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L’Europe en quête d’Européens

Pour un nouveau rapport entre Bruxelles et les nations

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Gérard Bouchard

Plaidoyer en faveur de l’Union européenne, ce livre critique néanmoins certains choix culturels qu’elle a faits lors de sa fondation et qui entravent aujourd’hui son intégration. Elle doit rebâtir ses fondements symboliques et redéfinir sa relation avec les nations (à ne pas confondre avec les États). Les orientations culturelles qu’elle a privilégiées à sa naissance lui ont permis de connaître un essor rapide, mais faute de les réviser à temps, elles sont devenues dysfonctionnelles. Or, les tentatives qu’elle a faites ultérieurement pour se donner de nouveaux mythes et une identité continentale ont échoué. Par ailleurs, les leaders de l’Union se sont toujours méfiés des nations et des nationalismes, accusés d’avoir provoqué les horreurs des deux guerres mondiales. Ils ont donc voulu les contourner en instituant une gouvernance par le haut d’où a résulté un déficit démocratique.

L’Union devra désormais s’employer à se réconcilier avec les nations, en les réhabilitant, et à tirer profit de leurs ressources symboliques pour se doter de mythes ayant une résonance à la fois nationale et européenne.

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Chapitre 4: Essais de construction d’un fondement symbolique

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chapitre 4 Essais de construction d’un fondement symbolique L’invention d’une identité européenne I. Pourquoi une identité européenne ? Curieusement, durant les années qui suivirent sa fondation, les leaders de l’UE ont paru plutôt insouciants de la dimension symbolique de leur entreprise, comme s’ils abandonnaient aux États-nations la responsabilité de la culture. Ainsi, les préoccupations concernant la construction d’une identité européenne ne sont véritablement apparues que dans les années 1970, et plus précisément en 1973 avec la Déclaration de Copenhague sur l’identité. Cette initiative coïncidait avec la fin des accords de Bretton Woods (1971), l’embargo arabe sur le pétrole et la crise économique qui a suivi, aggravée par une inflation galopante. Parallèlement, le sentiment commençait à se répandre que la philosophie pragmatique d’intégration à la Jean Monnet avait peut-être atteint ses limites (entre autres : C. Parsons, M. Matthijs, 2015). La chute des dictatures en Grèce, en Espagne et au Portugal ouvrait aussi une période d’instabilité que l’URSS allait peut- être vouloir exploiter. En plus, l’UE était déjà aux prises avec des tensions internes (notamment entre la poursuite de l’intégration économique et la menace d’une désintégration sociale)1 et ses leaders s’inquiétaient d’une démobilisation possible parmi les neuf pays membres. Alors que la mondialisation culturelle s’accélérait, il y avait une volonté de marquer le caractère distinctif de l’Europe à l’échelle internationale. Il pressait aussi de...

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