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L'homosexualité dans la vie et l'œuvre de Marcel Proust, une « sale tante » au grand cœur

Luc Legrand

Marcel Proust était écrivain et homosexuel à une époque où la réprobation officielle était plus forte qu’aujourd’hui. Il savait donc qu’en s’affichant, il pouvait compromettre sa réputation mondaine mais aussi l’espérance d’être publié, d’autant plus qu’il avait placé, au centre de son œuvre, le « vice honteux ».

Pour ne pas compromettre son statut social et son métier d’écrivain, il lui fallait donc une parade, en l’occurrence se déguiser en hétérosexuel, mais en un hétérosexuel spécialiste de l’inversion. Son œuvre serait alors une étude devant beaucoup à sa propre vie. Le héros Marcel est certes un hétérosexuel irréprochable mais il est confronté à l’homosexualité de son ami Charlus et de sa maîtresse bisexuelle Albertine.

La présente recherche nous conduit dans le labyrinthe des vérités et contrevérités des aléas de la condition homosexuelle dans la vie de Marcel Proust mais aussi dans son œuvre monumentale. La première partie est une biographie, fondée sur la recherche de l’homosexualité dans la vie de Proust. La deuxième est consacrée aux passages traitant d’homosexualité dans l’œuvre, principalement À la recherche du temps perdu. Cette « anthologie » met en évidence le fait qu’au centre de la grande œuvre court un véritable « roman » de l’homosexualité. La troisième partie est consacrée à la mise en parallèle des deux premières, elle nous propose analyses et conclusions.

Laissant une large place à la citation, ce travail se situe au confluent de l’histoire de la littérature et de l’histoire de l’homosexualité ; tout en répondant aux exigences scientifiques, il s’adresse aussi au grand public, tant proustien que « gay ».

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"Le Temps retrouvé"

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Le Temps retrouvé

Le début du Temps retrouvé (2131-2140) est la continuation directe des dernières pages d’Albertine disparue (2116-2128), avec la découverte de l’homosexualité de Saint-Loup et le séjour de Marcel chez Gilberte délaissée à Tansonville. Elle est malheureuse des mensonges perpétuels de son époux ; Marcel note (2133) : « Je comprenais du reste d’autant moins pourquoi il en faisait que Morel était reçu comme l’enfant de la maison […] partout où étaient les Saint-Loup, à Paris, à Tansonville ».

Françoise, qu’on a vue auparavant si affectée en découvrant la vraie nature des rapports entre Charlus et les jeunes gens, a fini par s’y accoutumer :

Françoise qui avait déjà vu tout ce que M. de Charlus avait fait pour Jupien et tout ce que Robert de Saint-Loup faisait pour Morel […] – comme Legrandin aidait beaucoup Théodore – […] avait fini, elle une personne si morale et si pleine de préjugés, par croire que c’était une coutume que son universalité rendait respectable. Elle disait toujours d’un jeune homme que ce fût Morel ou Théodore : « Il a trouvé un monsieur qui s’est toujours intéressé à lui et qui lui a bien aidé ». Et comme en pareil cas les protecteurs sont ceux qui aiment, qui souffrent, qui pardonnent, Françoise, entre eux et les mineurs qu’ils détournaient, n’hésitait pas à leur donner le beau rôle, à leur trouver « bien du cœur ». Elle...

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