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L'Europe dans le monde du football

Genèse et formation de l’UEFA (1930-1960)

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Philippe Vonnard

Comment expliquer la popularité du football à l’échelle européenne ? Une des pistes pour répondre à cette question est d’étudier le rôle de l’Union des associations européennes de football (UEFA) qui n’a eu de cesse d’agir en vue de renforcer les échanges footballistiques au niveau européen. À partir du dépouillement d’archives inédites, ce livre répond à un vide historiographique en proposant de retracer la genèse et la formation de l’UEFA dans une perspective globale et qui privilégie le long terme. Nous défendons ici la thèse que la mise en place de cette organisation au milieu des années 1950 est un tournant dans l’histoire du football européen.

Trois axes principaux complémentaires sont développés tout au long de cet ouvrage. Le premier traite du rôle de la FIFA (Fédération internationale de football association), puis de l’UEFA dans le développement d’une dynamique européenne du jeu. Le deuxième questionne la possibilité qu’ont les dirigeants du football de créer un organisme qui transcende les barrières de la Guerre froide (à sa fondation, l’UEFA compte une trentaine de pays européens). Finalement, le troisième interroge les raisons de la constitution de l’UEFA durant les années 1950 ainsi que le modèle d’organisation choisi par ses promoteurs.

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Introduction générale

Introduction générale

Chaque saison, plus de trois cents clubs de football masculin et féminin1, issus des quatre coins de l’Europe, prennent part aux compétitions européennes. Ces échanges entraînent l’organisation de plus de cinq cents rencontres. S’ajoute à ces chiffres la dizaine de parties officielles ou amicales disputées annuellement par les équipes nationales, ainsi que la phase finale de l’Euro (le Championnat d’Europe pour les équipes nationales) qui est organisé tous les quatre ans. Par ailleurs, une bonne partie de ces rencontres draine des milliers de supporters qui n’hésitent pas à faire des centaines de kilomètres pour voir jouer leurs clubs ou leur équipe nationale, participant ainsi à l’existence d’un véritable tourisme footballistique. Notons encore que le football professionnel n’est pas seul concerné par cette circulation de personnes car d’innombrables échanges footballistiques ont lieu tout au long de l’année au niveau des jeunes et des clubs amateurs. En outre, signalons la retransmission en direct de la plupart de ces rencontres et les nombreuses émissions de télévision, quasiment quotidiennes, traitant du football d’élite européen. Enfin, pour clore ce bref et non exhaustif tableau, de juin à août et de décembre à janvier, le marché des transferts (mercato) implique une circulation intense des joueurs et entraîneurs mais aussi de capitaux ainsi que des données sur les joueurs (dans les médias ou par des organismes de statistiques privés). C’est donc peu dire que les échanges européens en matière de football sont conséquents.

Ces différents éléments permettent à Manuel Schotté d’indiquer que « si l’échelon national prime historiquement dans la structuration du football en Europe, le niveau européen est progressivement devenu un espace important »2. Cette place du football à l’échelle européenne a conduit des auteurs à se questionner sur l’hypothétique rôle du ballon←21 | 22→ rond dans la formation d’une identité européenne3 ou d’un espace public européen4, voire de considérer les compétitions européennes de football des clubs (telle la Ligue des champions) comme des « lieux de mémoire européens »5.

Pourquoi étudier le rapport entre le football et l’Europe ?

Il est intéressant de souligner que les scandales qui touchent régulièrement le domaine du football européen (violences entre supporters, paris truqués, corruption, transferts illégaux de joueurs, achats de rencontres ou d’arbitres, etc.) ne semblent pas avoir de conséquences sur la popularité des rencontres européennes et surtout ne remettent aucunement en question l’organisation de ces échanges continentaux. Ce constat paraît surprenant, d’autant qu’il contraste avec le contexte actuel d’une pensée plutôt sceptique vis-à-vis de la construction européenne dans les différents pays du Vieux Continent6.

Comme l’avait déjà étudié au début des années 2000 Andy Smith, le fait de suivre les compétitions européennes n’implique aucunement de souscrire à l’idée de la création d’une communauté politique à l’échelle←22 | 23→ géographique européenne7. Par ailleurs, William Gasparini a rappelé il y a peu qu’il fallait prendre des précautions sur le rôle du football dans le rapport entretenu à l’Europe chez ses citoyens8. Il n’empêche que ces nombreux échanges footballistiques font vivre, plusieurs fois dans l’année, l’idée d’un continent uni et doivent donc être pris en compte dans les études sur la construction européenne. Et ce d’autant plus que nous savons désormais que les processus d’intégrations ont été « à la fois plus nombreux et très différents des grands projets politiques d’après-guerre tels que, par exemple, la Communauté européenne »9. C’est d’ailleurs pourquoi Laurent Warlouzet propose plutôt d’évoquer, à la place du terme de construction européenne, l’histoire des coopérations européennes afin de rendre « justice au profond renouvellement de l’histoire de l’intégration européenne lors des deux dernières décennies »10.

Notre intérêt pour l’histoire du football européen s’inscrit justement dans ce renouvellement de perspective. Si ce jeu paraît digne d’intérêt, c’est qu’à notre sens il recèle trois caractéristiques – qui ne lui sont pas totalement propres – qui rendent cet objet particulièrement intéressant à étudier dans le cadre de l’histoire des coopérations européennes. Premièrement, il faut souligner la popularité du football dans quasiment tous les pays européens et la régularité des rencontres disputées à l’échelle européenne. En ce sens, le jeu concerne une grande partie des citoyens européens. Mais ce sont aussi les ressorts de ces échanges européens qui sont relativement bien connus, compris et surtout investis, en particulier par les couches populaires. C’est du moins ce que suggère la conclusion d’une étude réalisée par le sociologue Pierre-Édouard Weil parue en 2011 sur le rapport à l’Europe chez des populations de jeunes issus de l’immigration de←23 | 24→ la banlieue parisienne11. Ce point est important à souligner car il contraste avec l’espace européen qu’essaient de construire les institutions basées à Bruxelles, à savoir principalement l’Union européenne ou le Conseil de l’Europe, un espace européen souvent perçu comme un processus obscur, manquant de légitimité auprès des populations, voire qui concerne avant tout les élites12. En ce sens, le football fait partie de ces domaines, comme ceux des techniques13 ou de la culture14, qui arrivent à toucher quasiment de manière quotidienne une grande partie des populations du continent.

La deuxième caractéristique du football concerne le cadre compétitif dans lequel le jeu s’est rapidement structuré à l’échelle supranationale. Si les tournois, pour les clubs et les nations, créés pour la plupart dans les années 1920, se présentent rapidement comme des lieux propices à l’exacerbation des nationalismes et offrent ainsi de formidables occasions pour les États de montrer leur puissance sur la scène internationale15, la confrontation footballistique ne peut toutefois se réaliser que lorsque des règles ont été préalablement acceptées par les participants. C’est pourquoi l’affrontement nécessite de trouver des accords entre les adversaires afin de jouer ensemble. Ce point est en particulier défendu par différents promoteurs (dirigeants sportifs, journalistes, voire acteurs politiques) de ces échanges footballistiques internationaux qui imaginent que le sport peut aider à créer des rapprochements entre les populations16. Même si cette ambition peut paraître utopique, force est de constater que le←24 | 25→ football offre indéniablement de nombreuses opportunités d’organiser des parties entre des clubs, ou des équipes nationales, issus de pays éloignés géographiquement et parfois opposés dans les relations politiques internationales17.

Troisièmement, le football est administré sur la scène européenne par des acteurs non étatiques, qui prennent de l’importance au fil des années. Il s’agit en premier lieu de la Fédération internationale de football association (FIFA), créée en 190418. La FIFA autorise, ou non, les échanges internationaux entre les équipes nationales et pose un cadre réglementaire contraignant sur l’organisation de ces rencontres. Cette situation a pour conséquence majeure que les États – qui investissent le jeu durant l’entre-deux-guerres19 – doivent tenir compte de cet acteur qui dicte les règles dans le domaine du football international. Certes, la FIFA est composée d’une association nationale par pays dont certaines pourraient être tentées de l’instrumentaliser à leurs profits – surtout si celle-ci dépend d’un pays dans lequel sévit un régime autoritaire. Cependant, l’élite de la FIFA20 – puis également de l’Union des associations européennes de football (UEFA), fondée en 1954 – pense son action en dehors des contraintes de la politique internationale. Ainsi, ses membres souhaitent avant tout dynamiser les échanges internationaux au travers du jeu et comme dit ci-dessus, certains d’entre eux vont même jusqu’à estimer que les nombreux échanges footballistiques peuvent, à terme, favoriser les rapprochements entre les peuples. Par ailleurs, ces organisations internationales, qui sont à placer dans celles de type non gouvernemental, constituent des arènes qui permettent aux associations nationales de se rencontrer, de discuter, voire, en certaines circonstances, de créer des alliances atypiques au regard de ce qui se passe sur la scène internationale.←25 | 26→

Au regard de tous ces éléments, il paraît donc intéressant d’étudier plus précisément les ressorts de cette place particulière que détient le football à l’échelle géographique européenne. En d’autres termes, dans ce livre il s’agit de s’interroger sur le côté quasiment « naturel » des échanges européens en football. Nous proposons ici de revenir sur une période charnière dans l’établissement de cet ancrage du football à l’échelle géographique européenne : les années 1930 aux années 1960.

L’Europe et le football : perspectives historiques

Depuis une vingtaine d’années, plusieurs historiens ont insisté sur l’ancienneté des échanges continentaux en football. À ce titre, Pierre Lanfranchi a été l’un des premiers à souligner le cosmopolitisme des premiers pratiquants qui s’attellent à diffuser le jeu sur le continent européen dans le premier quart du XXe siècle21. À sa suite, d’autres chercheurs ont développé des études sur les trajectoires transnationales des acteurs du football (principalement les joueurs et les entraîneurs)22. Dans le sillage de ces recherches, plusieurs aspects européens du jeu ont commencé à être analysés, en particulier la création et le développement des compétitions supranationales – comme la Mittel-Europa (Mitropa) Cup pour les clubs et la Coupe des Balkans ou la Coupe internationale pour les nations – qui voient le jour dès l’entre-deux-guerres23. Ces différents tournois offrent un cadre régulier d’échanges aux clubs et aux associations nationales de football, entités pour la plupart créées entre la fin du XIXe et la première décennie du XXe siècle. En outre, ces compétitions favorisent le déplacement des acteurs du jeu, au sens large du terme (joueurs, entraîneurs, journalistes, voire de supporters). Enfin, leur précoce et large médiatisation – que ce soit par la presse spécialisée qui connaît un développement durant les années 1920 ou par la presse généraliste –←26 | 27→ accroît la popularisation du jeu dans l’espace public national autant qu’elle participe à la diffusion d’informations au niveau supranational. Ainsi, la Mitropa Cup, disputée de 1927 à 1938, principalement entre des clubs autrichiens, hongrois, italiens et tchèques (des formations roumaines, suisses et yougoslaves y prennent occasionnellement part), est relayée par des journaux sportifs de pays n’ayant pourtant pas de représentants dans la compétition, par exemple l’Allemagne, la Belgique, la France ou les Pays-Bas. Tenant compte de l’épaisseur historique de ces échanges européens en football, Paul Dietschy évoque l’existence d’une « Europe du football », dont les prémices se repéreraient durant la Belle Époque déjà24 et qui s’affirmerait pendant l’entre-deux-guerres25. S’il n’emploie pas cette terminologie, Christian Koller présente aussi la période qui va de 1919 à 1939 comme charnière dans l’établissement d’échanges footballistiques de différents types – économiques, institutionnels, voire politiques – à l’échelle continentale26.

Certes, de nombreux échanges en football existent à l’échelle européenne depuis le premier quart du siècle dernier, toutefois des analyses préliminaires nous poussent à postuler qu’un nouveau palier est franchi dans cette dynamique européenne du football durant les années 195027. En effet, ce moment correspond notamment à la fondation d’une entité européenne du football, à savoir l’UEFA. Le football s’inscrit ainsi dans le processus d’« Europe-organisation »28, c’est-à-dire la création d’organisations supranationales dans de très nombreux domaines (culture, économie, politique, science, sport, technique, etc.) qui favorisent les échanges à l’échelle géographique européenne. Très diverses de par leur nombre de membres, leur géographie, leurs objectifs et leur portée sur la société, ces organisations témoignent d’une ère favorable aux échanges européens. En football, c’est en 1954 que l’UEFA←27 | 28→ voit le jour. Force est de constater que cette organisation va rapidement s’affirmer comme un « acteur clef »29 de la dynamisation des échanges européens dans le football.

Lors de ses cinq premières années, l’UEFA invente des compétitions européennes pour les clubs (Coupe des clubs champions européens ; Coupe des vainqueurs de coupe européenne), les nations (Coupe d’Europe des nations) ou les jeunes (Tournoi international des juniors). Contrairement aux épreuves disputées durant l’entre-deux-guerres, ces tournois convoquent désormais la grande majorité des pays européens. En outre, ils connaissent un fort engouement de la part du public, renforcé par leur intense médiatisation, des rubriques spéciales à leur sujet étant rapidement créées dans les grands journaux sportifs. De plus, ces épreuves commencent à être télédiffusées dans la seconde partie des années 1950 par le biais du réseau Eurovision de l’Union européenne de radio (UER), créé en 195430. Au travers de l’organisation de ces tournois, l’UEFA dynamise le nombre de matchs disputés à l’échelle géographique européenne. Mais son activité ne se résume pas à l’organisation de compétitions et, comme le note William Gasparini

l’UEFA structure progressivement l’espace européen du football […] en élaborant un règlement et des réglementations, et en offrant des formations pour entraîneurs et arbitres. Elle s’impose progressivement comme l’interlocuteur privilégié des États européens et des institutions européennes dès lors que le football se retrouve à l’agenda des États membres de l’UE mais également du Conseil de l’Europe ou, plus tardivement, de la Commission et du Parlement européen31.

Il semble donc qu’il y ait un avant et un après la création de l’UEFA, celle-ci correspondant in fine à une nouvelle phase de développement du football européen.←28 | 29→

Études historiques sur l’UEFA : état de l’art

Si une littérature relativement abondante existe sur l’UEFA, elle est surtout le fruit d’économistes, de juristes, de spécialistes en gestion du sport ou encore de sociologues du sport qui ont abordé différents aspects de l’Union pour la période allant des années 1990 à nos jours32. Au contraire, rares sont encore les historiens qui se focalisent sur cette organisation, une situation qui s’explique sans doute en raison du nombre limité de travaux consacrés au football européen sur la période qui court des années 1950 aux années 1980. En outre, les chercheurs qui se sont intéressés à ces décennies ont jusqu’ici plutôt considéré le développement de l’UEFA comme un acte secondaire et ont surtout proposé des textes consacrés à la création des compétitions européennes33.

Pourtant, comme nous l’avons récemment montré pour le cas de la Coupe des champions européens34 – première épreuve organisée par l’UEFA dès la saison 1955-1956 –, le rôle tenu par l’Union dans le tournant européen des épreuves créées durant les années 1950 est considérable. En effet, si l’idée initiale de la création de la Coupe des champions provient de journalistes de L’Équipe, l’apport de l’UEFA est décisif. Premièrement, c’est elle qui finalise le projet, fonde l’épreuve et permet sa pérennisation. Deuxièmement, la reprise de l’organisation du tournoi par l’Union renforce son pôle européen, puisque des associations non invitées par les journalistes français (comme celles de l’Allemagne de l’Est, de la Bulgarie ou de la Roumanie) demandent immédiatement l’inscription de leur champion national dans l’épreuve. Troisièmement, par ses actions, l’UEFA←29 | 30→ favorise la popularité de l’épreuve, notamment en acceptant – certes, au départ, encore a minima – la rapide télédiffusion des rencontres. Ainsi, ses dirigeants et ceux de l’UER se rencontrent, dès 1956, au sujet de la médiatisation de l’épreuve par le biais du réseau Eurovision35. Ce bref exemple révèle que, quelques mois après sa création, et alors qu’elle reste une entité très modeste (elle ne dispose pas de siège fixe ni de secrétaire rémunéré à plein temps), l’UEFA joue déjà un rôle prépondérant dans l’organisation et la popularisation du football européen.

Hormis les trois livres réalisés à l’occasion d’anniversaires de l’Union36, ouvrages qui permettent déjà de donner des éléments factuels sur le développement de l’organisation, nous pouvons mentionner quatre recherches qui ont traité de son cas. En premier lieu, il faut indiquer un article généraliste et basé sur la lecture des ouvrages commémoratifs de l’UEFA écrit en 2007 par Laurent Barcelo37. Ce papier est plutôt descriptif et n’offre dès lors que peu de pistes d’explication sur les raisons de la création de l’Union et sur les raisons de son rapide développement. Pour autant, il a l’avantage, non négligeable, de souligner l’existence d’une organisation européenne de football et d’inviter à s’y intéresser de plus près. En deuxième lieu, des informations sur l’Union peuvent être collectées dans un intéressant mémoire de fin d’étude réalisé, en 2009, par un étudiant en sciences politiques de l’Université de Strasbourg, Antoine Maumon de Longevialle38. Cet étudiant souligne en particulier un fait important, à savoir que l’Union transcende, dès sa création, la Guerre froide puisqu’elle est constituée autant de pays de l’Est que de l’Ouest de l’Europe. De même, il aborde des questions relatives au territoire de l’UEFA et traite brièvement de l’adhésion de la Turquie, en convoquant pour l’occasion des archives issues de la FIFA. En troisième lieu, il faut mentionner le travail mené par Grégory Quin dans le cadre de la bourse de recherche de l’UEFA 2011-201239. S’il n’a pas traité spécifiquement de←30 | 31→ l’Union, son étude se terminant en 1954, soit l’année de sa création, Grégory Quin y développe des éléments intéressants sur la structuration de la FIFA durant l’entre-deux-guerres (en analysant ses finances, en traitant à nouveaux frais de la création de la Coupe du monde ou encore en apportant quelques brefs propos sur son élite dirigeante). En outre, il postule que cette dernière peut être considérée comme une « pré-organisation » du football européen car elle dynamise les échanges entre ses associations membres. Sa recherche invite donc à élargir la focale temporelle et à davantage relier la création de l’UEFA avec le développement que connaît la FIFA durant les années 1920 et 1930. Enfin, il faut indiquer l’étude réalisée en 2014 par Jürgen Mittag, titulaire de la Chaire Jean Monnet sur le sport et la politique à la Deutsche Sporthochschule de Cologne. En effet, ce chercheur s’interroge sur la particularité de l’UEFA à transcender la Guerre froide et s’est notamment demandé comment son élite dirigeante a négocié cette situation40. De plus, Jürgen Mittag s’attelle également à replacer les premiers développements de l’UEFA dans la trame plus générale de la coopération européenne. À ce propos, l’auteur soutient l’hypothèse que les dirigeants du football suivent des objectifs sportifs mais aussi plus politiques, c’est-à-dire qu’ils utilisent le football pour rapprocher les pays européens divisés par la Guerre froide.

L’article du chercheur allemand a été produit dans le cadre d’une publication du Football research in an enlarged Europe (FREE). Conduit de 2011 à 2015 par neuf universités européennes, ce projet avait pour but d’étudier le développement de nombreux aspects du football européen sur le long terme tout en favorisant une perspective interdisciplinaire41. Constatons néanmoins que, mise à part l’étude de Jürgen Mittag, aucune autre des nombreuses contributions publiées dans les ouvrages qui ont suivi les différentes conférences du projet FREE n’a abordé spécifiquement des éléments de l’histoire de l’UEFA. Ce projet a cependant eu le grand mérite de susciter de nouvelles réflexions et, en parallèle, d’autres conférences ont←31 | 32→ été organisées autour de la thématique du développement du football à l’échelle géographique continentale. Durant ces échanges scientifiques, des réflexions ont émergé sur le cas de l’UEFA42, ouvrant le champ à une exploration plus approfondie sur son histoire.

Dans le cadre de cet ouvrage, nous souhaitons poursuivre, mais aussi élargir, ces réflexions, démarche qui viendra combler un vide historiographique important et qui permettra de mieux comprendre un double mouvement, d’une part, le développement du football à l’échelle géographique européenne ; d’autre part, le processus qui a mené à ce fort ancrage européen du jeu. Outre de bénéficier des développements précités de l’histoire des coopérations européennes et de l’histoire du football international, cette recherche est également inspirée par les nouvelles réflexions proposées dans le champ des études de l’histoire des relations internationales sur les thématiques de la culture43 et du sport44. Par ailleurs, elle s’appuie aussi sur des études qui abordent différents aspects←32 | 33→ de l’histoire et de la sociologie des organisations internationales45. C’est donc une recherche qui se veut à la croisée de différentes historiographies, et qui n’hésite pas à mobiliser des travaux issus de différentes disciplines (en particulier la sociologie et les sciences politiques), que nous proposons dans les lignes qui vont suivre.

Plusieurs questions seront explorées dans le cadre de ce livre, certaines ayant pour but de préciser des points déjà abordés dans les travaux présentés ci-dessus, d’autres cherchant à explorer de nouvelles pistes : d’où vient l’idée de la création de l’UEFA ? Pourquoi celle-ci est-elle créée au milieu des années 1950 ? Qui en sont les promoteurs et quels sont les objectifs qu’ils poursuivent en s’investissant activement dans le développement du football continental ? Quelles sont leurs sources d’inspiration pour développer l’entité ? Comment ont-ils pu créer une organisation à la configuration si atypique en comparaison de la très grande majorité des organisations européennes précitées ? Quel est l’impact de la Guerre froide au sein de l’Union et comment ses dirigeants ont-ils pu le négocier ? Comment expliquer son rapide développement ? Autant de questionnements qui impliquent de revenir sur la mise en place de l’UEFA. C’est pourquoi, dans cet ouvrage, nous faisons le choix de nous focaliser sur la genèse et la formation de cette entité.

Longue durée, gouvernance et perspective globale. Problématiques de la recherche

Ce livre s’intéresse à la construction de l’Europe dans le monde – ou la planète – football. Le terme « monde » recèle l’avantage de faire double emploi. D’une part, il permet de souligner qu’il existe un domaine du football avec ses propres organisations, ses règles et ses codes46. Ce monde n’est bien évidemment pas clos et ses acteurs ont des liens avec ceux évoluant←33 | 34→ dans d’autres domaines, jouent eux-mêmes un rôle dans d’autres sphères (économique, politique). Toutefois, ils essaient de se réserver une certaine autonomie. À noter que celle-ci n’est pas figée, mais qu’elle se construit au fil du temps et, selon le contexte international, peut être sérieusement mise à mal. D’autre part, le terme « monde » rappelle que l’échelle géographique européenne doit être mise en rapport avec l’échelle internationale. En ce sens, il faut relier la mise en place de l’UEFA avec le développement du football hors d’Europe, et en particulier en Amérique du Sud47.

La période étudiée ici débute en 1930, année qui correspond à une réforme de la structure de la FIFA, avec la création d’un secrétariat et l’engagement d’un secrétaire permanent. En outre, l’invention de la Coupe du monde lors de cette même année marque une étape importante dans l’affirmation de l’organisation en matière d’administration du football mondial, lui permettant de consolider ses finances ainsi que de dynamiser les échanges entre les pays européens, qui sont alors encore largement majoritaires en son sein. L’étude se termine en 1960, lorsque l’UEFA dispose d’un siège fixe et d’un secrétaire rémunéré à temps plein. C’est aussi en 1960 que s’organise la première phase finale de Coupe d’Europe des nations, qui va progressivement devenir une compétition phare de l’Union.

Notre recherche poursuit trois axes de questionnement. Le premier se focalise sur le rôle des organismes footballistiques, tout d’abord la FIFA puis l’UEFA, dans le développement du football international. En effet, ces organisations – qui agissent elles-mêmes dans un contexte footballistique mouvant – permettent un accroissement du nombre de matchs de football à l’échelle géographique européenne, en particulier par le biais de l’établissement de compétitions supranationales. De même, elles offrent des opportunités aux dirigeants du football de se rencontrer régulièrement et peuvent être comprises comme des lieux d’échanges dans lesquels les dirigeants présents discutent et prennent des décisions en vue de dynamiser le football continental. Au fil des ans, elles créent / favorisent / contribuent à établir un réseau serré de dirigeants du football européen dont l’objectif avéré consiste à développer le jeu sur le continent, voire même à créer – et maintenir – des liens entre les pays européens, et ce indépendamment←34 | 35→ de la situation politique internationale. La question principale que nous souhaitons poser concerne le rôle que jouent la FIFA, puis l’UEFA dans la dynamisation des échanges européens en football. Notre hypothèse est que si la FIFA pose déjà, durant les années 1930, un cadre d’échanges footballistique à l’échelle européenne, la création de l’UEFA marque une nouvelle étape car cet organisme prend des décisions qui permettent, à terme, de renforcer cette dynamique et ainsi de progressivement établir la « naturalité » du cadre européen dans le football.

Le deuxième axe questionne les rapports entre les dirigeants du football (principalement ici l’élite dirigeante de la FIFA, puis de l’UEFA) et la politique. Pour le dire autrement, il s’agit d’explorer la capacité que les dirigeants ont à proposer des échanges qui contrastent avec le contexte politique international et, plus globalement, à se réserver une autonomie, certes relative, sur la scène internationale. Aussi, il est nécessaire de comprendre comment ces dirigeants ont fait pour affirmer le pouvoir de leur organisation sur la scène internationale. Il s’agit donc ici d’étudier un double mouvement. Tout d’abord, il est nécessaire de décrire les stratégies de gouvernance créées par les dirigeants au sein de la FIFA et qui persistent sur le long terme ainsi que les compromis momentanés négociés au regard de la situation internationale. Ces éléments sont cruciaux car ils permettent de renforcer la cohésion interne de leur organisation, condition sine qua non pour exister sur la scène internationale. Puis, il faut étudier la politique que les dirigeants développent afin de positionner leur organisation sur la scène internationale dans le but d’altérer les possibles concurrences extérieures qui pourraient remettre en question l’autorité de leur organisation. La question principale peut être décrite comme suit : de quelle manière les dirigeants de la FIFA et de l’UEFA parviennent-ils à se réserver une autonomie relative sur la scène internationale ? Notre hypothèse est que l’élite dirigeante de l’UEFA s’inspire largement de ce que nous nommons des stratégies de gouvernance développées, puis rediscutées, depuis les années 1930, au sein de la FIFA (en particulier par les membres de son élite). Celles-ci ont pour but de lui conférer une place particulière sur la scène internationale permettant à l’organisation de se soustraire, en partie, au contexte de la politique internationale et ainsi de poursuivre son but premier : le développement du jeu à l’échelle supranationale.

Le troisième axe de cette recherche consiste à s’interroger autant sur les raisons de la formation de l’UEFA dans la seconde partie des années 1950 que sur la structure d’organisation choisie par ses promoteurs. Ici, nous pensons le développement de l’organisation européenne en termes globaux, c’est-à-dire en tenant compte d’acteurs non européens. Cet aspect est d’autant plus important à étudier dans le cadre du football car – comme←35 | 36→ c’est le cas d’autres sports48 – celui-ci est conduit par une géopolitique particulière. En effet, des années 1930 aux années 1960, les puissances footballistiques sont principalement issues de deux continents : l’Amérique du Sud et l’Europe. Or des dirigeants des associations nationales de football sud-américaines commencent, dans les années 1930, à contester l’hégémonie européenne au sein de la FIFA et vont militer en vue de décentraliser la structure de l’organisation en groupements continentaux (prenant comme modèle leur association continentale, la Confédération sud-américaine, première confédération continentale existante au sein de la FIFA). La question que nous nous posons ici est : comment expliquer la mise en place de l’UEFA au milieu des années 1950 ? Notre hypothèse est qu’il faut penser la mise en place de l’organisme européen dans une perspective globale et prendre en compte les oppositions mais aussi les transferts d’idées qui existent entre les dirigeants européens et sud-américains, des années 1930 aux années 1960.

Ces trois questionnements s’enchevêtrent tout au long d’un récit proposé au lecteur sous forme diachronique et qui a pour but principal de retracer les étapes menant à la mise en place (genèse et formation) de l’UEFA.

Mobiliser les « archives du football »

La présente étude s’appuie sur une documentation, en bonne partie inédite, issue de ce qu’Alfred Wahl a nommé « les archives du football »49, à savoir des documents provenant essentiellement d’organismes footballistiques. Il s’agit donc de s’inscrire dans une dynamique, par la suite continuée en particulier par des chercheurs comme Paul Dietschy et Grégory Quin, qui vise à collecter et utiliser la riche documentation conservée par les organismes sportifs50. Dans le cadre de cette recherche,←36 | 37→ nous avons mobilisé deux corpus d’archives principaux. Tout d’abord, il s’agit des archives de l’UEFA, qui se trouvent à son siège de Nyon (en Suisse) et qui n’avaient jusqu’ici jamais été utilisées dans le cadre d’un travail académique. Puis, celles de la FIFA51, qu’il est possible de consulter au siège de l’organisation à Zurich. Si ces dernières ont déjà été mobilisées par plusieurs auteurs, nous mettons ici au jour une documentation encore largement inédite.

Dans un premier temps, nous avons dépouillé les documents officiels (procès-verbaux) des différentes commissions et des assemblées générales de l’UEFA et de la FIFA, les rapports annuels tenus par leurs secrétaires généraux ainsi que les bulletins officiels des deux organismes. Ces documents permettent de dresser une chronologie du développement des deux organisations, de repérer les sujets développés en leur sein, les réalisations qu’elles concrétisent ainsi que d’identifier les principaux dirigeants qui œuvrent à leur développement respectif. Dans un deuxième temps, ce riche corpus a été complété par des informations issues de plusieurs dossiers de correspondance. À noter qu’en ce qui concerne l’UEFA, pour la période étudiée, il n’existe pas de dossiers de correspondances spécifiques entre l’UEFA et les associations nationales (les dossiers commencent à partir des années 1970). Ce sont donc les dossiers de correspondance de la FIFA qui sont mobilisés dans cette recherche. Tout d’abord, des documents sont issus des boîtes de correspondances entre la FIFA et l’UEFA pour les années 1950, dans lesquelles il est possible de retrouver des documents non conservés par l’organisme européen, ainsi que celles entre la FIFA et la Confédération sud-américaine pour les années 1930 à 1960, qui offre autant des informations sur la volonté des dirigeants sud-américains de décentraliser la FIFA que sur le développement de leur organisme continental. Puis, nous avons passé au crible la correspondance entre la FIFA et les associations nationales pour la période étudiée52. Cette←37 | 38→ documentation renseigne autant sur la politique institutionnelle de la FIFA que sur les étapes qui mènent à la constitution d’un organisme européen de football.

Nous avons également consulté les boîtes de correspondances personnelles des dirigeants du comité exécutif de la Fédération internationale. Cette documentation permet de connaître le positionnement des dirigeants sur de nombreux sujets et éclaire les décisions prises lors des séances du comité exécutif ou de l’assemblée générale, complétant avantageusement les documents officiels préalablement consultés. En outre, il est aussi possible de recueillir des appréciations personnelles qui aident à brosser le profil des dirigeants concernés par notre recherche. De plus, ces lettres permettent d’esquisser les liens qui les unissent et aident à comprendre l’établissement d’un réseau de dirigeants européens. Pour en savoir davantage sur la trajectoire et le profil sociologique de ces dirigeants, nous avons récolté des articles nécrologiques dans les journaux ainsi que consulté les Who’s Who nationaux et des dictionnaires biographiques53. S’il est possible d’y collecter des informations sur la majorité des dirigeants de notre étude, mentionnons que les indications sont parfois succinctes et très liées aux activités sportives. De plus, ajoutons que ces dirigeants n’ont pas laissé beaucoup de traces54. En conséquence, le constat tiré, il y a près de vingt←38 | 39→ ans, par Alfred Wahl sur les difficultés à se procurer des informations sur les acteurs des organisations sportives reste d’actualité55.

Dans le but de corroborer, questionner, voire élargir le propos sur certains points, nous avons aussi eu recours à une documentation complémentaire. D’un point de vue archivistique, la riche documentation récoltée à l’UEFA et à la FIFA a été étoffée par d’autres documents issus des fonds de la fédération allemande (ex-Est et Ouest), belge, anglaise, française et suisse, choix qui s’explique en raison de l’accessibilité de leurs archives et aussi du fait que ces associations étaient parmi celles sélectionnées dans l’étape précédente. Le recours à ces archives devait nous permettre non seulement de mieux saisir les enjeux des discussions qui se déroulent au sein de la FIFA et de l’UEFA mais aussi de recueillir de nouvelles informations.

Nous avons également effectué deux autres types de démarches : la lecture de périodiques et des entretiens avec des acteurs footballistiques importants de la période étudiée. L’emploi de journaux spécialisés s’avère un complément utile car les journalistes assistent aux réunions officielles et ne se privent pas de donner des éléments sur la manière dont se sont déroulés les débats, ce qui contraste avec le côté policé des documents officiels des organisations. De plus, les rédacteurs de journaux sont souvent proches des dirigeants sportifs et, à ce titre, sont relativement bien informés. C’est pourquoi ils n’hésitent pas à émettre des hypothèses, notamment les jours précédant les réunions, sur les décisions qui pourraient être prises au sein de l’organisation. Sur certains aspects, des journaux généralistes français et suisses ont aussi été consultés.

En ce qui concerne les entretiens avec des acteurs clés du football de la période étudiée, ceux-ci ont été conduits sous une forme semi-directive. Deux rencontres ont été réalisées avec le journaliste Jacques Ferran. Entré à L’Équipe en 1948, Ferran va y rester quarante ans et en devient le rédacteur en chef durant les années 1970. Nous avons également eu l’opportunité de nous entretenir avec Pierre Delaunay, secrétaire général de l’UEFA de 1955 à 1959 puis membre de son comité exécutif de 1960 à 1962. Parallèlement secrétaire général de la Fédération française de 1955←39 | 40→ à 1968, il était donc aux premières loges pendant la création de l’UEFA, et ce d’autant plus qu’il est le fils d’Henri Delaunay, premier secrétaire de l’Union et dirigeant influent du football européen des années 1920 aux années 1950. Nous nous sommes aussi entretenus avec Hans Bangerter. Contemporain de Delaunay, Bangerter a été secrétaire général adjoint de la FIFA de 1953 à 1959, puis secrétaire général de l’UEFA de 1960 à 1989. À la tête du secrétariat durant près de trente ans, il a vécu et participé à son développement. Enfin, cette recherche bénéficie d’entretiens réalisés dans le cadre d’autres recherches sur le football européen des années 1950-197056.

Plan du livre

L’ouvrage est scindé en deux parties, chacune composée de deux chapitres. La première partie traite de la genèse de l’UEFA : il s’agit de comprendre le processus qui va mener à la création de l’Union au milieu des années 1950, mais aussi de saisir les raisons qui expliquent sa structure ainsi que les buts principaux de ses promoteurs.

Dans le premier chapitre, il s’agit de retracer le développement du football européen durant les années 1930 et en particulier d’insister sur le rôle de la FIFA dans ce processus. Si une dynamique européenne existe indéniablement, nous montrons que celle-ci reste malgré tout concurrencée par des connexions de type régional. De plus, il s’agit de mettre au jour les différentes stratégies développées par l’élite dirigeante de la FIFA dans le but de neutraliser les conflits au sein de l’organisation mais aussi en vue de se réserver une place relativement autonome sur la scène internationale. Cette volonté est notamment émise par son président, le Français Jules Rimet, qui reste à la tête de l’organisation de 1919 à 1954 et l’imprègne←40 | 41→ fortement de ses idéaux. Enfin, nous montrons que des contestations existent vis-à-vis de l’européocentrisme de l’élite de la FIFA dès le milieu des années 1930. Ce sont principalement des dirigeants officiant dans la Confédération d’Amérique du Sud – créée en 1916 – qui commencent à demander davantage de place dans la gouvernance de l’organisation et, à ce titre, envisagent déjà une décentralisation de la Fédération internationale.

Le deuxième chapitre s’intéresse à la période de la Deuxième Guerre mondiale ainsi qu’à ses conséquences pour la FIFA. Contrairement au premier conflit mondial, le football européen ne connaît pas un arrêt total et des rencontres continuent à se disputer, ce qui explique en partie leur perpétuation rapide au sortir du conflit. Mais si les échanges footballistiques reprennent rapidement après la guerre, c’est aussi parce que la FIFA a réussi à faire face à la pression des Allemands durant les premières années de guerre. Au sortir du conflit, son élite dirigeante doit néanmoins négocier au mieux les ressentiments dus à la guerre ainsi que les conséquences de l’arrivée de l’Union soviétique et au retour des associations britanniques – qui avaient quitté la FIFA en 1927. En effet, en raison de leur statut sur la scène footballistique, mais aussi politique, internationale, un changement dans la composition du comité exécutif est décidé afin de permettre à un Soviétique et à un Britannique d’y figurer. Ces changements préfigurent ceux qui auront lieu au début des années 1950 et qui seront notamment impulsés par la Confédération sud-américaine. Car, dans les premières années de la décennie – le continent étant moins directement touché par la guerre –, cette confédération connaît une phase de structuration qui lui permet de mieux porter la voix de l’Amérique du Sud au sein de la FIFA. Au sortir du conflit, une alliance est même créée entre les confédérations d’Amérique centrale – fondée en 1938 – et d’Amérique du Nord – qui voit le jour en 1946. Elle doit permettre de dynamiser le football dans les Amériques mais aussi d’éventuellement créer une position panaméricaine au sein de la FIFA dans le but d’obtenir davantage de considération.

La deuxième partie aborde plus directement la formation de l’UEFA et s’attelle à décrire, avec précision, sa création et ses premiers développements.

Le troisième chapitre revient sur les actions qui débouchent sur la décentralisation de la FIFA. Au début des années 1950, le contexte semble plus propice à la création d’une entité continentale. Tout d’abord, des idées sont développées par plusieurs acteurs du football européen (dirigeants d’associations nationales, dirigeants de clubs, journalistes) qu’il faudrait créer davantage de synergies à l’échelle continentale. Ainsi, l’idée de fonder une organisation continentale est soulevée par une nouvelle génération de dirigeants œuvrant dans les associations nationales et arrivant sur le←41 | 42→ devant de la scène au sein de la FIFA (en particulier le trio Ottorino Barassi, Stanley Rous et Ernst Thommen). Toutefois, à cette période, ces projets concernent principalement les associations d’Europe de l’Ouest, la Guerre froide, dans un moment particulièrement chaud avec le déclenchement de la Guerre de Corée, ne permettant plus d’échanges réguliers entre les associations footballistiques de l’Est et de l’Ouest. Parallèlement, les associations sud-américaines passent à l’offensive et proposent un réagencement de la structure de la FIFA. Il s’agirait de créer des confédérations continentales – sur le modèle de la Confédération d’Amérique du Sud – qui administreraient le football sur le continent. Après trois ans de discussions, cette question va être réglée lors d’un congrès extraordinaire de la FIFA qui se déroule à Paris en novembre 1953.

À la suite de cette assemblée, la décision est prise que les dirigeants du comité exécutif de la Fédération internationale devront être choisis par chaque continent. Ceci implique quasiment implicitement la création d’organisations continentales, sujet qui est traité dans le quatrième chapitre. Alors qu’un réchauffement Est-Ouest s’opère progressivement (ce que les historiens ont appelé le « Dégel »), les associations européennes se réunissent et créent, en juin 1954, un Groupement européen, qui est renommé UEFA en octobre de la même année. S’inscrivant dans un contexte propice aux échanges footballistiques continentaux (pour la première fois de l’histoire, des projets de compétitions véritablement européennes sont lancés), l’UEFA va rapidement reprendre à son compte ce dynamisme et le soutenir. En moins de cinq ans, elle va se profiler comme l’organisme principal du football européen. Ce développement rapide s’opère en particulier parce que ses dirigeants tentent de négocier le fait que l’organisation est composée d’associations qui proviennent des blocs de l’Est et de l’Ouest. Reprenant et adaptant les stratégies développées au sein de la FIFA durant l’entre-deux-guerres, ils vont réussir à construire un monopole de l’UEFA dans la gestion du football européen, que ce soit vis-à-vis de l’intérieur du monde du football (face à la FIFA notamment) et de l’extérieur (comme face à l’Union européenne de radio). En outre, ses compétitions (comme la Coupe des clubs champions européens) vont permettre de créer, ou de maintenir, des liens réguliers entre des pays politiquement divisés. Ainsi, l’UEFA se profile comme la principale confédération de la FIFA. Car, dans cette seconde partie des années 1950, la Fédération internationale se continentalise avec la création d’autres confédérations (en Afrique et en Asie). Jusqu’ici, la Confédération sud-américaine était le modèle à suivre, mais, en raison de son rapide développement, l’UEFA devient également un acteur majeur de cette continentalisation ainsi qu’une source d’inspiration pour les autres continents.←42 | 43→


1 Ce livre s’intéresse uniquement au football masculin. Pour des réflexions sur le football féminin européen, voir : Breuil X., Histoire du football féminin en Europe, Paris, Nouveau Monde, 2011 ; Williams J., Globalising Women’s Football: Europe, Migration and Professionalization, Bern, Peter Lang, 2013.

2 Schotté M., « La structuration du football professionnel européen. Les fondements sociaux de la prévalence de la “spécificité sportive” », Revue française de socio-économie, vol. 13, n° 1, 2014, p. 14.

3 Sonntag A., Les identités du football européen, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2008, pp. 247-271. Le concept d’identité européenne est sujet à de nombreux débats. Pour une réflexion critique, voir : Duchesne S., « L’identité européenne, entre science politique et science fiction », Politique européenne, vol. 30, n° 1, 2010, pp. 7-16.

4 Kennedy P., « Using Habermas to crack the European football championships », Sport in Society, vol. 20, n° 3, 2017, pp. 355-369. Pour une discussion récente sur le concept d’espace public européen, voir : Doria C., Raulet G. (dir.), L’espace public européen en question. Histoire et méthodologie, Bruxelles, P.I.E. Peter Lang, 2015.

5 Groll M., « UEFA football competition as European site of memory – cups of identity », dans Pyta W., Havemann N. (eds.), European Football and collective memory, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2014, pp. 63-84. Sur les lieux de mémoire européen, voir : Bussière E., Moradiellos E. (dir.), Mémoires et lieux de mémoire en Europe, Bruxelles, P.I.E. Peter Lang, 2012.

6 Pour une réflexion historique sur ce sujet, voir : Wassenberg B., Clavert F., Hamman P. (dir.), Contre l’Europe ? Anti-européisme, euroscepticisme et alter-européisme dans la construction européenne de 1945 à nos jours : acteurs institutionnels, milieux politiques et société civile, Stuttgart, Franz Steiner, 2010. De même, voir deux numéros de la revue Politique européenne coordonnée par Christophe Bouillaud : vol. 34, n° 1, 2011 ; vol. 43, n° 1, 2014.

7 Smith A., La passion du sport : le football, le rugby et les appartenances en Europe, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2001. En 2012, Andy Smith est brièvement revenu à nouveau sur le sujet : Smith A., « Conclusion. L’Europe, le football et la sociologie politique. Quelques remarques », Politique européenne, vol. 36, n° 1, 2012, pp. 149-157.

8 Gasparini W., « Sport et football “européens”. Genèse d’une nouvelle catégorie de l’action publique », dans Gasparini W. (dir.), L’Europe du football. Socio-histoire d’une construction européenne, Strasbourg, Presses universitaire de Strasbourg, 2017, pp. 25-49.

9 Madsen M.R., « “Europe United”. La Ligue des champions comme construction européenne », dans Cohen, A., Dezalay Y., Marchetti D., « Esprits d’États, entrepreneurs d’Europe », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 166-167, n° 1-2, 2007, p. 9.

10 Warlouzet L., « Dépasser la crise de l’histoire de l’intégration européenne », Politique europenne, vol. 44, n° 2, 2014, p. 116.

11 Weill P.-É., « “Plutôt l’UEFA que l’UE !” : (dés-)enchantement de l’identification à l’Europe des jeunes de milieux populaires issus de l’immigration », Politique européenne, vol. 30, n° 1, 2011, pp. 107-130.

12 Sur les différentes représentations de l’Europe qu’ont ses citoyens, voir en particulier : Gaxie D. et al., L’Europe des Européens. Enquête comparative sur les perceptions de l’Europe, Paris, Economica, 2010. Et pour une réflexion contemporaine sur ce sujet, voir par exemple : Olivier C., Magnette P. (dir.), Une Europe des élites ? Réflexions sur la fracture démocratique de l’Union européenne, Bruxelles, IEE, 2007.

13 Badenoch A., Fickers A. (eds.), Materializing Europe. Transnational Infrastructure and the project of Europe, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2010. Pour d’autres publications sur ce rapport entre Europe et domaine technique, voir la série « Making Europe. A new European history » coordonnée par Johan Shot et Phil Scranton chez Palgrave Macmillan.

14 Fleury A., Jilek L. (dir.), Une Europe malgré tout, 1945-1990, Bruxelles, P.I.E. Peter Lang, 2009. Pour d’autres ouvrages sur le domaine culturel et l’Europe, nous renvoyons à la bibliographie de fin de livre.

15 Voir notamment : Archambault F., Beaud S., Gasparini W. (dir.), Le football des nations. Des terrains de jeu aux communautés imaginées, Paris, Publications de la Sorbonne, 2016.

16 Kissoudi P., « Antidote to war: the Balkans Games », dans Mangan J.A. (ed.), Militarism, Sport, Europe. War Without Weapons, London, Frank Cass, 2003, pp. 142-165.

17 Pour une réflexion préliminaire sur ce type d’échanges, voir : Vonnard P., Marston K., « Building bridges between separated Europeans: the role of UEFA’s competitions in East-West exchanges (1955-1964) », dans Vonnard P., Sbetti N., Quin G. (eds.), Beyond boycotts. Sport during the Cold War in Europe, Berlin, De Gruyter Oldenbourg, 2017, pp. 85-109.

18 Sur l’histoire de la FIFA, voir notamment : Eisenberg C. et al., FIFA 1904-2004. Le siècle du football, Paris, Cherche Midi, 2004.

19 Pour une synthèse sur l’investissement du football par les États, voir : Macon B., « The politization of football: the European game and the approach to the Second World War », Soccer and Society, vol. 9, n° 4, 2007, pp. 532-55.

20 Nous considérons l’élite dirigeante de manière positionnelle : elle comprend toutes les personnes faisant partie du comité exécutif des organisations considérées dans cet ouvrage. Pour un bref propos sur l’emploi du terme élite, voir : Genieys W., « Nouveaux regards sur les élites du politique », Revue française de science politique, vol. 56, n° 1, 2007, pp. 121-147.

21 Lanfranchi P., « Football, cosmopolitisme et nationalisme », Pouvoir, vol. 101, 2002, pp. 15-25.

22 Par exemple : Poli R., « L’Europe à travers le prisme du football. Nouvelles frontières circulatoires et redéfinition de la nation », Cybergeo: European Journal of Geography, vol. 294, 2004, pubié en ligne ; Taylor M., « Football’s engineers? British football coaches, migration and intercultural transfer, c.1910-c.1950’s », Sport in History, vol. 30, n° 1, 2010, pp. 138-163.

23 Pour un aperçu général du processus : Mittag J., « Europa und der Fussball. Die Europäische Dimension des Vereinsfussballs vom Mitropa-Cup bis zur Champions League », dans Mittag J., Nieland J.-U. (eds.), Das Spiel mit dem Fussball. Interessen, Projektionen und Vereinnahmungen, Essen, Klartext, 2007, pp. 155-176.

24 Dietschy P., « Football during the Belle-Époque: The first “Europe du football” (1903-1914) », dans Vonnard P., Quin G., Bancel N. (eds.), Building Europe with the ball. Turning points in the Europeanization of Football (1905-1995), Oxford, Peter Lang, pp. 21-51.

25 Dietschy P., « Did a “Europe of footbal” exist in the 1930’s ? », Sport in History, vol. 35, n° 4, 2015, pp. 515-530.

26 Koller C., « Einleitung: Europäischer Fussball im Zeitalter der Katastrophen », dans Koller C., Brändle F. (eds.), Fussball zwischen den Kriegen, Zürich, Lit Verlag, 2010, pp. 1-22.

27 Vonnard P., La genèse de la Coupe des clubs champions. Une histoire du football européen (1920-1960), Neuchâtel, CIES, 2012.

28 Frank R., « Les débats sur l’élargissement de l’Europe avant l’Élargissement », dans Pécout G. (dir.), Penser les frontières de l’Europe du XIXe au XXe siècle. Élargissement et union : approches historiques, Paris, PUF, 2004, pp. 180-181.

29 Ce postulat s’inspire des réflexions développées par Barbara Keys au sujet de l’internationalisation du sport durant l’entre-deux-guerres. Keys B., Globalizing sport. National rivalry and international community in the 1930s, London, Harvard University Press, 2006, p. 5.

30 Meyer J.-C., « La fondation du “Grand Stade”. De la triomphale retransmission en direct de la Coupe du monde 1954 et de ses avatars dans les pays membres de l’Eurovision (1954-1958) », Traverse. Revue d’histoire, vol. 23, n° 1, 2016, pp. 49-59.

31 Gasparini W., « En guise de conclusion. Le football dans la construction européenne : de la nation à l’illusio européiste », dans Archambault F., Beaud S., Gasparini W. (dir.), Le football des nations, op. cit., pp. 250-251.

32 Pour un état de l’art, nous renvoyons à la bibliographie générale qui se trouve à la fin de : Vonnard P., Quin G., Bancel N., Building Europe with the ball, op. cit., pp. 231-243. Voir aussi les contributions dans : Niemann A., Garcia B., Grant W. (eds.), The transformation of European Football: Towards the Europeanisation of the national Game, Manchester, Manchester University Press, 2011.

33 Mittag J., Legrand B., « Towards a Europeanization of football? Historical phases in the evolution of the UEFA football championship », Soccer & Society, vol. 11, n° 6, 2010, pp. 709-722 ; Vonnard P., La genèse de la Coupe des champions, op. cit ; Marston K.T., « “Sincère camaraderie”: professionalization, politics and the pursuit of the European idea at the International Youth Tournament, 1948-57 », dans Vonnard P., Quin G., Bancel N., Building Europe with the ball, op. cit., pp. 137-161; Dietschy P., « L’Euro de l’européisme à la commercialisation de la Nation », Pôle Sud, vol. 47, n° 4, 2018, pp. 25-39.

34 Vonnard P., « How did UEFA govern the European turning point in Football? UEFA, the European champion clubs’ cup and the Inter-cities fairs cup projects (1954-1959) », dans Vonnard P., Quin G., Bancel N., Building Europe with the ball, op. cit., pp. 165-185.

35 Mittag J., Nieland J.-U., « Auf der Suche nach Gesamteuropa: UEFA und EBU als Impulsgeber der Europäisierung des Sports », dans Bertling C., Mertin E. (eds.): Freunde oder Feinde? Sportberichterstattung in Ost und West während des Kalten Kriegs, Gütersloh, Medienfabrik Gütersloh, 2013, pp. 208- 229.

36 Rothenbühler R., Les 25 ans de l’UEFA, Berne, UEFA, 1979 ; Rothenbühler R., UEFA. 50 ans, Nyon, UEFA, 2005 ; Vieli A., Les 60 ans de l’UEFA, Nyon, UEFA, 2015.

37 Barcelo L., « L’Europe des 52 : l’Union Européenne de Football Association (UEFA) », Guerres mondiales et conflits contemporains, vol. 228, n° 4, 2007, pp. 119-133.

38 Maumon de Longevialle A., « La construction de l’Europe du football », mémoire de 4e année d’I.E.P. réalisé sous la direction de Justine Faure, Université de Strasbourg, 2009.

39 Quin G., Une première élite du football européen (1904-1956), ou les prémices d’un champ footballistique européen, dossier réalisé dans le cadre de l’UEFA Research Grant Programme 2011-2012.

40 Mittag J., « Negotiating the Cold War? Perspectives in memory research on the UEFA, the early European football competitions and the European nations Cups », dans Pyta W., Havemann N., European Football and collective memory, op. cit., pp. 40-63. Nous avons continué ses réflexions avec ce chercheur et notamment récemment co-écrit un article sur ce sujet : Mittag J., Vonnard P., « The role of societal actors in shaping a pan-European consciousness. UEFA and the overcoming of Cold War tensions, 1954-1959 », Sport in History, vol. 37, n° 3, 2017, pp. 332-352.

41 Sonntag A., « Grilles de perception et dynamiques identitaires dans l’espace européen du football. Le projet FREE (7e PCRD, 2012-2015) », Politique européenne, vol. 36, n° 1, 2012, pp. 185-192. Pour les résultats de ces différents échanges, voir également la série « FREE » coordonnée par Albrecht Sonntag et David Ranc chez Palgrave Macmillan.

42 Ce fut notamment le cas lors d’un congrès organisé en janvier 2015 à Strasbourg par William Gasparini et Jean-Michel de Waele dans le cadre d’un projet d’Excellence « Europe » de l’Université de Strasbourg dont les résultats ont été publiés dans : Gasparini W. (dir.), L’Europe du football, op. cit. De même, en février 2015, avec Grégory Quin, nous avons invité une dizaine de spécialistes de l’histoire du football à débattre de l’européanisation de ce sport dans une perspective à long terme. Ces échanges ont été publiés dans : Vonnard P., Quin G., Bancel N., Building Europe with the ball, op. cit.

43 Voir par exemple : Dulphy A. et al. (dir.), Les relations culturelles internationales au XXe siècle, Bruxelles, P.I.E. Peter Lang, 2010. Et pour un état des lieux de la littérature : Mikkonen S., Suutari P., « Introduction to the Logic of East-West Artistic Interactions », dans Mikkonen S., Suutari P. (eds.), Music, Art and Diplomacy. East-West Cultural Interactions and the Cold War, London, Routledge, pp. 1-13 ; Gilabert M., « Diplomatie culturelle et diplomatie publique : des histoires parallèles », Relations internationales, vol. 169, n° 1, 2017, pp. 11-26.

44 Pour un état de la littérature voir : Keys B., « International relation », dans Pope S., Nauright J. (eds.), Routledge Companion to Sports History, London & New York, Routlege, 2010, pp. 248-267 ; Dichter H., « Sport history and diplomatic history », H-Diplo, vol. 122, 2014, publié en ligne : http://h-diplo.org/essays/PDF/E122.pdf; Sbetti N., Tulli U., « La fine di una reciproca negazione: riflessioni sullo sport nella storia delle relazioni internazionali », Ricerche di storia politica, vol. 193, n° 2, 2016, pp. 193-202. Pour des réflexions plus théoriques, voir : Beacom A., « Sport in International Relations: a Case for Cross-disciplinary Investigation », The Sports Historian, vol. 20, n° 2, 2000, pp. 1-23 ; Murray S., « The Two Halves of Sports-Diplomacy », Diplomacy & Statecraft, vol. 23, 2012, pp. 575-592 ; Frank R., « Internationalisation du sport et diplomatie sportive », dans Frank R. (dir.), Pour l’histoire des relations internationales, Paris, Presses universitaires de France, 2012, pp. 387-405 ; Rofe S., « Sport and Diplomacy: A Global Diplomacy Framework », Diplomacy and Statecraft, vol. 27, n° 2, 2016, pp. 212-230.

45 En particulier : Kott S., « Les organisations internationales, terrains d’étude de la globalisation. Jalons pour une approche socio-historique », Critique internationale, vol. 52, n° 3, 2011, pp. 9-16 ; Sluga G., « Editorial. The Transnational History of International Institutions », Journal of Global History, vol. 6, n° 2, 2011, pp. 219-222 ; Herren M. (ed.), Networking the International System. Global Histories of International Organization, Cham, Springer, 2014. Et pour un état de la littérature ainsi que des réflexions théoriques, voir : Smouts M.-C., Devin G., Les organisations internationales, Paris, Armand Colin, 2011.

46 Cette vision s’inspire du concept sociologique de « champ » développé par Pierre Bourdieu ou de celui d’« espace » mobilisé par Jacques Lagroye et qui a notamment été utilisé par William Gasparini et Jean-François Polo pour le cas du football européen contemporain : Gasparini W., Polo J.-F., « L’espace européen du football. Dynamiques institutionnelles et constructions sociales », Politique européenne, vol. 36, n° 1, 2012.

47 Pour des réflexions préliminaires sur cet aspect, voir : Dietschy P., « Making football global? FIFA, Europe, and the non-European football world, 1912-74 », Journal of Global History, vol. 8, 2013, pp. 279-298. Et plus spécifiquement pour une influence sur la création de l’UEFA : Vonnard P., Quin G., « Did South America Foster European Football?: Transnational Influences on the Continentalisation of FIFA and the creation of UEFA, 1926-1959 », Sport in Society, vol. 20, n° 10, pp. 1424-1439.

48 Pour une illustration de cette géopolitique du sport, voir : Ravenel L., Gillon P., Grosjean F. (dir.), Atlas du sport mondial. Business et spectacle : l’idéal sportif en jeu, Paris, Autrement, 2010. Voir également les publications de Pascal Boniface. Si ces dernières offrent de nombreuses informations sur cette géopolitique du sport, elles restent néanmoins de l’ordre de la description et n’amènent donc que peu de visée explicative sur les raisons de celle-ci.

49 Wahl A., Les archives du football. Sport et société en France (1880-1990), Paris, Gallimard, 1989.

50 Pour des réflexions sur ce point, voir : Johnes M., « Archives and Historians of Sport », International Journal of the History of Sport, vol. 32, n° 15, 2015, pp. 1784-1798 ; Quin G., « Writing Swiss Sport History: A Quest for Original Archives », The International Journal of the History of Sport, vol. 34, n° 5-6, 2017, pp. 432-436.

51 Pour un détail du fonds, voir : Dietschy P., « Une plongée dans les archives du football mondial : faire l’histoire de la Fédération Internationale de Football Association (FIFA) », dans Bosman F., Clastres P., Dietschy P. (dir.), Images de sport : de l’archive à l’histoire, Paris, Nouveau Monde, 2004, pp. 319-332.

52 Les associations ont été choisies selon cinq critères : 1) le nombre de délégués envoyés par le pays lors des congrès annuels de la FIFA ; 2) la continuité observée dans la présence des délégués de ces pays lors des congrès de la FIFA ; 3) le nombre de ressortissants des pays dans le comité exécutif et plus généralement dans les commissions permanentes de l’organisation ; 4) le nombre de matchs internationaux disputés par le pays, situation qui n’est pas sans incidence sur la FIFA puisque celle-ci prélève un montant financier sur la recette brute des matchs internationaux. Dès lors, plus le pays joue de rencontres, plus la FIFA a l’opportunité (cela dépend encore des affluences lors des rencontres) d’encaisser des montants importants ; 5) l’appartenance du pays à un regroupement géographique puisque, dès les années 1920, différents blocs régionaux apparaissent au sein de la FIFA. Toutefois, afin de croiser les données, nous avons sélectionné au minimum deux pays par bloc géographique. Pour ce qui est de l’Europe (par ordre alphabétique) : Allemagne, Angleterre, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, France, Hongrie, Italie, Pays-Bas, Roumanie, Suède, Suisse, Tchécoslovaquie, Union soviétique et Yougoslavie. Concernant l’Amérique du Sud (par ordre alphabétique) : Argentine, Brésil, Chili et Uruguay. En raison des thématiques traitées, pour certaines périodes, d’autres pays ont également retenu notre attention (par ordre alphabétique) : Chypre, Égypte, Israël-Palestine et Turquie.

53 Nous avons notamment utilisé la base de données disponible en ligne « World Biographical Information System », gérée par l’éditeur De Gruyter et qui regroupe plus de 8 millions de notices biographiques.

54 Seul le dirigeant anglais Stanley Rous a rédigé une autobiographie : Rous S., Football worlds. A lifetime in Sport, London, Faber, 1978. De même, au crépuscule de sa vie, le président de la FIFA (1919-1954) Jules Rimet a brièvement couché sur papier sa vision de l’apport du sport à la société internationale et a également profité d’un livre retraçant la création de la Coupe du monde pour donner quelques éléments biographiques le concernant. Rimet J., « Le football et le rapprochement des peuples », Bulletin de la FIFA, édition spéciale, 1954 ; Rimet J., Histoire merveilleuse de la Coupe du monde, Paris, Union Européenne d’Éditions, 1954.

55 Wahl A., « Les dirigeants du monde sportif français et allemand au XXe siècle. Un aperçu », dans Wahl A., Football et histoire, Metz, Centre de recherche histoire et civilisation, 2004, pp. 193-208. À ce jour, peu d’études biographiques existent sur les dirigeants qui ont officié dans l’élite de la FIFA et de l’UEFA concernant notre période. Pour un bref aperçu, voir : Vonnard, P., « Œuvrer en faveur du football européen. Jalons biographiques sur les précurseurs de l’UEFA (1920-1960) », dans Gasparini W. (dir.), L’Europe du football, op. cit, pp. 107-121.

56 En particulier avec des dirigeants du football helvétique à l’occasion d’une recherche sur le professionnalisme dans le football suisse : Berthoud J., Quin G., Vonnard P., Le football suisse. Des pionniers aux professionnels, Lausanne, PPUR, 2016. Par ailleurs, nous avons longuement conversé avec André Vieli, qui est entré en 1982 au service communication de l’UEFA. Outre les nombreux articles qu’il a publiés dans le Bulletin officiel de l’Union, UEFA direct, André Vieli a aussi écrit le livre des 60 ans de l’UEFA. À ce titre, il connaît extrêmement bien l’histoire de l’institution ainsi que ses archives. De même, nous avons rencontré à deux reprises Gerhard Aigner, qui entre au secrétariat de l’UEFA en 1969 et en devient le secrétaire général de 1989 à 2002. Par ailleurs, lors de notre séjour de recherche au sein de l’Union qui a duré trois mois au printemps 2012, nous avons eu l’occasion de discuter avec de nombreux collaborateurs, ce qui nous a permis de mieux comprendre le fonctionnement de l’organisation ainsi que ses récents développements.