Show Less
Restricted access

L'homosexualité dans la vie et l'œuvre de Marcel Proust, une « sale tante » au grand cœur

Luc Legrand

Marcel Proust était écrivain et homosexuel à une époque où la réprobation officielle était plus forte qu’aujourd’hui. Il savait donc qu’en s’affichant, il pouvait compromettre sa réputation mondaine mais aussi l’espérance d’être publié, d’autant plus qu’il avait placé, au centre de son œuvre, le « vice honteux ».

Pour ne pas compromettre son statut social et son métier d’écrivain, il lui fallait donc une parade, en l’occurrence se déguiser en hétérosexuel, mais en un hétérosexuel spécialiste de l’inversion. Son œuvre serait alors une étude devant beaucoup à sa propre vie. Le héros Marcel est certes un hétérosexuel irréprochable mais il est confronté à l’homosexualité de son ami Charlus et de sa maîtresse bisexuelle Albertine.

La présente recherche nous conduit dans le labyrinthe des vérités et contrevérités des aléas de la condition homosexuelle dans la vie de Marcel Proust mais aussi dans son œuvre monumentale. La première partie est une biographie, fondée sur la recherche de l’homosexualité dans la vie de Proust. La deuxième est consacrée aux passages traitant d’homosexualité dans l’œuvre, principalement À la recherche du temps perdu. Cette « anthologie » met en évidence le fait qu’au centre de la grande œuvre court un véritable « roman » de l’homosexualité. La troisième partie est consacrée à la mise en parallèle des deux premières, elle nous propose analyses et conclusions.

Laissant une large place à la citation, ce travail se situe au confluent de l’histoire de la littérature et de l’histoire de l’homosexualité ; tout en répondant aux exigences scientifiques, il s’adresse aussi au grand public, tant proustien que « gay ».

Show Summary Details
Restricted access

Avant-propos

Extract



Genèse et structure de cette étude

J’ai lu À la recherche du temps perdu à vingt ans, à mesure de la publication du roman dans la collection Le livre de poche autour de 1965. Je me savais homosexuel, mais mon expérience tant pratique que théorique en la matière était alors si réduite que la présence de l’inversion sexuelle dans l’œuvre m’avait largement échappé. Je ne pensai plus à Proust pendant des décennies, jusqu’à la parution en 1999, pour la première fois en un seul volume, du grand roman dans la collection « quarto » des éditions Gallimard. Ceci m’a donné l’idée d’y rechercher les passages ayant trait à ce sujet, pour les publier et les commenter à l’usage des lecteurs de Tels Quels, mensuel des gays et lesbiennes de Belgique, dont j’étais un des rédacteurs depuis 1981. Dix-huit articles ont ainsi paru d’avril 2000 à février 2002. Ils constituaient l’ébauche de la deuxième partie de la présente étude. Parler de l’œuvre sans en dire plus à propos de l’auteur était cependant frustrant et j’ai donc entamé, dans la foulée, ce que je prévoyais être un bref complément biographique ayant pour thème Marcel Proust et l’homosexualité. J’ignorais alors que la rédaction de ce « bref complément » allait s’étendre de février 2002 à mars 2007, toujours dans Tels Quels, pour arriver, compte tenu des dix-huit articles précédents, à un total de soixante-sept livraisons.

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.