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L'homosexualité dans la vie et l'œuvre de Marcel Proust, une « sale tante » au grand cœur

Luc Legrand

Marcel Proust était écrivain et homosexuel à une époque où la réprobation officielle était plus forte qu’aujourd’hui. Il savait donc qu’en s’affichant, il pouvait compromettre sa réputation mondaine mais aussi l’espérance d’être publié, d’autant plus qu’il avait placé, au centre de son œuvre, le « vice honteux ».

Pour ne pas compromettre son statut social et son métier d’écrivain, il lui fallait donc une parade, en l’occurrence se déguiser en hétérosexuel, mais en un hétérosexuel spécialiste de l’inversion. Son œuvre serait alors une étude devant beaucoup à sa propre vie. Le héros Marcel est certes un hétérosexuel irréprochable mais il est confronté à l’homosexualité de son ami Charlus et de sa maîtresse bisexuelle Albertine.

La présente recherche nous conduit dans le labyrinthe des vérités et contrevérités des aléas de la condition homosexuelle dans la vie de Marcel Proust mais aussi dans son œuvre monumentale. La première partie est une biographie, fondée sur la recherche de l’homosexualité dans la vie de Proust. La deuxième est consacrée aux passages traitant d’homosexualité dans l’œuvre, principalement À la recherche du temps perdu. Cette « anthologie » met en évidence le fait qu’au centre de la grande œuvre court un véritable « roman » de l’homosexualité. La troisième partie est consacrée à la mise en parallèle des deux premières, elle nous propose analyses et conclusions.

Laissant une large place à la citation, ce travail se situe au confluent de l’histoire de la littérature et de l’histoire de l’homosexualité ; tout en répondant aux exigences scientifiques, il s’adresse aussi au grand public, tant proustien que « gay ».

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Chapitre 1. De l’enfance aux voyages à Venise (1871-1900)

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CHAPITRE I

De l’enfance aux voyages à Venise (1871-1900)

Enfance

Les données biographiques à propos de l’orientation sexuelle future du jeune Proust sont évidemment ténues, mais l’œuvre fournit des indications ; l’épisode du « baiser refusé » par sa mère un soir de visite, probablement inspiré d’un fait réel, figure déjà dans le projet de roman Jean Santeuil, où la mère de Jean dit (JS 202) : « nous ne voulons pas qu’il garde ces habitudes de petite fille. Trop longtemps sa mauvaise santé nous a obligés à des ménagements qui lui rendraient plus tard la vie impossible, et nous voulons, mon mari et moi, l’élever virilement ». Si l’on transpose ceci dans la vie de notre auteur – ce que nous ne faisons qu’à titre hypothétique – Jeanne Proust se serait inquiétée de la virilité de son fils aîné dès ses sept ans1. Mais plus tard le garçon tombe en admiration à l’égard de femmes. Ainsi en témoigne une visite à l’improviste où il trouve Louis Weil, oncle de sa mère, en compagnie de la courtisane de haut vol Laure Hayman ; il dit s’en éprendre.

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