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De l'Ancien Régime à quelques jours tranquilles de la Grande Guerre

Une histoire sociale de la frontière

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Jean-François P. Bonnot and Sylvie Freyermuth

Soldat de l’armée d’Orient, le caporal télégraphiste Henri Chabos entretiendra durant la guerre de 14–18 une correspondance quasi quotidienne avec son amie institutrice. L’absence de saillance sociale du scripteur – commis des Postes saisi par la guerre – rend l’étude approfondie de ce cas particulièrement pertinente : ces données constituent en effet autant de traces micro-historiques éclairant les représentations d’une fraction sociale formée d’individus nés dans les dernières années du XIXe siècle, exerçant des professions d’employés d’administration ou d’enseignant du premier degré. Ce n’est toutefois pas au caporal Chabos que les auteurs s’intéressent au premier chef, mais à l’individu préexistant à la guerre, un jour contraint « d’y aller », rapidement las et soumis, et lui-même produit d’une longue histoire.

Dans une première partie, les auteurs reconstruisent la trajectoire d’une lignée d’individus (1780–1920), douaniers et enseignants, originaires du haut Doubs, qu’ils livrent dans une représentation dynamique, en interaction permanente avec un milieu marqué par un écotype singulier, celui de la frontière, fonctionnant comme un système de valeurs environnementales interdépendantes, qu’il s’agisse d’indices sociaux, économiques, culturels, historiques ou géographiques. La seconde partie est entièrement consacrée à la mise en perspective du courrier envoyé par Henri Chabos à sa fiancée, puis épouse – correspondance révélant des êtres de chair soumis aux mouvances du cœur, à l’incertitude accrue par la distance et à l’impuissance devant la séparation.

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Chapitre 12: Retour à un habitus de modestie

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CHAPITRE 12

Retour à un habitus de modestie

Le mariage d’Henri et Marcelle

Henri trouvait déraisonnable de se marier1, tant la période était incertaine : depuis l’hôpital-hôtel niçois, il écrit à Marcelle que seuls des soldats n’ayant pas « un bon équilibre d’esprit » peuvent conclure une telle alliance durant une permission.

Nice, 23 janvier 1917 – Bonsoir Sussu gentille, je viens de recevoir ta lettre du 20 et je l’ai déjà relue une fois. Pourquoi voudrais-tu que je te voie avant d’aller à St-Hippolyte, donne-moi quelques raisons au moins et ma foi, je n’y vois pas d’inconvénient spécial si ça te fait plaisir, mais dis-moi un peu pourquoi tu as cette fantaisie. Je me demande bien un peu quelle mentalité ont ceux qui se marient en permission, pour moi je n’y vois guère un bon équilibre d’esprit. À moins bien sûr que la jeune fille puisse devenir mère ou autre motif d’intérêt, allocation, que sais-je. Mais en ce qui me concerne, je trouve que c’est avoir bien peu de réflexion et ne guère aimer une femme pour risquer de la mettre dans la douleur et briser sa vie peut-être en cas d’accident. Je leur souhaite bonne chance, à ces jeunes gens, de tout cœur. Tu as de jolies idées d’avoir une équipe de clairons pour la noce, moi je t’assure que j’en serais très peu flatté d’une...

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