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L'homosexualité dans la vie et l'œuvre de Marcel Proust, une « sale tante » au grand cœur

Luc Legrand

Marcel Proust était écrivain et homosexuel à une époque où la réprobation officielle était plus forte qu’aujourd’hui. Il savait donc qu’en s’affichant, il pouvait compromettre sa réputation mondaine mais aussi l’espérance d’être publié, d’autant plus qu’il avait placé, au centre de son œuvre, le « vice honteux ».

Pour ne pas compromettre son statut social et son métier d’écrivain, il lui fallait donc une parade, en l’occurrence se déguiser en hétérosexuel, mais en un hétérosexuel spécialiste de l’inversion. Son œuvre serait alors une étude devant beaucoup à sa propre vie. Le héros Marcel est certes un hétérosexuel irréprochable mais il est confronté à l’homosexualité de son ami Charlus et de sa maîtresse bisexuelle Albertine.

La présente recherche nous conduit dans le labyrinthe des vérités et contrevérités des aléas de la condition homosexuelle dans la vie de Marcel Proust mais aussi dans son œuvre monumentale. La première partie est une biographie, fondée sur la recherche de l’homosexualité dans la vie de Proust. La deuxième est consacrée aux passages traitant d’homosexualité dans l’œuvre, principalement À la recherche du temps perdu. Cette « anthologie » met en évidence le fait qu’au centre de la grande œuvre court un véritable « roman » de l’homosexualité. La troisième partie est consacrée à la mise en parallèle des deux premières, elle nous propose analyses et conclusions.

Laissant une large place à la citation, ce travail se situe au confluent de l’histoire de la littérature et de l’histoire de l’homosexualité ; tout en répondant aux exigences scientifiques, il s’adresse aussi au grand public, tant proustien que « gay ».

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Avant "À la recherche du temps perdu"

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Avant À la recherche du temps perdu

L’homosexualité dans Les plaisirs et les jours

Ce recueil au titre inspiré par Les Travaux et les jours du poète grec Hésiode est un mélange de nouvelles et autres textes disparates, sans fil conducteur décelable. Beaucoup de ces œuvrettes avaient été précédemment publiées dans des revues plus ou moins confidentielles. Parlant plus tard des Plaisirs, Proust, vantard, attribuera parfois ces textes à l’époque du collège, voire à ses quinze ans. La première édition, en 1896 chez Calmann-Lévy, était préfacée par Anatole France, illustrée de dessins de Madeleine Lemaire, et agrémentée par les partitions de quatre pièces pour piano de Reynaldo Hahn. Cette publication luxueuse n’a que médiocrement répondu aux espérances de l’auteur et ses amis ; le succès ne viendra qu’après la mort de Proust, devenu célèbre entre-temps, avec de nombreuses rééditions à partir de 1924.

La nouvelle Violante ou la mondanité (PJ-JS 35) est publiée une première fois en 1893 dans Le Banquet. La jeune Violante, après une aventure masculine, fait l’objet des entreprises pressantes de la princesse de Misène. Le lesbianisme est présenté de façon caricaturale.

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