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Être nationaliste à l’ère des masses en Europe (1900–1920)

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Edited By Olivier Dard, Didier Musiedlak and Éric Anceau

Le nationalisme européen a souvent été interprété comme la principale source de l’avènement des dictatures et en particulier des fascismes. Le retour actuel sur la scène politique d’un certain attachement à la nation, allant jusqu’à l’expression même de mouvements radicaux à caractère xénophobe ou raciste, est-il le signe annonciateur du retour des dictatures au cœur de l’Europe ?

C’est dans le but de répondre à cette question que les auteurs de cette recherche collective ont entrepris de revisiter le nationalisme européen des années 1900 jusqu’aux lendemains de la Première Guerre mondiale en l’interrogeant non plus par rapport à la naissance des futurs régimes, mais en le considérant dans sa singularité, à un moment critique de l’histoire de l’Europe, le passage à la société de masse.

Que signifie concrètement être nationaliste, en France, en Allemagne, en Italie, en Espagne, au Portugal, en Belgique, en Suisse ou encore en Pologne durant cette période critique ? Pour tenter de répondre à cette question, un des objectifs majeurs de ce livre est de privilégier l’étude des éléments constitutifs de « l’être nationaliste » : le registre du rapport au monde (sensibilité, culte du moi, dimension occupée par l’esthétique), mais aussi, les échanges entre diverses nations, la diversité des itinéraires, sans omettre la part dévolue à l’action politique au moment même où la guerre apparaît pour tous comme la grande épreuve de vérité.

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Du fantasme des masses à la réalité de la Grande Guerre démocratique (Nicolas Patin)

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Du fantasme des masses à la réalité de la Grande Guerre démocratique

Le nationalisme allemand et ses transformations (1900-1920)

Nicolas PATIN

Université de Bordeaux-Montaigne

« Je ne connais plus de partis, je ne connais que des Allemands » ; la déclaration de Guillaume II, lorsque débute la Grande Guerre, est lourde de sens. Elle montre d’un côté la difficulté à penser, dans un Empire friand de symboles d’unité, les formes du pluralisme, de l’autre côté la logique des reproches récurrents faits à l’esprit de caste des partis politiques allemands, leur « partisianisme » (parteiismus). Mais en appelant à l’union sacrée du peuple entier, c’est aussi tout l’espoir d’une deuxième fondation du Reich qui s’exprime. 1914 complète 1871. Bismarck avait fait naître la petite Allemagne en achevant la conquête par « le fer et par le sang » ; la Grande Guerre doit achever, elle, l’unité intérieure, à la manière dont le disait Massimo d’Azeglio, qui estimait qu’après avoir fait l’Italie, « il restait à faire des Italiens »1.

L’horizon d’attente était ainsi posé : d’un côté, les divisions haïssables d’une nation déchirée en classes ; de l’autre, le rêve d’une nation unie, celle du peuple (Volk). Classe et peuple. Et entre ces deux vocables, il n’y a pas de place pour une troisième notion, la masse, qui n’apparaît que plus tard. L’ère des « masses », en tant que telle, n’en est...

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