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1866, une querelle d'Allemands?

Perceptions croisées et mémoire(s) d’un moment clé de l’histoire européenne

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Edited By Jean-Noël Grandhomme

De juin à août 1866, une guerre fratricide (Deutscher Krieg ou Deutscher Bruderkrieg) oppose l’Empire d’Autriche, suivi par la plus grande partie de la Confédération germanique, au royaume de Prusse, allié à une quinzaine de petits États allemands et au royaume d’Italie. Étape décisive de l’unification de l’Allemagne, parachevée par la guerre contre la France en 1870, le conflit de 1866 est lourd de conséquences pour la suite de l’histoire européenne. On le présente souvent comme le triomphe d’une Allemagne protestante marquée par le militarisme et l’autoritarisme d’une Prusse agressive et expansionniste sur une germanité méridionale catholique, censée davantage cultiver le goût des arts que celui des armes. Cette vision simpliste a cependant fait l’objet de multiples révisions. En même temps, ce conflit forme une partie intégrante du processus d’unification de l’Italie.

Après avoir retracé les faits, sans doute pour la première fois de manière aussi détaillée en français, cet ouvrage s’intéresse à la perception des événements par les puissances européennes, mais aussi par les acteurs et spectateurs locaux, ainsi qu’à ses multiples conséquences proches ou lointaines, abordant finalement la mémoire de cette guerre.

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1. La guerre de 1866 : plus qu’une question nationale. Points de vue catholiques en Allemagne (Philippe Alexandre)

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1. La guerre de 1866 : plus qu’une question nationale

Points de vue catholiques en Allemagne

Philippe Alexandre

Le débat sur la question nationale, après la guerre de 1864, la politique du ministre-président de la Prusse, Bismarck, la guerre austro-prussienne de 1866 opposant la Prusse d’un côté, l’Autriche et ses alliés de la Confédération germanique de l’autre ; puis la situation nouvelle induite par l’issue du conflit armé ont obligé les catholiques allemands à prendre position. C’est qu’en effet les enjeux liés à l’évolution des choses allemandes étaient cruciaux pour eux. Une victoire prussienne signifiait que les protestants allemands avaient, eux aussi, triomphé, et la création d’une « petite Allemagne » sous l’égide de la Prusse signifiait que les catholiques vivraient désormais dans un État national à majorité protestante, sous un gouvernement protestant. Quelle tournure prendrait alors le vieux contentieux entre les deux camps religieux ? Quel rôle l’Église, le clergé, les institutions et les associations catholiques pourraient-ils encore jouer dans un tel contexte ? Quelle liberté leur serait-elle laissée ?

Telles étaient les questions qui se posaient alors aux catholiques allemands1. Ils se demandaient aussi quelle attitude il leur fallait adopter face à la politique de Bismarck dont les procédés étaient, disaient-ils, en contradiction avec les valeurs catholiques. En outre, l’alliance de la Prusse avec l’Italie « révolutionnaire » était perçue comme une menace sérieuse pour le Pape et l’Église de façon...

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