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De l'Ancien Régime à quelques jours tranquilles de la Grande Guerre

Une histoire sociale de la frontière

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Jean-François P. Bonnot and Sylvie Freyermuth

Soldat de l’armée d’Orient, le caporal télégraphiste Henri Chabos entretiendra durant la guerre de 14–18 une correspondance quasi quotidienne avec son amie institutrice. L’absence de saillance sociale du scripteur – commis des Postes saisi par la guerre – rend l’étude approfondie de ce cas particulièrement pertinente : ces données constituent en effet autant de traces micro-historiques éclairant les représentations d’une fraction sociale formée d’individus nés dans les dernières années du XIXe siècle, exerçant des professions d’employés d’administration ou d’enseignant du premier degré. Ce n’est toutefois pas au caporal Chabos que les auteurs s’intéressent au premier chef, mais à l’individu préexistant à la guerre, un jour contraint « d’y aller », rapidement las et soumis, et lui-même produit d’une longue histoire.

Dans une première partie, les auteurs reconstruisent la trajectoire d’une lignée d’individus (1780–1920), douaniers et enseignants, originaires du haut Doubs, qu’ils livrent dans une représentation dynamique, en interaction permanente avec un milieu marqué par un écotype singulier, celui de la frontière, fonctionnant comme un système de valeurs environnementales interdépendantes, qu’il s’agisse d’indices sociaux, économiques, culturels, historiques ou géographiques. La seconde partie est entièrement consacrée à la mise en perspective du courrier envoyé par Henri Chabos à sa fiancée, puis épouse – correspondance révélant des êtres de chair soumis aux mouvances du cœur, à l’incertitude accrue par la distance et à l’impuissance devant la séparation.

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Première Partie. Traces généalogiques

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Première Partie traces généalogiques ChaPitre 1 Fondations écotypiques de la mémoire Il y a cependant des gens qui, pour faire les esprits forts, ont l’air de rire quand vous leur parlez de la Dame verte, et ne craindraient pas de révoquer en doute son existence. Ces êtres-là, voyez-vous, il ne faut pas discuter avec eux, il faut les abandonner à leur froid scepticisme. Pour moi, je crois à la Dame verte ; j’y crois avec amour et joie comme à un bon génie. J’ai souvent entendu parler d’elle quand j’étais enfant ; je l’ai souvent cherchée plus tard, je l’ai attendue au bord du bois, et un jour enfin… mais, non, je ne veux rien vous dire, vous êtes peut-être aussi incrédules que les autres. C’était pourtant bien une dame verte. Xavier Marmier, « Féerie franc-comtoise », Revue de Paris, 1836. Mémoire écotypique des paysages Des traces éparses dans la correspondance adressée à Marcelle Laclef invitent à réfléchir à la nature des rapports entretenus par le jeune homme devenu clerc de notaire, puis postier, avec le pays profond (le haut Doubs) et l’histoire familiale (la douane, l’institution scolaire). En voici un aperçu, mettant en évidence l’ancrage mental d’Henri dans une certaine tradition : [1] Une carte postale sans correspondance : « Excursion en Franche-Comté. Sécheresse 1906. Douane Suisse et la berge au dernier bassin  ». Carte adressée par Henri Chabos à son père, depuis la frontière suisse (Brouillet, La Brévine, Jura suisse) : Monsieur...

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