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Critique d’art et nationalisme

Regards français sur l’art européen au XIXe siècle

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Edited By Thierry Laugée and Carole Rabiller

En histoire de l’art, la critique est l’un des miroirs identitaires d’une nation, la résultante d’un héritage façonné par les codes sociaux et culturels d’un pays. Elle repose sur des conventions qui lui sont propres et admises, consciemment ou non, par ses auteurs et son public. Les textes de critique d’art français informent par conséquent tout autant sur la culture de l’observateur que sur celle de l’observé.

Ce volume réunit douze études du discours français sur l’art des pays voisins dans un contexte de rivalités ou de compétitions internationales. Par l’analyse de commentaires de salons, de comptes rendus d’expositions ou encore d’ouvrages d’histoire de l’art du XIXe siècle, les contributions interrogent la part de chauvinisme, de protectionnisme ou de géopolitique inhérente aux transferts culturels européens. Que ce soit à travers les notions d’école artistique ou de nation, la critique d’art française est devenue un important vecteur de diffusion des stéréotypes nationaux et des conflits ou alliances au sein de l’Europe. Dès lors, le point de vue du critique sur l’œuvre d’un artiste est un matériau de premier choix pour comprendre les dynamiques identitaires. La réunion de ces études vise ainsi à révéler les dimensions anthropologiques et politiques de la critique d’art française du XIXe siècle permettant d’appréhender le discours sur l’art comme une participation à la conscience collective de la spécificité d’une nation.

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Le critique d’art, la voix de sa nation ?

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79 Pourquoi la sculpture anglaise ne fut pas romantique Thierry Laugée Avec son ouvrage de 1928 intitulé La sculpture romantique1, Luc Benoist fut véritablement un pionnier dans ce champ disciplinaire qu’est l’étude de la sculpture du premier xixe siècle. Le titre doit nous surprendre par son ambition, la synthèse de toute la statuaire du temps étant envisagée ; un équivalent en peinture amènerait nécessairement à confronter les productions d’un Géricault, d’un Friedrich et d’un Constable entre tant d’autres. Pourtant, le contenu de l’ouvrage est bien plus précis, seule la statuaire française est prise en compte, aucune allusion n’étant faite à quelque artiste étranger, si ce n’est Canova, le plus français des sculpteurs italiens. La sculpture romantique est-elle, de fait, française ? S’agit-il d’un choix conscient de Luc Benoist ? L’auteur, attaché au musée du Louvre, n’avait certes sous les yeux, de productions sculptées du premier xixe siècle, que des exemples français. Il est également certain que l’absence de comparaison avec d’autres pays, et en particulier avec l’Angleterre, tient à une histoire de l’art, ou plutôt vient d’une critique d’art plus ancienne au sein de laquelle la place de la sculpture anglaise fut généralement oubliée, niée et parfois radicalement rejetée. Existe-t-il simplement une sculpture romantique anglaise ? Cette question fut soulevée principalement lors de l’Exposition universelle de 1855, et la critique française fit une réponse unanime : aucunement. C’est ainsi, autour des...

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