Show Less
Restricted access

Célébrer Salazar en France (1930–1974)

Du philosalazarisme au salazarisme français

Series:

Edited By Olivier Dard and Ana Sardinha-Desvignes

« Célébrer Salazar ». La formule peut étonner mais c’est bien l’idée d’une forme de laudatio rendue des années 1930 aux années 1960 au dirigeant de l’Estado Novo portugais (1889–1970) par une partie des élites françaises que cet ouvrage entend mettre en lumière. La recherche s’appuie ainsi sur le dépouillement des archives de Salazar mais aussi sur les papiers du critique et écrivain António Ferro, l’homme qui fut aux origines de la création de cette image de Salazar en France. Du côté français, ont été mobilisés des dizaines de livres, des centaines d’articles publiés dans les quotidiens et les revues, quatre décennies durant. La plupart de leurs auteurs décrivent avantageusement le régime portugais et son dirigeant qu’une partie de privilégiés parmi eux a réussi à rencontrer pour en dresser un portrait qui va parfois jusqu'au panégyrique. Car le regard positif porté sur Salazar, principalement dans les milieux de droite conservatrice et radicale français, exprime un soutien à l’homme et aux principes qu’il incarne. Le philosalazarisme tient ainsi une place notable dans l’histoire politique et intellectuelle française contemporaine. Son étude enrichit l’histoire des réceptions et des transferts à travers celles des circulations et des réseaux à l’œuvre entre les bords du Tage et de la Seine, notamment après 1945 où il faut compter avec les exilés français installés à Lisbonne. Mais cette histoire n’est pas linéaire. L’entre-deux-guerres campe Salazar en Cincinnatus européen, héritier d’Henri le Navigateur. Au tournant des années 1950, c’est un Salazar humanisé que propose la journaliste Christine Garnier dans Vacances avec Salazar. Enfin, les quinze dernières consacrent le « Sage de l’Occident » que ses thuriféraires opposent aux modèles soviétique, cubain ou chinois et bien sûr à une Cinquième République gaullienne dont la politique algérienne est mise en regard des efforts de Salazar pour conserver l’empire portugais.

Show Summary Details
Restricted access

Intermède Vacances avec Salazar (1952) de Christine Garnier, ou le salazarisme côté coeur

Extract

← 178 | 179 →

Intermède

Vacances avec Salazar (1952) de Christine Garnier, ou le salazarisme côté coeur

À une heure de grande écoute, le 19 mai 1975, Jacques Chancel interroge son invitée. À l’aise, mondaine, hésitant parfois sur des questions délicates, Christine Garnier répond au journaliste. Il faut attendre la vingt-cinquième minute pour que Jacques Chancel aborde sa relation avec Salazar, et le dialogue ne nous permettra pas d’en apprendre beaucoup sur le livre Vacances avec Salazar ou sur Salazar lui-même :

J. Chancel : – Votre bonheur, c’est d’avoir pu tenter toutes les aventures, parce qu’on parle de l’Afrique, mais il y a également eu la rencontre avec un personnage, Salazar… C. Garnier : – Ah, oui ! Mais ça c’était…c’était pas gai non plus, c’était une atmosphère de couvent. J.C : – Mais pourquoi Salazar ? C.G : – Pourquoi Salazar ? C’est encore Bernard Grasset qui m’a lancée là. Il m’a dit : Salazar déteste les femmes… euh… surtout les femmes qui écrivent et qui travaillent. Vous allez y aller pour faire un livre, enfin c’était une longue histoire ; ça a duré très longtemps, cette affaire-là, ça a duré deux ans. Et… ben j’y suis allée, et puis alors là, j’ai trouvé quelqu’un, je parle pas du tout au point de vue politique, parce que je ne m’occupe pas du tout de politique. J.C : – Pourtant, avec Salazar, vous étiez bien obligée de parler de politique… C.G : – Non...

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.