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Critique d’art et nationalisme

Regards français sur l’art européen au XIXe siècle

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Edited By Thierry Laugée and Carole Rabiller

En histoire de l’art, la critique est l’un des miroirs identitaires d’une nation, la résultante d’un héritage façonné par les codes sociaux et culturels d’un pays. Elle repose sur des conventions qui lui sont propres et admises, consciemment ou non, par ses auteurs et son public. Les textes de critique d’art français informent par conséquent tout autant sur la culture de l’observateur que sur celle de l’observé.

Ce volume réunit douze études du discours français sur l’art des pays voisins dans un contexte de rivalités ou de compétitions internationales. Par l’analyse de commentaires de salons, de comptes rendus d’expositions ou encore d’ouvrages d’histoire de l’art du XIXe siècle, les contributions interrogent la part de chauvinisme, de protectionnisme ou de géopolitique inhérente aux transferts culturels européens. Que ce soit à travers les notions d’école artistique ou de nation, la critique d’art française est devenue un important vecteur de diffusion des stéréotypes nationaux et des conflits ou alliances au sein de l’Europe. Dès lors, le point de vue du critique sur l’œuvre d’un artiste est un matériau de premier choix pour comprendre les dynamiques identitaires. La réunion de ces études vise ainsi à révéler les dimensions anthropologiques et politiques de la critique d’art française du XIXe siècle permettant d’appréhender le discours sur l’art comme une participation à la conscience collective de la spécificité d’une nation.

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Le nord et le sud de l’Europe dans la critique d’art de Thoré-Bürger et de Huysmans (Aude Jeannerod)

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Le nord et le sud de l’Europe dans la critique d’art de Thoré-Bürger et de Huysmans

Aude JEANNEROD

Théophile Thoré (1807-1869), alias William Bürger, et Joris-Karl Huysmans (1848-1907) sont deux critiques d’art français qui demeurent étrangers à la vague nationaliste déferlant sur l’Europe au XIXe siècle. Ils ont également en commun de s’être peu à peu détournés des productions artistiques de leurs compatriotes et de leurs contemporains pour leur préférer la peinture étrangère et l’art du passé. Or, cette réorientation a lieu, chez l’un comme chez l’autre, pour des raisons idéologiques.

Militant républicain, Thoré se détache de l’actualité politique et artistique au cours de son exil sous le Second Empire ; ses ambitions politiques déçues, conjuguées à sa découverte enthousiaste de l’art étranger, le font remettre en cause sa propre appartenance nationale au profit d’une citoyenneté européenne, signifiée par le pseudonyme qu’il adopte : Bürger, « citoyen1 ». Huysmans, quant à lui, critique vivement la ferveur patriotique qui s’empare de la France après la défaite de 1870 : refusant toute expression du chauvinisme hexagonal, il tourne en dérision la peinture militaire, qui alimente l’esprit de revanche, comme les expositions universelles, qui exaltent le génie national.

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