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Être nationaliste à l’ère des masses en Europe (1900–1920)

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Edited By Olivier Dard, Didier Musiedlak and Éric Anceau

Le nationalisme européen a souvent été interprété comme la principale source de l’avènement des dictatures et en particulier des fascismes. Le retour actuel sur la scène politique d’un certain attachement à la nation, allant jusqu’à l’expression même de mouvements radicaux à caractère xénophobe ou raciste, est-il le signe annonciateur du retour des dictatures au cœur de l’Europe ?

C’est dans le but de répondre à cette question que les auteurs de cette recherche collective ont entrepris de revisiter le nationalisme européen des années 1900 jusqu’aux lendemains de la Première Guerre mondiale en l’interrogeant non plus par rapport à la naissance des futurs régimes, mais en le considérant dans sa singularité, à un moment critique de l’histoire de l’Europe, le passage à la société de masse.

Que signifie concrètement être nationaliste, en France, en Allemagne, en Italie, en Espagne, au Portugal, en Belgique, en Suisse ou encore en Pologne durant cette période critique ? Pour tenter de répondre à cette question, un des objectifs majeurs de ce livre est de privilégier l’étude des éléments constitutifs de « l’être nationaliste » : le registre du rapport au monde (sensibilité, culte du moi, dimension occupée par l’esthétique), mais aussi, les échanges entre diverses nations, la diversité des itinéraires, sans omettre la part dévolue à l’action politique au moment même où la guerre apparaît pour tous comme la grande épreuve de vérité.

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Troisième partie. Itinéraires européens

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troisième Partie itinéraires euroPéens 217 Jules Lemaître (1853-1914) Géographie nationaliste d’un intellectuel humilié Sarah Huguet Université Paris-Sorbonne (Centre d’histoire du XIXe siècle) Au premier abord, Jules Lemaître ne semble pas la meilleure entrée pour l’étude d’un nationalisme tourné vers les masses. Si ce critique littéraire vedette du Paris élégant a intégré la liste des chefs de file du nationalisme fin-de-siècle aux côtés de Déroulède, Drumont, Rochefort et Barrès, c’est en tant que président de la ligue de la Patrie française, un mouvement d’académiciens et d’universitaires antidreyfusards fondé en janvier 1899 en réponse à l’implication des « intellectuels » dans l’Affaire1. Favorables à la République, ces gens de lettres, savants et artistes conservateurs s’opposent à leurs homologues « humanitaristes » sur le terrain des idées, sans trop se soucier d’encadrer les classes populaires, bien qu’ils s’efforcent évidemment d’emporter l’adhésion de l’opinion2. Certes, on trouverait sans beaucoup d’efforts dans ce groupement hétérogène des sensibilités césariennes, au premier rang desquelles l’auteur de L’Appel au Soldat, présent aux côtés de Déroulède lors de sa marche ratée sur l’Élysée le 23 février 18993. Mais si le solutionnisme est une disposition d’esprit assez courante à la Patrie française en dépit d’un discours officiel légaliste, Jules Lemaître n’est guère porté à s’appuyer sur les masses pour rêver 1 Sur la LPF,...

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