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Le «care», face morale du capitalisme

Assistance et police des familles en Amérique latine

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Edited By Blandine Destremau and Isabel Georges

    L’Amérique latine est souvent considérée comme un laboratoire de politiques publiques, qui accompagnent le développement de formes néo-libérales de capitalisme. Après les années 2000, l’État social signe son « retour », marqué par une nouvelle génération de politiques sociales d’assistance dites conditionnelles, dans des contextes de réduction des dépenses publiques, d’extension de la marchandisation et d’intense concurrence politique.

    Cet ouvrage explore les nébuleuses d’acteurs engendrées par la mise en pratique de ces politiques, à partir d’enquêtes ethnographiques menées dans cinq métropoles d’Amérique latine. Il montre comment elles instituent une police des familles, centrée sur les femmes et fondée sur une économie morale valorisant l’éthique du care et de la responsabilité. La gestion et la répartition du travail reproductif s’opèrent par des dispositifs d’activation, d’incitations comportementales et de contrôle de proximité. Ce mode de gouvernement moral des pauvres tend à instaurer un ordre politique qui organise la reproduction sociale et économique et repose sur une division du travail entre sexes, générations et classes sociales. Il nourrit l’essor des opportunités de profit marchand et des positions d’intermédiation. Cette face morale des politiques économiques néolibérales a permis un compromis de gouvernement, qui s’est estompé.

    S’il se démarque de ce cadre général, le cas de Cuba, aux prises avec une réforme de sa politique sociale, confirme la centralité du care et des injonctions morales dans les politiques publiques.

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    Aides sociales et citoyenneté assistancielle. Une analyse de l’expérience chilienne (Marco Ceballos)

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    Aides sociales et citoyenneté assistancielle

    Une analyse de l’expérience chilienne1

    Marco CEBALLOS

    Universidad Andrès Bello, École de sociologie, Faculté d'humanités et sciences sociales, Valparaíso, Chili

    Cette logique, axée sur les droits individuels, implique un « retrait » des institutions des politiques publiques, aux marges des droits sociaux. Les pauvres sont à « assister » dans leur développement et peuvent être considérés comme les titulaires d’une « citoyenneté assistée » (Castro, 2009 : 2).

    Ce texte analyse le statut de citoyenneté sociale des femmes bénéficiaires des politiques d’assistance sociale au Chili. On s’interroge sur leur subjectivation concernant les programmes sociaux dont elles bénéficient, leurs formes d’accès et leur rapport aux fonctionnaires. La question porte sur leur citoyenneté entendue non pas comme un statut abstrait, formel ou juridique mais comme expérience quotidienne d’inscription dans des dispositifs d’aide sociale. On propose d’y voir une forme assistée ou assistancielle de citoyenneté, formule qui sert à illustrer un statut incertain de protection et de reconnaissance sociales qui, loin de promouvoir, chez les femmes pauvres, une appropriation de biens publics, semble approfondir une fracture sociale marquée par leur exclusion. ← 361 | 362 →

    Une constellation d’aides sociales

    L’expérience chilienne de transformation du social depuis les années 1980 est emblématique pour l’Amérique latine. Le Chili a été pionnier dans l’exploration, la mise en œuvre et la rationalisation des processus...

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