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Aux sources de l’esprit français : la liberté de traduire

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François Morvan

Peut-on aller jusqu'à faire de la traduction vers la langue française la clé de voûte de l'émergence politique et culturelle de la civilisation française ? C'est ce que tente de démontrer cet ouvrage, qui part de l'hypothèse que le traducteur est un créateur à part entière, construisant son époque en empruntant à l'œuvre-source, sans se placer sous son joug.

Partant de là, l'histoire se divise en quatre grandes périodes : la fondation latine et grecque ; la politique d'État de l'imperium français ; l'apogée de la littérature au XIXe siècle ; l'intégration dans une république mondiale des Lettres. La traduction sert tour à tour de ciment politique, d’outil de conquête et de terreau fertile d’un développement esthétique ou scientifique de la langue. Elle manifeste à chacune de ces époques l'essence même de « l'esprit français » : la quête d'universalisme.

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Chapitre II. La construction de l’esprit français (XVe-XVIIIe siècle)

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Chapitre II

La construction de l’esprit français (XVe-XVIIIe siècle)

Au XVIIe siècle, la France domine le monde par l’influence de ses lettres, de sa culture et de son économie. Une partie du pays est bien consciente de vivre dans une période d’hégémonie culturelle : « La nation française excelle autant en esprit, comme en courage et en valeurs » lit-on dans les attendus du Journal littéraire général de cette période1.

En l’espace d’un siècle, des centaines de traducteurs, célèbres, modestes ou tombés dans les oubliettes de l’histoire des lettres contribuent à renforcer cette prédominance : ils solidifient la couche profonde de la conscience commune. Il est souvent ignoré qu’à partir du XVIe siècle, « le nombre des textes traduits dépasse très vite la quantité des œuvres dites d’auteur. »2 Les œuvres philosophiques issues d’autres idiomes sont plus nombreuses que les originales. Mais elles ajoutent au travail originel un nouveau récit mis en scène, avec parfois beaucoup de liberté d’interprétation, par le traducteur, signe d’une vitalité intellectuelle hors-pair de la France de cette époque.

Grâce aussi à eux, deux autres types d’universalismes se renforcent par rapport à la période précédente : ceux de la raison et de l’État. Concernant la raison, le pays est plus empreint de cet esprit laïc, véritable ferment de la culture française qui reste ambigüe sur ces...

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