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Le discours choral

Essai sur l’œuvre romanesque d'Édouard Glissant

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Christian Uwe

L’œuvre romanesque d’Édouard Glissant, élaborée sur près d’un demi-siècle, se caractérise par une grande cohérence notamment du fait d'un personnel romanesque récurrent qui conduit collectivement la narration. Résolument ancrée dans une vision de la parole partagée, la fiction de Glissant révèle et illustre les enjeux poétique, anthropologique et politique de la narration. La polyphonie particulière qui s’y déploie est qualifiée ici de discours choral ; le dispositif énonciatif mis en place par le roman glissantien contribue en effet à éclairer les problèmes fondamentaux que pose cette œuvre : l’histoire raturée dont les personnages éprouvent somatiquement le manque, la violence d’un discours ou d’un silence imposés, les implications des choix poétiques tels que la caractérisation des narrateurs, la forme (unie ou fragmentaire) du récit ou encore la répétition, sous plusieurs angles, des « mêmes » épisodes narratifs. À travers ces différents aspects, l’œuvre de Glissant apparaît comme une exigeante affirmation de la Vie contre les hégémonies et leurs expressions littéraires.

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Prélude

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L’œuvre littéraire d’Édouard Glissant est multiple à plusieurs égards. Elle fut inaugurée par un recueil de poèmes intitulé Un champ d’îles (1952). C’est le premier d’un important ensemble de recueils dont le dernier, Les grands chaos, fut publié en 1993. L’écriture poétique accompagne ainsi l’œuvre qu’elle inaugure. Son influence est visible dans le reste de l’œuvre, aussi bien dans les essais que dans les romans. Il n’est que de lire La Lézarde, premier des huit romans de Glissant, pour apprécier la facture exigeante aussi bien que poétique reconnue par plus d’un critique ; ou encore l’un quelconque de ses essais dans lesquels la rigueur de l’analyse et le souci du détail s’allient la grâce d’une poésie diffuse. On suit par exemple, dans Soleil de la conscience, le regard du jeune étudiant martiniquais nouvellement arrivé en France, un regard appliqué à déchiffrer un paysage – sorte de lecture dont l’écrivain ne se lassera jamais – et l’on s’arrête nous-même, médusé par l’affleurement de la poésie du monde sous la poésie du style :

La mer était le contraire de l’hiver, comme la montagne en était l’homonyme. […] La quittant, je remonte vers le nord aux champs étales. Blés mouvant, que jamais n’ébouriffe la montée saoule d’un peigne, tel le balisier nourricier de serpents. Cet infini de terres carrelées m’emprisonne. Loin de la vitre du train, je pense...

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