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Le «care», face morale du capitalisme

Assistance et police des familles en Amérique latine

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Edited By Blandine Destremau and Isabel Georges

    L’Amérique latine est souvent considérée comme un laboratoire de politiques publiques, qui accompagnent le développement de formes néo-libérales de capitalisme. Après les années 2000, l’État social signe son « retour », marqué par une nouvelle génération de politiques sociales d’assistance dites conditionnelles, dans des contextes de réduction des dépenses publiques, d’extension de la marchandisation et d’intense concurrence politique.

    Cet ouvrage explore les nébuleuses d’acteurs engendrées par la mise en pratique de ces politiques, à partir d’enquêtes ethnographiques menées dans cinq métropoles d’Amérique latine. Il montre comment elles instituent une police des familles, centrée sur les femmes et fondée sur une économie morale valorisant l’éthique du care et de la responsabilité. La gestion et la répartition du travail reproductif s’opèrent par des dispositifs d’activation, d’incitations comportementales et de contrôle de proximité. Ce mode de gouvernement moral des pauvres tend à instaurer un ordre politique qui organise la reproduction sociale et économique et repose sur une division du travail entre sexes, générations et classes sociales. Il nourrit l’essor des opportunités de profit marchand et des positions d’intermédiation. Cette face morale des politiques économiques néolibérales a permis un compromis de gouvernement, qui s’est estompé.

    S’il se démarque de ce cadre général, le cas de Cuba, aux prises avec une réforme de sa politique sociale, confirme la centralité du care et des injonctions morales dans les politiques publiques.

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    Introduction. Les territoires de l’assistance. Quelles frontières de légitimité au Brésil ? (Anete Brito Leal Ivo)

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    INTRODUCTION

    Les territoires de l’assistance

    Quelles frontières de légitimité au Brésil ?

    Anete Brito Leal IVO

    Université Catholique de Salvador da Bahia (UCSAL) et Université fédérale de Bahia (UFBA), Salvador de Bahia, Brésil

    D’après Weber (1999)1 la légitimité peut être comprise comme une « croyance » (Glaube) des citoyens en la bonté des dirigeants ou une « attente » des dirigeants pour obtenir des citoyens, en réponse à leur mandat, leur consentement à la forme de domination de l’État. En termes gramsciens, la revendication de légitimité ne peut être atteinte que par la force coercitive de l’appareil d’État et n’implique pas un changement radical de tous les aspects sociaux. Tout comme la légitimation de l’assistance ayant pour cible les « plus pauvres » peut être entendue comme l’acceptation élargie de l’action sociale ciblée de l’État social par la majorité de la société, vue comme la manière la « plus efficace » (correcte, souhaitable ou réalisable) de rendre possible l’intégration sociale d’un corps de citoyens « ayant droits » dans l’hégémonie du marché.

    Pour dépasser une vision luhmannienne de la légitimation2, qui pense la société en tant que système, mes commentaires sur les « territoires de l’assistance » prennent comme point de départ la notion bourdieusienne de champ (de l’assistance), constitué par les agents et les institutions dont ← 299 | 300 → les pratiques sociales...

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