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Le discours choral

Essai sur l’œuvre romanesque d'Édouard Glissant

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Christian Uwe

L’œuvre romanesque d’Édouard Glissant, élaborée sur près d’un demi-siècle, se caractérise par une grande cohérence notamment du fait d'un personnel romanesque récurrent qui conduit collectivement la narration. Résolument ancrée dans une vision de la parole partagée, la fiction de Glissant révèle et illustre les enjeux poétique, anthropologique et politique de la narration. La polyphonie particulière qui s’y déploie est qualifiée ici de discours choral ; le dispositif énonciatif mis en place par le roman glissantien contribue en effet à éclairer les problèmes fondamentaux que pose cette œuvre : l’histoire raturée dont les personnages éprouvent somatiquement le manque, la violence d’un discours ou d’un silence imposés, les implications des choix poétiques tels que la caractérisation des narrateurs, la forme (unie ou fragmentaire) du récit ou encore la répétition, sous plusieurs angles, des « mêmes » épisodes narratifs. À travers ces différents aspects, l’œuvre de Glissant apparaît comme une exigeante affirmation de la Vie contre les hégémonies et leurs expressions littéraires.

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Quelques pages avant son terme provisoire, le labyrinthe énonciatif qu’est Mahagony conduit le lecteur errant à la rencontre de « Celui qui commente ». La périphrase désigne celui que Mathieu appelle tantôt le « chroniqueur », tantôt son « auteur », lequel avoue être le signataire du récit de Mathieu. C’est ainsi qu’un auteur se retrouve en position de commentateur, placé donc à la place de celui qui lit et non, comme le voudrait l’habituelle logique, à la place de qui écrit. La relation se fait alors déplacement et conduit, le temps d’une lecture, à vivre au lieu de l’autre – par quoi il faut entendre non pas le remplacement mais la situation de l’autre. Et par « relation », la triple affirmation glissantienne qui dépasse infiniment le jeu de mot : « La Relation relie (relaie) relate » (Glissant 1990 : 187). Ce qui relie établit un rapport ; ce qui relaie ouvre et opère un passage ; ce qui relate instaure un discours. La Relation telle que l’entend Glissant fait tout cela. Mais c’est la relation-discours qui en donne connaissance et en révèle le mouvement. Sont reliés les lieux comme les personnes, les signes comme les voix, et ces rapports sont sans fin parce qu’ils sont en mouvement, en relais. L’« auteur », devenu « Celui qui commente », ne dit pas autre chose : « À la croisée des vents, le bruit des voix accompagne les signes écrits, dispose en procession pathétique sur la cosse ou le parchemin ; le dessin gagne encore. Mais ce qui parle, c’est...

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