands efficaces là où des privilégiés sont encore capables de s’approprier des rentes.

De même, le développement autocentré ne consiste pas en la fermeture au monde extérieur mais vise, dans l’interaction avec l’étranger, mais aussi en refusant certaines interactions, à développer la capacité d’orienter ← 246 | 247 → l’appareil productif vers les besoins des masses populaires. Il s’agit moins de cloisonnement à l’égard du marché mondial que de la capacité à l’affronter en défendant ses propres intérêts. C’est le développement autocentré.

Consacrer des dépenses supplémentaires à l’augmentation des salaires n’implique pas la perte de la compétitivité sur le marché mondial. Celle-ci ne peut pas être perdue à cause des coûts locaux. Des coûts locaux élevés mènent seulement à l’ajustement du taux de change dont les conséquences sont d’autant moins ressenties, que l’on a établi le mécanisme capitaliste de la production de biens d’équipement, pour la production pour un marché de masse.

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1 Position opposée : Amin 1973 : 61.

2 Sans excédents des exportations et des dépenses du gouvernement par rapport à ses revenus, cf. Elsenhans 2011a : 33-39 ; 2011b : 10-18 ; 2015 : 7-11.

3 Notons que cette idée keynésienne, formulée le plus clairement par Kalecki, est essentielle pour la théorie de l’impérialisme de Rosa Luxemburg (chapitre 6 et 7 de Luxemburg 1923). Cette position a toujours été combattue par des marxistes orthodoxes. Le mouvement ouvrier, souvent sous l’influence de telles orthodoxies, ne pouvait et ne peut alors saisir le rôle de ses propres revendications pour le maintien de la croissance capitaliste. Cette incapacité l’affaiblit régulièrement. Notons qu’en 1931 Fritz Baade, Fritz Tarnow et Wladimir Woytinsky avaient, pour les mêmes raisons proposé un programme de dépenses publiques (adopté par la centrale syndicale allemande ADGB), que le ministre marxiste des finances Hilferding, social-démocrate et marxiste plutôt orthodoxe, a déjoué avec l’argument que de telles dépenses amoindriraient le profit et renforceraient la crise.

Ni la relance nazie ni celle de Roosevelt n’ont confirmé cet argument. Le point n’est donc pas d’intérêt purement théorique. En se refusant à prendre note de la révolution théorique keynésienne, déjà perçue par Rosa Luxemburg, les marxistes orthodoxes bloquent la mobilisation populaire en l’équipant d’« armes de la critique » inefficaces et seulement efficaces pour leur propre influence à l’intérieur de leur propre famille politique.

4 Sur l’impossibilité de la simple accélération du taux d’accumulation physique, cf. Luxemburg 1923 : 116 sq. ; Elsenhans 1995 : 199-204, et cela contre Lénine 1898 : 42.

5 Qui en valeur travail n’augmente pas, comme le prouve la stabilité du coefficient de capital, du rapport produit divisé par le stock de capital employé.

6 À des prix inférieurs aux coûts des agricultures arabes, les produits importés détruiraient les agricultures arabes. Si après dévaluation, ces économies essayaient d’augmenter leurs productions par des procédés extrêmement coûteux, le pouvoir d’achat des classes pauvres diminuerait. La solution proposée maintient donc le pouvoir d’achat au moins initialement au niveau actuel (quitte à permettre sa hausse en cas d’augmentation de l’emploi) mais maintiendrait les cultures qui existent.