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L'homosexualité dans la vie et l'œuvre de Marcel Proust, une « sale tante » au grand cœur

Luc Legrand

Marcel Proust était écrivain et homosexuel à une époque où la réprobation officielle était plus forte qu’aujourd’hui. Il savait donc qu’en s’affichant, il pouvait compromettre sa réputation mondaine mais aussi l’espérance d’être publié, d’autant plus qu’il avait placé, au centre de son œuvre, le « vice honteux ».

Pour ne pas compromettre son statut social et son métier d’écrivain, il lui fallait donc une parade, en l’occurrence se déguiser en hétérosexuel, mais en un hétérosexuel spécialiste de l’inversion. Son œuvre serait alors une étude devant beaucoup à sa propre vie. Le héros Marcel est certes un hétérosexuel irréprochable mais il est confronté à l’homosexualité de son ami Charlus et de sa maîtresse bisexuelle Albertine.

La présente recherche nous conduit dans le labyrinthe des vérités et contrevérités des aléas de la condition homosexuelle dans la vie de Marcel Proust mais aussi dans son œuvre monumentale. La première partie est une biographie, fondée sur la recherche de l’homosexualité dans la vie de Proust. La deuxième est consacrée aux passages traitant d’homosexualité dans l’œuvre, principalement À la recherche du temps perdu. Cette « anthologie » met en évidence le fait qu’au centre de la grande œuvre court un véritable « roman » de l’homosexualité. La troisième partie est consacrée à la mise en parallèle des deux premières, elle nous propose analyses et conclusions.

Laissant une large place à la citation, ce travail se situe au confluent de l’histoire de la littérature et de l’histoire de l’homosexualité ; tout en répondant aux exigences scientifiques, il s’adresse aussi au grand public, tant proustien que « gay ».

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Chapitre 4. Du prix Goncourt aux "Jeunes filles" à la mort de Proust (1919-1922)

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CHAPITRE IV

Du prix Goncourt aux Jeunes filles à la mort de Proust (1919-1922)

1919 verra la publication d’À l’ombre des jeunes filles en fleurs, couronné en décembre par le prix Goncourt, et en 1920 paraîtra Le côté de Guermantes I. L’événement principal pour notre sujet sera évidemment la publication en mai 1921 de Guermantes II – Sodome et Gomorrhe I. Le dévoilement sans périphrases de l’homosexualité de Charlus, et le « traité de l’inversion » modifieront considérablement la perception de l’œuvre aussi bien que celle de la personnalité de son auteur. Le début du présent chapitre est consacré principalement à ce qui précède cette date.

Les relations entre Proust et Gide restent de 1919 à mai 1921 aussi ambiguës que précédemment ; Proust se plaint de ne pas voir son confrère mais se dérobe quand l’occasion s’en présente. À la fin de juin, Proust écrit à Gaston Gallimard (XIX 151) : « Je ne parle pas de Gide bien entendu qui sait trop qu’il est toujours le bienvenu chez moi et que je l’aime infiniment ». Une lettre de mars 1921 porte cependant les mots : « […] quoique on ne soit pas trop bons compagnons tous les deux depuis quelque temps ». Ceci est la seule indication d’un refroidissement des relations entre les deux écrivains ; la cause en est inconnue. Est-ce pour les réchauffer que Gide écrit en avril pour la NRF du 1er...

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