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L'homosexualité dans la vie et l'œuvre de Marcel Proust, une « sale tante » au grand cœur

Luc Legrand

Marcel Proust était écrivain et homosexuel à une époque où la réprobation officielle était plus forte qu’aujourd’hui. Il savait donc qu’en s’affichant, il pouvait compromettre sa réputation mondaine mais aussi l’espérance d’être publié, d’autant plus qu’il avait placé, au centre de son œuvre, le « vice honteux ».

Pour ne pas compromettre son statut social et son métier d’écrivain, il lui fallait donc une parade, en l’occurrence se déguiser en hétérosexuel, mais en un hétérosexuel spécialiste de l’inversion. Son œuvre serait alors une étude devant beaucoup à sa propre vie. Le héros Marcel est certes un hétérosexuel irréprochable mais il est confronté à l’homosexualité de son ami Charlus et de sa maîtresse bisexuelle Albertine.

La présente recherche nous conduit dans le labyrinthe des vérités et contrevérités des aléas de la condition homosexuelle dans la vie de Marcel Proust mais aussi dans son œuvre monumentale. La première partie est une biographie, fondée sur la recherche de l’homosexualité dans la vie de Proust. La deuxième est consacrée aux passages traitant d’homosexualité dans l’œuvre, principalement À la recherche du temps perdu. Cette « anthologie » met en évidence le fait qu’au centre de la grande œuvre court un véritable « roman » de l’homosexualité. La troisième partie est consacrée à la mise en parallèle des deux premières, elle nous propose analyses et conclusions.

Laissant une large place à la citation, ce travail se situe au confluent de l’histoire de la littérature et de l’histoire de l’homosexualité ; tout en répondant aux exigences scientifiques, il s’adresse aussi au grand public, tant proustien que « gay ».

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"Albertine disparue"

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Albertine disparue

Dans la lettre laissée à Françoise, Albertine annonce à Marcel une rupture irrévocable, mais il ne peut s’empêcher de penser à une « fausse sortie » due à des raisons sordides : « Il est triste de penser que les Bontemps sont des gens véreux qui se servent de leur nièce pour m’extorquer de l’argent ». Plus loin, il reparle de « l’amitié d’Albertine avec deux lesbiennes » ce qu’on note car l’emploi de ce terme précis est exceptionnel sous la plume de Proust. Marcel apprend que son amie est bien partie en Touraine, chez sa tante Bontemps.

Avec le récit de la fuite d’Albertine s’entremêle un moment celui d’un incident intriguant, sans rapport direct avec notre sujet, mais abordant une autre variante sexuelle, qu’on appelle aujourd’hui la pédophilie (1928). Désespéré, et trouvant devant sa porte une petite fille pauvre, il la fait monter chez lui pour la bercer – en tout bien tout honneur – sur ses genoux. Sa présence lui devenant rapidement insupportable, il la renvoie avec un billet de 500 francs – une fortune. Ceci donnera lieu plus tard (1937) à une convocation chez le chef de la Sûreté, les parents de la fillette voulant porter plainte « en détournement de mineure ». Notre héros s’en tire avec un violent savon en présence des parents, car dès leur départ, l’officier qui est vraiment amateur de gamines le réprimande en compère, disant qu’il pourrait...

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