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Histoire, Forme et Sens en Littérature

La Belgique francophone – Tome 2 : L’Ébranlement (1914–1944)

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Marc Quaghebeur

L’invasion allemande d’août 1914 suscite en Belgique un véritable sentiment patriotique qui se manifeste par la résistance imprévue de l’armée belge. À Noël 1914, les troupes impériales sont enlisées dans les plaines de la rive droite de l’Yser.

Le viol de la neutralité belge comme les violences de la soldatesque déchaînent un sentiment antiallemand qui anéantit du jour au lendemain l’admiration vouée jadis par les Belges à l’Allemagne. Ce rejet concerne dès lors tout ce qui touche à la culture germanique. Or, l’adoption du suffrage universel pour les hommes au sortir du conflit met progressivement fin à la « Belgique française ».

Ce deuxième tome de la série Histoire, Forme et Sens en Littérature : La Belgique francophone aborde l’impact de ces événements sur les grands auteurs de la génération léopoldienne. Ensuite, il s’attache, à travers la nouvelle génération d’écrivains, à l’affirmation du fantastique réel chez un Hellens ou un Thiry, ainsi qu’aux novations langagières et formelles des Michaux, Nougé, Plisnier ou Crommelynck. Il dialectise ces esthétiques souvent remarquables avec l’hypostase de plus en plus exacerbée de la langue française et de la France, portée à son acmé par le Manifeste du lundi. Il rend également compte de la mise en place d’une historiographie littéraire bien plus complexe que les simplifications du Manifeste.

Portée par les fourgons de la défaite de mai 1940, la reviviscence du mythique chez Maeterlinck, Ghelderode, Hergé ou Nothomb surgit comme une réponse très belge à la faillite du réel. Les contrepoints de Victor Serge à l’égard des deux conflits mondiaux le confirment à leur manière.

Les deux premiers volumes de la série Histoire, Forme et Sens en Littérature : La Belgique francophone ont été récompensés en 2017 du prix Lucien Malpertuis. Le présent ouvrage, deuxième volet, s’est quant à lui vu décerner en 2018 le prix annuel de l'Académie des littératures 1900-1950.

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Chapitre I: L’Effondrement de l’illusion germanique

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CHAPITRE I

L’Effondrement de l’illusion germanique

Le XIXe siècle a vu naître, à trois cents kilomètres de Paris, une production littéraire francophone à laquelle peut clairement être accolée, à partir des années 1880-1910, l’appellation de Littérature1 au sens fort. La qualité et la singularité de certains textes – à commencer par La Légende d’Ulenspiegel publiée en 1867 mais assumée par le monde littéraire belge novateur à partir des années 1880 – comme la réception européenne, voire mondiale2, de certaines œuvres l’assoient. En témoignent les œuvres d’un Verhaeren ou d’un Maeterlinck mais également Bruges-la-Morte de Georges Rodenbach. Cette littérature se voit portée par un discours mythique3. Il permet une première caractérisation de cet espace littéraire, tant par rapport à la France qu’à l’égard de la doxa des littératures nationales censées les faire reposer sur l’identité entre langue, culture, territoire et État. Cette littérature est essentiellement perçue et reçue par les classes dirigeantes. Elle fait l’objet d’anthologies4 destinées aux écoles, voire de promotion populaire, par exemple à travers la Section d’Art du Parti ouvrier belge.

L’image du petit Belge, dont la singularité tient à son souci de défendre ses libertés, prend ainsi figure dans cette littérature. Synthèse des héritages germano-latins, héritier d’un Siècle d’or (1450-1560), emblématisé par la ← 21 | 22 → figure de Charles Quint – un enfant du...

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