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Veuves françaises de la Grande Guerre

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Peggy Bette

« Il y a plus inconnue que le soldat inconnu : sa femme ». Depuis que ce slogan a été brandi par une poignée de féministes françaises lors d'une manifestation sous l'Arc de Triomphe le 26 août 1970, de nombreuses études sont venues lutter contre l'amnésie collective envers la contribution des femmes à l'histoire nationale. Pour autant, et assez paradoxalement, celles que les militantes du MLF avaient choisies pour incarner la mémoire féminine oubliée – les veuves françaises de la Première Guerre mondiale – n'ont jamais vraiment fait l'objet d'une histoire qui leur soit à la fois spécifique et générale, et sont bien souvent restées cantonnées, dans les esprits, à leur seul rôle d'endeuillées.

Le présent ouvrage, par une approche résolument sociale et juridique, comble cette lacune. Il envisage une palette plus vaste des fonctions investies par ces femmes et propose un récit plus complet de leurs itinéraires et de leurs combats, qu'ils soient individuels ou collectifs, restreints à la sphère familiale ou d'envergure internationale, d'ordre pratique ou politique. Il vise ainsi à leur restituer une identité propre, autonome de celle de leur mari, et à révéler leurs capacités d'action. Il contribue, par la même occasion, à relire la Grande Guerre et ses impacts sur la société française et plus précisément sur la condition des femmes. Les veuves de poilus, parce qu'elles appartiennent à ces générations qui ont grandi dans l'esprit du XIXe siècle mais qui ont vu leur vie adulte indéniablement marquée par le conflit de 1914–1918, constituent un sujet d'analyse pertinent pour revisiter avec nuance tout un ensemble de questions essentielles telles que les rapports de la société face à la mort, l'évolution du rôle de l’État en matière sociale, ou encore la place accordée aux femmes dans la vie publique.

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Conclusion

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Désormais les veuves françaises de la Première Guerre mondiale ne sont plus des inconnues. Il a été possible, dans ces pages, de restituer leurs profils, leurs itinéraires et leurs combats. Ce sont des filles de la Troisième République, nées pour les plus âgées aux alentours de 1870 et pour les plus jeunes à la veille du XXe siècle. La plupart d’entre elles ont vu le jour entre 1884 et 1891, ont entre 5 ans et 12 ans quand l’Affaire Dreyfus éclate, entre 15 et 22 ans lors du vote de la loi de 1905 et entre 24 et 31 ans au moment de la mobilisation générale. Elles sont alors, comme les autres femmes de leur génération, de jeunes épouses, mères pour 80 % d’entre elles d’un ou deux enfants encore en bas âge, et femmes actives, souvent paysannes, mais aussi couturières, domestiques, collaboratrices de leur mari à l’atelier ou à la boutique et, pour les plus qualifiées, employées de bureau ou enseignantes. D’un nombre oscillant, selon les estimations démographiques et la période observée, entre 630 000 et 700 000, elles représentent environ 13 % des 5 millions d’épouses de mobilisés. Dans leur majorité, elles sont femmes de fantassins, pour beaucoup paysans dans la vie civile. On observe aussi une proportion supérieure à la moyenne de femmes d’officiers, militaires de carrière ou intellectuels à l’origine. Si ces femmes deviennent,...

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